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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02748

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02748

mercredi 24 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02748
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 16 avril 2021 par lequel la préfète des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2200077 du 25 mars 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2022, M. A, représenté par Me Chartier, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 25 mars 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète des Hautes-Alpes du 16 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les premiers juges ont insuffisamment motivé leur jugement ;

- la préfète n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation en se basant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 octobre 2019 d'une ancienneté de dix-huit mois à la date de l'arrêté en litige ;

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce que l'avis du collège des médecins est fondé sur un rapport médical incomplet et erroné en méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu son pouvoir général d'appréciation ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité kosovare, relève appel du jugement du 25 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 16 avril 2021 de la préfète des Hautes-Alpes lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'avaient pas à répondre à l'ensemble des arguments avancés par le requérant, ont exposé avec suffisamment de précisions les motifs de leur décision, notamment ceux aux termes desquels ils ont écarté le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète des Hautes-Alpes a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre la décision en litige.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre de cardiopathie artérioscléreuse, d'hypertension essentielle et d'apnée du sommeil. D'après l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 22 octobre 2019, si son état de santé nécessite une prise en charge, dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut cependant bénéficier de soins au Kosovo et voyager vers ce pays. Si le requérant produit des certificats médicaux postérieurs à l'avis du collège des médecins qui indiquent qu'outre le traitement indiqué dans le rapport médical, qui consiste en " kardégic 160, Atorvastatine, Bisoprolol 1.25, Ramipril 1.25, Lercadipine 20, acide folique et fer, SAS appareillé ", il doit également prendre du stresam et du pantoprazol 20 mg qui seraient selon lui indisponibles au Kosovo, il ne produit toutefois aucun document permettant d'établir cette allégation, la seule référence à une décision juridictionnelle n'étant pas de nature à démontrer un tel état de fait. En outre, le rapport médical mentionne que l'état de santé du requérant doit faire l'objet d'un suivi cardiologique tous les trois mois, sans que l'intéressé n'allègue être dans l'impossibilité d'y procéder au Kosovo. S'il se prévaut d'un certificat médical du 6 mai 2021 du médecin généraliste remplaçant de son médecin traitant indiquant une attente de résultats d'une scintigraphie myocardique d'effort et que l'arrêt des traitements et du suivi entraînerait un " fort risque de récidive d'un événement cardiologique grave ", ainsi que du certificat médical établi le 19 mai par le médecin cardiologue qui le suit précisant que son état de santé reste fragile et nécessite une surveillance régulière et rapprochée, ces éléments, qui témoignent de la gravité de l'état de santé du requérant laquelle n'est pas remise en cause, ne permettent toutefois pas d'établir qu'il ne pourrait pas bénéficier du suivi nécessaire à son état de santé au Kosovo. A cet égard, la production devant la cour du rapport du 6 mars 2017 de l'organisation suisse d'aide aux réfugiés qui pointe les insuffisances du système de santé du Kosovo, ne peut utilement remettre en cause l'avis du collège des médecins en raison de son caractère général lequel ne permet pas d'établir que le requérant ne pourrait effectivement avoir accès aux soins nécessaires à son état de santé. Enfin, si M. A fait valoir qu'il ne pourrait voyager sans risque vers son pays d'origine en raison de son appareillage de pression positive continue, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que le faisait valoir la préfète en première instance, que l'emploi de ce matériel serait nécessaire 20 heures par jour ainsi que le requérant le soutient. M. A n'est ainsi pas fondé à soutenir, quand bien même l'avis du collège des médecins a été émis dix-huit mois avant la date de l'arrêté en litige, que la préfète aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Article 1 : L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. () / Article 2 : Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. / Article 3 : Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté. / () ".

8. L'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de 1'Office français de 1'immigration et de 1'intégration, de leurs missions, prévues au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de 1'affection en cause. L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. Afin de contribuer à 1'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à 1'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office. ".

9. Le rapport médical établi le 9 octobre 2019 par le médecin instructeur adressé au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait mention des trois pathologies dont M. A est atteint, et du traitement et du suivi dont il doit pouvoir bénéficier ainsi que cela a été décrit au point 6. Si le requérant soutient que ce rapport serait erroné en ce qu'il est indiqué que la nécessité d'une assistance par tierce personne n'est " pas communiquée ", le seul certificat médical établi le 12 avril 2019 par son médecin traitant précisant que son état de santé " nécessite la présence de sa femme () auprès de lui pour sa prise en charge ", qui n'est corroboré par aucun autre élément du dossier ne permet pas de considérer le rapport médical comme erroné. En outre, si le requérant soutient que le traitement tel que mentionné par le rapport médical est incomplet dès lors qu'à la date de l'arrêté en litige il devait également prendre deux nouveaux médicaments, cette circonstance ne permet à elle seule de considérer que M. A aurait été privé d'une garantie dès lors qu'eu égard à ce qui a été dit au point 6, il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas y avoir accès au Kosovo. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'un vice de procédure doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré pour la dernière fois sur le territoire au cours de l'année 2013 avec son épouse qui est de la même nationalité. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé du 18 juin 2015 au 17 décembre 2015, puis d'une autorisation provisoire de séjour du 13 janvier 2016 au 12 juillet 2016 en raison de l'état de santé de son épouse. Toutefois, les pièces versées au dossier, composées notamment d'un bail à usage d'habitation en date du 18 avril 2016 et de plusieurs avis d'impôts sur le revenu d'un montant nul ne sont pas de nature à démontrer la réalité de liens intenses, stables et anciens qu'il aurait tissés sur le territoire, quand bien même les attestations produites établissent qu'il est impliqué dans diverses associations caritatives. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, son épouse ne se trouvait pas en situation régulière à la date de l'arrêté en litige, dès lors qu'a été délivrée à cette dernière une carte de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail du 2 décembre 2021 au 1er décembre 2022. Dans ces conditions, la préfète des Hautes-Alpes, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

13. Il ne résulte d'aucune circonstance invoquée par l'intéressé qu'en ne régularisant pas sa situation par la délivrance du titre de séjour sollicité, l'autorité administrative aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Chartier.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Fait à Marseille, le 24 mai 2023

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