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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02714

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02714

mercredi 24 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02714
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCABINET DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Marseille de mettre à la charge de l'office national des accidents médicaux, des infections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 500 000 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des conséquences de l'infection nosocomiale dont elle a été victime.

Par une ordonnance n° 2109177 du 18 octobre 2022, la juge des référés du tribunal administratif de Marseille a mis à la charge de l'ONIAM une provision de 78 000 euros ainsi qu'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, a déclaré l'ordonnance commune à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et a rejeté le surplus des conclusions de la demande de Mme A.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022, Mme A, représentée par la SELARL Ensen avocats, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance du 18 octobre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Marseille en tant qu'elle ne lui a accordé qu'une provision de 78 000 euros ;

2°) statuant en référé, de mettre à la charge de l'ONIAM la somme provisionnelle de 500 000 euros à valoir sur l'indemnisation des préjudices subis ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juge des référés du tribunal administratif de Marseille a fait une évaluation insuffisante de ses préjudices ;

- les frais d'assistance du médecin recours aux deux expertises médicales d'un montant de 1 535 euros ne sont pas sérieusement contestables ;

- elle peut prétendre au remboursement des protections urinaires pour un montant de 29 920,80 euros ;

- les frais d'acquisition d'un logement adapté à hauteur de 50 000 euros ne sont pas sérieusement contestables ; dans l'hypothèse, où ces frais ne seraient pas retenus, elle pourrait prétendre aux frais d'adaptation d'un logement ;

- les frais d'assistance par une tierce personne s'élèvent à 179 380,76 euros ;

- l'incidence professionnelle peut être évaluée à la somme de 30 000 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à la somme de 35 982 euros ;

- les souffrances endurées de 5/7 sont non sérieusement contestables à hauteur de 35 000 euros ;

- le préjudice esthétique temporaire peut être évalué à 15 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent lui ouvre droit à une provision de 106 750 euros ;

- le préjudice esthétique permanent s'élève à 10 000 euros ;

- elle peut prétendre à réparation du préjudice sexuel à hauteur de 15 000 euros ;

- elle subit un préjudice d'établissement d'un montant de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2022, l'ONIAM, représenté par Me de la Grange, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les créances non contestables ont été correctement évaluées par la juge des référés du tribunal administratif de Marseille.

La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône régulièrement mise en cause n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente de la cour a désigné Mme Fedi, présidente de la 2ème chambre, pour statuer sur les appels formés contre les décisions rendues par les juges des référés des tribunaux du ressort.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A qui souffrait d'une coxarthrose secondaire, a été opérée de la hanche gauche à plusieurs reprises, notamment pour changer une prothèse le 26 mai 2009 et, à la suite d'une chute, dans le cadre de la révision prothétique partielle le 8 juillet 2009 à l'hôpital Sainte Marguerite à Marseille. Elle a été admise le 27 novembre 2013 à l'hôpital public de la Conception où des prélèvements ont mis en évidence qu'elle était victime d'une infection par staphylocoque epidermis multi résistant.

2. Mme A relève appel de l'ordonnance en date du 18 octobre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Marseille en tant que, après avoir admis le caractère nosocomial de l'infection, elle n'a mis à la charge de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale qu'une somme provisionnelle de 78 000 euros alors que les préjudices non sérieusement contestables s'élèvent à 500 000 euros.

3. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude.

Sur la responsabilité :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 1142-1-1, L. 1142-17 et L. 1142-22 du code de la santé publique que l'ONIAM est tenu d'assurer la réparation au titre de la solidarité nationale des dommages résultant des infections nosocomiales, à la seule condition qu'elles aient entraîné un taux d'incapacité permanente supérieur à 25 % ou le décès du patient.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise ordonnée par le juge des référés du tribunal judiciaire, et il n'est d'ailleurs pas contesté par l'ONIAM, que Mme A a été victime d'une infection nosocomiale contractée à l'occasion de l'intervention chirurgicale réalisée le 8 juillet 2009 à l'hôpital Sainte Marguerite et que les préjudices ainsi subis, compte tenu du taux d'atteinte à l'intégrité physique de Mme A qui est supérieur à 25 %, doivent être pris en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, en vertu des articles L. 1142-1, L. 1142-1-1, L. 1142-17 et L. 1142-22 du code de la santé publique. Par suite, une obligation de l'ONIAM sur ce fondement n'apparaît pas non sérieusement contestable.

Sur les préjudices :

6. Il est constant que l'état de santé de Mme A doit être regardé comme consolidé au 9 juillet 2017.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

7. Il n'est pas contesté que Mme A a engagé des frais à hauteur de 1 535 euros correspondant aux honoraires d'un médecin conseil pour l'étude de son dossier et l'assistance aux expertises des 6 novembre 2019 et 12 mai 2020. Même si l'appelante n'était pas tenue de recourir à un médecin conseil, elle a droit à réparation de cette dépense utile dont le montant n'est pas sérieusement contestable et qu'il n'y a pas lieu de limiter à un montant de 700 euros selon le forfait admis par l'ONIAM. Il y a donc lieu d'accorder à ce titre à Mme A une provision de 1 535 euros.

8. Mme A réclame une provision de 29 220,80 euros correspondant au coût des protections urinaires qu'elle estime être contrainte d'utiliser du fait de l'infection nosocomiale dont elle a été victime après déduction de l'aide mensuelle spécifique qu'elle perçoit au titre de la prestation de compensation du handicap. Toutefois, ces dépenses qui n'ont pas été retenues par les experts ne présentent pas un caractère non sérieusement contestable. Par suite, sa demande tendant à obtenir une provision de ce chef ne peut qu'être écartée.

