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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02922

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02922

mercredi 24 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02922
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantGONIDEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes en date du 17 octobre 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de sa destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ainsi que de l'arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence.

Par un jugement n° 2208730 du 24 octobre 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté ses demandes.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, M. B, représenté par Me Gonidec, demande à la Cour :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement du 24 octobre 2022 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2022;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " ou à " salarié " dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que sa demande de titre de séjour n'a pas été examiné alors qu'il avait rendez-vous le lendemain à la préfecture à cet effet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il dispose d'un passeport valide ;

- les décisions fixant le pays de sa destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français sont privées de base légale ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie d'exception.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 3 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre les arrêtés du préfet des Hautes-Alpes du 17 octobre 2022, d'une part, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an, d'autre part, prononçant son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Par décision du 3 mars 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentées par M. B. Dès lors, les conclusions présentées par l'intéressé tendant à ce que la Cour l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle dans cette instance sont devenues sans objet à la date de la présente ordonnance. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire et refus de délai de départ volontaire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

5. Lorsqu'à la date à laquelle l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est pris, l'intéressé avait régulièrement déposé une demande de titre de séjour sur un autre fondement que sa demande d'asile, il appartient au préfet d'examiner cette demande avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Toutefois, en l'espèce, le requérant dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 juin 2021 qui lui a été notifiée le 16 juillet suivant, se borne à se prévaloir de son intention de déposer une demande de titre de séjour. La circonstance qu'il disposait d'un rendez-vous à cet effet pour le 18 octobre 2022, soit le lendemain de l'arrêté litigieux, alors, au demeurant, qu'il ressort des pièces du dossier qu'il avait lui-même annulé un précédent rendez-vous, n'était, dans ces conditions, pas de nature à faire obstacle à ce que le préfet prenne à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° ou du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement faire valoir que le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en octobre 2019 pour y demander l'asile. Son épouse, également de nationalité algérienne, est elle-même en situation irrégulière. Le couple ne justifie d'aucune attache particulière sur le territoire français. Leurs trois enfants ne peuvent être regardées, eu égard à leur âge et, pour les aînés, à la durée de leur scolarisation en France, comme ayant eux-mêmes noué des liens qui les attachent au territoire français, en dépit des attestations positives sur leur scolarité. Si le requérant témoigne d'une volonté certaine d'intégration, ses activités professionnelles en qualité d'intérimaire et ses activités bénévoles en faveur d'associations humanitaires ne sauraient suffire à témoigner d'une insertion socio-professionnelle significative sur le territoire français. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts poursuivis par la mesure. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

8. En troisième lieu, l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () / ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ; ".

9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire en raison du risque de fuite qu'il présentait aux motifs qu'il ne pouvait justifier disposer d'un passeport en cours de validité et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français prise par voie de conséquence le 21 juillet 2021. Le requérant déclare disposer d'un passeport en cours de validité et produit ce document qui mentionne le 25 août 2025 comme date d'expiration. Toutefois, il ne conteste pas s'être maintenu irrégulièrement sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile et la précédente obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. Si le préfet des Hautes-Alpes a commis une erreur de fait en affirmant que M. B ne disposait pas d'un passeport en cours de validité, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur le motif tiré de ce que l'intéressé s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes du deuxième alinéa de ce même article, la durée de cette interdiction de retour ne peut excéder trois ans. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il résulte de ces dispositions, que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour, au demeurant, limitée à une durée d'un an, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 7, sa situation personnelle et familiale ne lui confère pas une vocation particulière à revenir sur le territoire français, son épouse y étant elle-même en situation irrégulière. Le préfet ne peut, dans ces conditions, davantage être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant par rapport aux buts en vue desquels la décision a été prise, alors, au demeurant, qu'en vertu de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'étranger justifie résider hors de France, l'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

13. Le requérant doit être regardé comme se bornant, pour contester la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence, à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

14. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Gonidec.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Fait à Marseille, le 24 mai 2023

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