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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02998

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02998

mercredi 24 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02998
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBAZIN-CLAUZADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 18 juin 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2205046 du 28 juillet 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, M. B, représenté par Me Bazin-Clauzade, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 juillet 2022 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 18 juin 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision relative au délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée a son droit de mener une vie familiale normale et à la situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, de nationalité marocaine, relève appel du jugement du 28 juillet 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 18 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. B fait valoir qu'il est entré en France pour la dernière fois en juin 2021, à l'expiration de l'interdiction de retour sur le territoire français dont a il fait l'objet le 14 mars 2018, et après avoir été reconduit vers le Maroc en exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire prise le même jour et se prévaut de sa vie commune avec sa compagne de nationalité française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les premières pièces permettant d'établir une vie commune, et qui consistent seulement en une attestation de contrat d'EDF aux deux noms du couple, et une domiciliation bancaire, datent respectivement des 6 et 8 avril 2022, ce qui est très récent à la date de l'arrêté en litige. Par ailleurs, l'ancienneté et la stabilité de la relation du requérant avec sa compagne n'est pas suffisamment établie par la production de quelques photographies prises en 2016, 2017 et 2019, de deux billets d'avion de sa compagne à destination du Maroc les 23 mars et 30 août 2019, ainsi que d'une copie de la mise à disposition au consulat général de France à Fès d'un certificat de capacité à mariage en septembre 2019. Les pièces produites devant la cour, si elles établissent que la compagne du requérant a été enceinte de sept semaines au mois de septembre 2021 avant de perdre l'enfant qu'elle portait, ne permettent cependant pas de faire regarder sa relation avec l'intéressé comme s'étant poursuivie de façon stable depuis l'année 2015, ou même depuis que M. B est revenu en France en juin 2021. Enfin, M. B allègue sans l'établir qu'il occuperait un emploi dans le domaine du bâtiment et que l'une de ses sœurs résiderait régulièrement sur le territoire. Il n'est en outre pas contesté que ses parents et le reste de sa fratrie résident dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en édictant l'arrêté contesté, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet a refusé d'accorder à M. B un délai de départ volontaire aux motifs qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il ne présente pas de passeport en cours de validité et ne justifie pas d'un lieu de résidence permanent et qu'il est défavorablement connu des services de police. L'attestation de titulaire du contrat d'EDF en date du 6 avril 2022 et le relevé d'identité bancaire établi le 8 avril 2022 que produit le requérant ne sauraient, à eux seuls, constituer une garantie de représentation. Si le requérant justifie devant la cour de la détention d'un passeport, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur le motif du 1° de l'article L. 612-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a commis aucune erreur de droit au regard de ces dispositions.

7. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. L'arrêté contesté mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. B déclare être entré en France après le 29 mars 2018, date de sa reconduite de manière coercitive au Maroc, sans démontrer y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est sans enfant et ne justifie ni de la réalité et de l'ancienneté de sa situation de concubinage, alors même qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Cet arrêté comporte ainsi, en ce qu'il prononce à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, l'indication des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. Il résulte de ces dispositions, que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. D'une part, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressé n'a justifié d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Bouches-du-Rhône a décidé de prendre à son encontre la mesure contestée. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en juin 2021, et que la vie de commune alléguée avec sa compagne est en tout état de cause très récente à la date de l'arrêté contesté, sans que le requérant ne puisse établir l'ancienneté et la stabilité de cette relation. Enfin, M. B, avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 14 mars 2018 qui a été exécutée de manière forcée le 29 mars 2018. Dans ces conditions, quand bien même M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à l'intéressé, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à Me Bazin-Clauzade.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 24 mai 2023.

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