9. Mme A soutient qu'une provision de 24 563,20 euros doit lui être accordée pour l'assistance d'une tierce personne, à hauteur de six heures par jour, durée admise par les experts, après consolidation et jusqu'au 9 août 2021. Toutefois, cette créance parait sérieusement contestable en ce qui concerne le taux horaire de 20 euros dont elle demande l'application durant toute la période en litige. De plus, dès lors que l'appelante affirme avoir reçu une prestation de compensation du handicap pendant cette période d'un montant de 153 532,80 euros laquelle est supérieure au montant non sérieusement contestable de la provision à laquelle elle pourrait prétendre à ce titre en appliquant des taux horaires de 13 euros en 2017, 14 euros en 2018, 2019 et 2020 et 15 euros en 2021, Mme A ne peut utilement soutenir que c'est à tort que la juge des référés du tribunal administratif de Marseille ne lui a pas accordé de provision au titre de l'assistance d'une tierce personne du 9 juillet 2017 au 9 août 2021.

10. Au delà du 9 août 2021, Mme A demande au titre de l'assistance d'une tierce personne le versement d'une provision de 154 816, 17 euros correspondant à une rente capitalisée. Toutefois, l'ONIAM fait valoir à juste titre qu'eu égard à l'âge de l'appelante et au fait que les aides qu'elle pourra percevoir sont susceptibles de varier dans le temps, le préjudice tel qu'il est présenté, ne peut être regardé comme non sérieusement contestable. Par suite, il ne peut donner lieu à indemnisation.

11. Mme A soutient que son domicile actuel n'est pas adapté à son handicap et, notamment, ne permet pas la circulation en fauteuil roulant. Elle ajoute qu'elle ne peut entreprendre des travaux et engager des frais dans un logement qu'elle loue à un propriétaire qui s'oppose aux aménagements nécessaires et se voit contrainte d'acquérir un logement adapté à son état. Toutefois, en l'absence de justificatifs ou d'évaluation sérieuse, cette créance, dont le caractère est aléatoire, ne présente pas un caractère non sérieusement contestable au sens des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative.

12. Mme A soutient que du fait de son handicap elle ne pourra reprendre son ancien métier d'assistante de caisse et ne pourra même plus jamais travailler ce qui lui cause, au-delà de la perte financière, un préjudice qu'elle évalue à 30 000 euros. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise que l'infection nosocomiale dont a été victime Mme A est restée sans incidence sur sa situation professionnelle dans la mesure, où du fait même de ses problèmes de santé antérieurs, notamment l'arthroplastie totale de la hanche gauche, elle n'était plus en mesure de travailler. Par suite, son préjudice n'étant pas non sérieusement contestable, une provision ne peut lui être attribuée à ce titre.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

13. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 27 novembre 2013 au 31 mars 2016, puis un déficit fonctionnel partiel à hauteur de 80% du 1er avril 2016 au 9 juillet 2018. Il y a lieu d'admettre que la créance totale de déficit temporaire présente un caractère non contestable à hauteur d'une somme de 11 000 euros.

14. Il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de Mme A est fixé à 35%. Dans les circonstances de l'espèce, la créance relative au déficit fonctionnel permanent présente un caractère non sérieusement contestable à hauteur de 75 000 euros.

15. Les souffrances évaluées par les experts à 5 sur une échelle de 7, présentent un caractère non contestable à hauteur de la somme de 13 000 euros.

16. En ce qui concerne le préjudice esthétique, évalué par les experts à 3,5 sur une échelle de 7, il y a lieu d'allouer à Mme A une indemnité provisionnelle d'un montant de 4 000 euros.

17. Si Mme A soutient avoir subi un préjudice sexuel, en l'état de l'instruction, et alors que le rapport d'expertise ne mentionne pas un tel préjudice, le caractère non sérieusement contestable de ce préjudice ne peut être retenu.

18. Mme A affirme que, du fait du handicap imputable à l'infection nosocomiale dont elle a été victime, elle n'est pas en mesure de vivre avec sa famille, qu'elle a été contrainte de confier sa fille à sa sœur et qu'elle ne peut aller la voir compte tenu de ses problèmes de santé ce qui conduit à une rupture du lien familial. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle situation serait imputable à l'état de santé de la requérante résultant de l'infection nosocomiale dont elle a été victime. La créance alléguée ne présente donc pas un caractère non sérieusement contestable et aucune provision ne peut lui être attribuée à ce titre.

19. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander que l'indemnité que la juge des référés du tribunal administratif de Marseille a mis à la charge de l'ONIAM soit portée à la somme de 104 535 euros. Sur cette somme s'imputera la provision déjà éventuellement versée de 78 000 euros.

Sur la déclaration de décision commune :

20. La caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, à laquelle la requête a été communiquée, n'ayant pas produit de mémoire, il y a lieu de lui déclarer commune la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'ONIAM le versement à Mme A d'une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : L'indemnité provisionnelle qui a été mise à la charge de l'ONIAM est portée à la somme de 104 535 euros sous déduction de la provision déjà éventuellement versée.

Article 2 : L'ordonnance du 18 octobre 2022 de la juge des référés du tribunal administratif de Marseille est réformée en ce qu'elle a de contraire à la présente ordonnance.

Article 3 : L'ONIAM versera à Mme A une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance est déclarée commune à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A, à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à l'ONIAM.

Fait à Marseille, le 24 mai 2023.

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