jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA02940 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FURIO-FRISCH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) Le Domaine des Lys a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la décision du 13 février 2019 par laquelle le maire de La-Colle-sur-Loup ne s'est pas opposé à sa déclaration préalable en tant qu'elle fixe des prescriptions en son article 2.
Par un jugement n° 1903834 du 28 septembre 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 novembre 2022 et le 12 janvier 2024, la SARL Le Domaine des Lys, représentée par Me Brand, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 28 septembre 2022 ;
2°) d'annuler l'article 2 de la décision du maire de La-Colle-sur-Loup du 5 septembre 2018 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
3°) de mettre à la charge de la commune de La-Colle-sur-Loup la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les mentions figurant à l'article 2 de la décision attaquée lui font grief car elles ne se bornent pas à l'informer des dispositions légales en vigueur mais constituent une condition de légalité des travaux de régularisation pourtant autorisés ;
- les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'urbanisme ne sont pas applicables au projet ;
- les autorisations et les déclarations de coupes et abattages d'arbres délivrées sur le fondement du code de l'urbanisme sont prises en vertu d'une législation différente et indépendante de celle qui régit les autorisations de défrichement en application du code forestier ;
- les dispositions de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme ne s'appliquent pas aux déclarations préalables.
Par des mémoires en défense enregistrés le 30 novembre 2023 et le 29 janvier 2024, la commune de La-Colle-sur-Loup, représentée par Me Furio-Frisch, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Le Domaine des Lys au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SARL Le Domaine des Lys ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code forestier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. d'Izarn de Villefort,
- les conclusions de M. Quenette, rapporteur public,
- et les observations de Me Brand, représentant la SARL Le Domaine des Lys, et de Me Furio-Frisch, représentant la commune de La-Colle-sur-Loup.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Le Domaine des Lys a déposé, à titre de régularisation, le 12 octobre 2018, une déclaration préalable, complétée le 17 décembre 2018, portant sur la réalisation de travaux d'affouillements et d'exhaussements du sol sur un terrain cadastré section AI n° 8 et 21, situé 754 chemin des Salettes sur le territoire communal. Par une décision du 13 février 2019, le maire de La-Colle-sur-Loup ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable et a assorti sa décision de prescriptions dont la SARL Le Domaine des Lys a demandé l'annulation au tribunal administratif de Nice. L'intéressée relève appel du jugement du 28 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : () f) A moins qu'ils ne soient nécessaires à l'exécution d'un permis de construire, les affouillements et exhaussements du sol dont la hauteur, s'il s'agit d'un exhaussement, ou la profondeur dans le cas d'un affouillement, excède deux mètres et qui portent sur une superficie supérieure ou égale à cent mètres carrés ; () ". Par ailleurs, l'administration ne peut assortir une autorisation d'urbanisme de prescriptions qu'à la condition que celles-ci, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, aient pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
3. Les prescriptions énoncées à l'article 2 de la décision du 13 février 2019 par laquelle le maire de La-Colle-sur-Loup ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SARL Le Domaine des Lys sont ainsi rédigées : " Les parcelles concernées par le projet étant soumises à la réglementation relative au défrichement, il conviendra de solliciter une autorisation, conformément aux dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'urbanisme ; il est à noter que, s'agissant de travaux de régularisation, ils ne pourront être légalement entérinés qu'après dépôt auprès du service compétent de la demande de défrichement ". Contrairement à ce qu'ont considéré les premiers juges, le maire de La-Colle-sur-Loup ne s'est ainsi pas borné à rappeler à la société requérante les obligations légales pesant sur les travaux litigieux mais en a fixé les conditions de légalité auxquelles il a subordonné sa décision de non-opposition. La SARL Le Domaine des Lys était donc recevable à demander l'annulation de ces prescriptions qui lui font grief. Par suite, c'est à tort que le tribunal a rejeté comme irrecevable la demande dont il était saisi et son jugement du 28 septembre 2022 doit, dès lors, être annulé.
4. Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par la SARL Le Domaine des Lys devant le tribunal administratif de Nice.
