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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00099

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00099

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00099
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCOULET-ROCCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille, d'une part, d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, d'autre part, d'enjoindre à la délivrance d'un titre de séjour ou, subsidiairement, au réexamen de sa situation.

Par un jugement n° 2203806 du 5 septembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2023, M. A, représenté par Me Coulet-Rocchia, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 5 septembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-il n'est pas justifié qu'il aurait été régulièrement avisé de la présentation du pli contenant l'arrêté litigieux et que celui-ci aurait bien été conservé 15 jours au bureau de poste ; le jugement qui retient la tardiveté de sa demande est irrégulier ;

-les décisions portant refus de droit au séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

-la décision portant refus de droit au séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-43 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en France depuis 2013, aux côtés de sa compagne avec qui il a conclu un pacte civil de solidarité en 2019 et s'occupe des enfants de celle-ci ;

-l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet de motiver la décision portant obligation de quitter le territoire français par le seul séjour irrégulier, n'est de ce fait pas conforme à la directive 2008/115/CE et ne peut servir de base légale à l'obligation de quitter le territoire français ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de droit au séjour ;

-elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La procédure a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit d'observations.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poullain a été entendu en audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien, né en 1981, relève appel du jugement du 5 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation l'arrêté du 2 novembre 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 614-4 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision ".

3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Compte tenu des modalités de présentation des plis recommandés prévues par la réglementation postale, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier et qui porte, sur l'enveloppe ou l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a notifié à M. A l'arrêté du 2 novembre 2021 par pli recommandé par accusé de réception. Dans le cadre de l'instance introduite par l'intéressé devant le tribunal administratif de Marseille, le préfet a produit la copie de l'avis de réception postal de ce pli à l'adresse de M. A, portant une étiquette adhésive sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ". L'enveloppe contenant cette notification a été renvoyée aux services de la préfecture qui l'ont réceptionnée, le 9 décembre 2021. Toutefois, et comme le soutient M. A, cet avis de réception ne comporte aucune date de présentation du pli et ne permet par suite pas de s'assurer que celui-ci a été effectivement présenté à son domicile puis tenu à sa disposition pendant le délai prévu par la règlementation. Dès lors, les mentions figurant sur cette pièce ne permettent pas d'établir que le pli a été régulièrement notifié à M. A le 9 décembre 2021, contrairement à ce que les premiers juges ont retenu. Le délai de recours de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas couru, le tribunal a entaché son jugement d'irrégularité en rejetant comme tardive la demande enregistrée au greffe du tribunal le 5 mai 2022.

5. Il y a lieu d'annuler ce jugement et, par la voie de l'évocation, de statuer immédiatement sur la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Marseille.

Sur la légalité des décisions attaquées :

6. L'arrêté litigieux vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 423-23 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement, en relevant particulièrement que M. A ne justifie pas se maintenir en France depuis 2013, y détenir des liens personnels et familiaux anciens et stables, ni y vivre en concubinage avec la compatriote avec laquelle il a signé un pacte civil de solidarité en 2019. Il en ressort par ailleurs sans ambiguïté que la décision portant obligation de quitter le territoire français est prise en conséquence du refus de titre de séjour, ainsi que prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'avait ainsi, en application de l'article L. 613-1 du même code, pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Ces dernières dispositions ne sont à cet égard pas incompatibles avec les dispositions et les objectifs de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dont l'article 12 dispose que : " les décisions de retour () indiquent leurs motifs de fait et de droit () ", lesquels n'excluent pas que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français puisse se confondre avec celle du refus de titre de séjour qu'elle assortit et dont elle découle alors nécessairement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions litigieuses doit dès lors être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A n'établit pas vivre en France de façon continue depuis 2013 en se bornant à produire, pour l'essentiel, quelques ordonnances et des cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat. S'il a conclu le 15 octobre 2019 un pacte civil de solidarité avec une compatriote titulaire d'une carte de résident, cette relation demeure récente à la date de la décision attaquée et peu documentée, tandis qu'il n'a pas d'enfant à charge, ne justifie pas d'une insertion sociale sur le territoire et n'allègue pas être isolé dans son pays d'origine. Le centre de sa vie privée et familiale n'est ainsi pas fixé en France de façon telle que les décisions litigieuses y porteraient une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent dès lors être écartés.

9. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de droit au séjour, présenté au soutien des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté, de même, en tout état de cause et pour les motifs exposés au point 6 ci-dessus, que celui tiré du défaut de base légale de cette décision.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 2 novembre 2021 doivent être rejetées, de même que celles tendant à ce qu'une injonction soit prononcée sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille du 5 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : La demande présentée par M. A devant le tribunal administratif et le surplus des conclusions de la requête d'appel sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Marlène Coulet-Rocchia.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,

- Mme Vincent, présidente assesseure,

- Mme Poullain, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

C. POULLAINLa présidente,

Signé

A.-L. CHENAL-PETER

La greffière,

Signé

S. EYCHENNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

bb

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