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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02879

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02879

mercredi 22 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02879
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 11 avril 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction du territoire pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2204072 du 11 octobre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2022, M. B, représenté par Me Quinson, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 11 octobre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les premiers juges n'ont pas motivé leur décision pour écarter le moyen tiré du défaut d'examen par le préfet de sa situation personnelle et notamment des pièces qu'il produisait pour justifier qu'il est présent en France depuis plus de dix ans ;

- faute pour le préfet d'avoir saisi la commission mentionnée à l'article L. 312-1 devenu L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;

- le préfet a méconnu le 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien dès lors qu'il justifie de plus de dix ans de présence en France ;

- le préfet a méconnu le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, eu égard à l'ancienneté de son séjour en France et de sa vie familiale aux côtés de sa compagne et de leurs trois enfants nés en France ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle de l'obligation de quitter le territoire français ;

- les premiers juges ont insuffisamment motivé leur jugement en écartant ce moyen ;

- en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, le préfet s'est fondé sur des dispositions législatives contraires aux articles 2, 12 et 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement Européen et du Conseil du 16 décembre 2008, a insuffisamment motivé sa décision, a commis une erreur manifeste d'appréciation et a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- en prononçant à son encontre une nouvelle interdiction de retour pour une durée de deux ans, sans se prononcer sur sa demande d'abrogation de la précédente interdiction dont il avait fait l'objet, le préfet a commis un détournement de procédure ;

- cette décision méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 11 avril 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, pour écarter le moyen tiré de l'absence d'examen sérieux de sa situation, les premiers juges qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments avancés par le requérant à l'appui de ce moyen, ont suffisamment motivé leur jugement en relevant qu'il " ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision ".

3. En second lieu, même si les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lie pas la compétence du préfet pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger après lui avoir refusé le titre de séjour qu'il demandait, une telle obligation procède bien néanmoins de ce refus. Par suite, les premiers juges ont pu suffisamment motiver leur jugement en écartant le moyen tiré de l'erreur manifeste commise dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle de l'arrêté attaqué en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français, par référence aux motifs retenus pour écarter les moyens tirés de la méconnaissance par l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse à M. B la délivrance d'un titre de séjour, de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'irrégularité du jugement attaqué doivent être rejetés.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les conclusions relatives à la décision de refus de séjour et à l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a estimé que M. B était entré en France " pour la dernière fois " le 17 février 2013 sous couvert d'un visa d'une validité de 90 jours et que " les documents fournis, essentiellement des relevés bancaires et des factures EDF et téléphonie, bulletins de paie pour un emploi à temps partiel, ne permettent pas d'établir la continuité de son séjour sur la période alléguée ". Par suite, le requérant ne peut sérieusement soutenir que le préfet n'aurait pas examiné les pièces qu'il avait soumises à l'appui de sa demande.

6. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il est constant que M. B est entré en France le 17 février 2013 sous couvert d'un visa d'une validité de 90 jours, en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Le requérant fait, toutefois, valoir qu'il résidait antérieurement en France depuis 2009 et que sa sortie du territoire " pour les seuls besoins de la régularisation du visa d'entrée en qualité de conjoint de Français " ne peut être regardé comme ayant interrompu la continuité de sa résidence en France pour l'application du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si sa première date d'entrée sur le territoire français n'est pas établie, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié, le 28 mai 2010, d'une autorisation provisoire de séjour qui a été prorogée jusqu'au 4 mai 2011, date à laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, alors présenté sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en raison de son état de santé. Si M. B s'est maintenu en France, en dépit de cet arrêté, ainsi qu'en témoigne son admission à l'aide médicale d'Etat le 3 décembre 2011, il est néanmoins constant qu'il s'est marié à Chlef, en Algérie, le 18 avril 2012 et qu'ainsi qu'il a été dit, il est revenu en France le 17 février 2013. Quand bien même il a continué à recevoir durant cette période des correspondances en France, à différentes adresses, ce séjour d'au moins dix mois a nécessairement eu pour effet d'interrompre la continuité de sa résidence en France, pour l'application du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B ne justifiant pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet devait préalablement consulter la commission du titre de séjour avant de prendre l'arrêté attaqué.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