Sur la légalité des prescriptions énoncées à l'article 2 de la décision du 13 février 2019 :
5. Aux termes, d'une part, de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière. / Est également un défrichement toute opération volontaire entraînant indirectement et à terme les mêmes conséquences, sauf si elle est entreprise en application d'une servitude d'utilité publique. / La destruction accidentelle ou volontaire du boisement ne fait pas disparaître la destination forestière du terrain, qui reste soumis aux dispositions du présent titre. ". Aux termes de l'article L. 341-3 du même code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation. L'autorisation est délivrée à l'issue d'une procédure fixée par décret en Conseil d'Etat () ". L'article L. 341-7 du même code dispose : " Lorsque la réalisation d'une opération ou de travaux soumis à une autorisation administrative, à l'exception de celles prévues au chapitre unique du titre VIII du livre Ier (autorisation environnementale) et au chapitre V du titre V du livre V du code de l'environnement (canalisations de transport de gaz naturel ou assimilé, d'hydrocarbures et de produits chimiques), nécessite également l'obtention d'une autorisation de défrichement, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance de cette autorisation administrative.".
6. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque les constructions ou travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-4 sont soumis, en raison de leur emplacement, de leur utilisation ou de leur nature, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu d'autorisation au titre de ces législations ou réglementations, dans les cas prévus par décret en Conseil d'Etat, dès lors que la décision a fait l'objet d'un accord de l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis. ". Aux termes de l'article R. 424-6 du même code : " Lorsque la réalisation des travaux est différée dans l'attente de formalités prévues par une autre législation, la décision en fait expressément la réserve. ".
7. Il est constant que le terrain sur lequel la SARL Le Domaine des Lys envisage de réaliser les travaux d'affouillements et d'exhaussements du sol faisant l'objet de la déclaration préalable en litige a été en partie déjà défriché. Celle-ci ne conteste pas le contenu des courriers produits en défense par lesquels la direction départementale des territoires et de la mer des Alpes-Maritimes considère que ce défrichement relevait du champ d'application de l'article L. 341-1 du code forestier et qu'il doit être régularisé par la délivrance de l'autorisation prévue à l'article L. 341-2 du même code. Ainsi, en application de l'article L. 341-7 de ce code, la SARL Le Domaine des Lys devait obtenir une autorisation de défrichement avant l'autorisation administrative portant sur les travaux projetés.
8. Contrairement à ce qu'a relevé le maire de La-Colle-sur-Loup dans sa décision, la déclaration préalable déposée par la SARL Le Domaine des Lys ne relève pas des dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'urbanisme dans la mesure où elle n'entre dans aucun des cas prévus par décret en Conseil d'Etat dans lesquels la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu d'autorisation au titre de législations ou réglementations autres que le code de l'urbanisme. Les dispositions de l'article L. 425-6 du même code ne sont pas davantage applicables dès lors que celles-ci ne visent que les décisions délivrant un permis de construire. En revanche, contrairement à ce que soutient la SARL Le Domaine des Lys, celles de l'article R. 424-6 du même code, relatif aux décisions prises tant sur les demandes d'autorisation prévues par ce code que sur les déclarations préalables, imposaient au maire de La-Colle-sur-Loup de différer la réalisation des travaux projetés dans l'attente de l'obtention d'une autorisation de défrichement, ce qu'il a fait en assortissant sa décision de non-opposition des prescriptions contestées énoncées à l'article 2 de cette décision.
9. Il résulte de ce qui précède que la SARL Le Domaine des Lys n'est pas fondée à demander l'annulation des prescriptions assortissant la décision du 13 février 2019 par laquelle le maire de La-Colle-sur-Loup ne s'est pas opposé à sa déclaration préalable.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du La-Colle-sur-Loup, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SARL Le Domaine des Lys au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la SARL Le Domaine des Lys une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune du La-Colle-sur-Loup et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Nice du 28 septembre 2022 est annulé.
Article 2 : La demande de la SARL Le Domaine des Lys devant le tribunal administratif de Nice et le surplus de ses conclusions devant la Cour sont rejetés.
Article 3 : La SARL Le Domaine des Lys versera à la commune de La-Colle-sur-Loup une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée Le Domaine des Lys et à la commune de La-Colle-sur-Loup.
Délibéré après l'audience du 18 avril 2024, où siégeaient :
- M. Portail, président,
- M. d'Izarn de Villefort, président assesseur,
- M. Angéniol, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026