9. Le séjour en Algérie de M. B d'au moins dix mois, entre avril 2012 et le 17 février 2013, a également nécessairement eu pour effet d'interrompre la continuité de sa résidence en France, pour l'application des stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu ces stipulations.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Au titre des liens qui l'attachent au territoire français, M. B qui a divorcé de la ressortissante française qu'il avait épousée le 18 avril 2012, le préfet ayant constaté aux termes de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre dès le 18 décembre 2015, que les époux ne justifiaient pas d'une communauté de vie effective, se prévaut désormais de sa relation avec une compatriote. Toutefois, celle-ci est elle-même en situation irrégulière sur le territoire français. Si le couple a donné naissance à trois enfants, respectivement les 20 juillet 2016, 30 juin 2018 et le 15 juillet 2021, ces enfants, eu égard à leur âge et à la durée de leur scolarité pour les aînés, ne peuvent être regardés comme ayant eux-mêmes noué des liens qui les attachent au territoire français. En outre, non seulement M. B ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle significative, en se bornant à se prévaloir de l'exercice, sous le statut d'autoentrepreneur, d'une activité de commerce de vêtements sans produire aucun élément sur les ressources retirées de cette activité, mais il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'il a également été motivé par la menace à l'ordre public que représente son comportement, ayant été condamné, le 15 juin 2020, à une peine de quatre mois d'emprisonnent avec sursis pour des faits d'agression sexuelle commis le 3 décembre 2019, faits sur lesquels le requérant n'apporte aucune explication. Dans ces conditions, et alors même que le requérant justifie, en deux séjours, d'une présence en France de plus d'une dizaine d'années, l'arrêté attaqué tant en ce qu'il lui refuse un titre de séjour qu'en ce qu'il l'oblige à quitter le territoire, ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, au sens des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ou de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, le préfet ne peut être regardé ni comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle, y compris en qu'il l'oblige à quitter le territoire, ni comme ayant méconnu l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision fixant le délai du départ volontaire :

12. Pour contester la décision fixant à trente jours le délai du départ volontaire qui lui a été imparti, M. B reproduit purement et simplement l'argumentation invoquée en première instance sans critiquer les motifs par lesquels les premiers juges y ont répondu. Par suite, ces moyens doivent être rejetés par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif aux points 13 à 16 de son jugement.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour pour une durée de deux ans :

13. Il résulte des termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire, " l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./ Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

14. M. B avait précédemment fait l'objet, le 5 décembre 2019, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, déjà assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. En application du quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, et ainsi, du reste, que le précisait explicitement l'article 2 dudit arrêté, cette interdiction ne pouvait prendre effet qu'à compter de son exécution. Il est constant que M. B n'a pas déféré à cette obligation. Par suite, il ne peut sérieusement soutenir que le préfet a commis un " détournement de procédure ", en reprenant à son encontre, aux termes de l'arrêté attaqué, une nouvelle interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans qui se substitue et ne s'ajoute pas à l'interdiction précédemment prononcée, quand bien même il avait explicitement demandé au préfet d'abroger cette dernière.

15. Le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, au motif notamment qu'il n'avait pas spontanément exécuté les trois précédentes obligations de quitter le territoire français prises à son encontre les 18 décembre 2015, 11 juin 2018 et, ainsi qu'il a été dit au point précédent, 5 décembre 2019, alors que, quand bien même M. B a, en deux séjours, résidé plus d'une dizaine d'années en France, il n'a pas de vocation particulière à y revenir, sa compagne ne s'y trouvant pas, ainsi qu'il a été dit au point 11, en situation régulière. Par ailleurs, il résulte des dispositions de l'article L. 613-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que cette interdiction de retour aurait pu être abrogée si l'intéressé avait satisfait à son obligation de quitter le territoire français dans le délai imparti.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Quinson.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 22 février 2023

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