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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00107

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00107

jeudi 24 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00107
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDESFOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 5 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2206385 du 25 août 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2023, M. B, représenté par Me Desfour, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 25 août 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la délégation de signature du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, le préfet n'indiquant pas pour quel motif il ne risque pas d'être persécuté dans son pays ;

- sur la base d'éléments nouveaux obtenus en septembre 2022, il a sollicité le réexamen de sa demande d'asile mais, s'il a été convoqué le 8 décembre 2022, l'enregistrement de cette demande lui a été illégalement refusé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, eu égard aux risques qu'il encourt en Turquie en raison de ses origines kurdes et de son insoumission ;

- il appartenait au préfet d'examiner les risques qu'il encourt sur ce fondement, la Cour nationale du droit d'asile n'étant pas compétente pour le faire ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 2 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité turque, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 5 juillet 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. En premier lieu, M. D C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile au sein de la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité à la préfecture des Bouches-du-Rhône, et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau, au nombre desquelles figurent les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions législatives applicables, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que la demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 29 décembre 2021 et que le Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours le 27 mai 2022. L'arrêté attaqué énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il précise, en outre, notamment que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires aux dispositions de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme. Le préfet n'avait pas à indiquer " pour quel motif (M. B) ne risque pas d'être persécuté dans son pays " alors, au demeurant, que les éléments de sa demande d'asile, protégés par la confidentialité de la procédure, ne sont pas portés à sa connaissance. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

4. En troisième lieu, M. B ne peut, en tout état de cause, se prévaloir pour contester la légalité de l'arrêté attaqué de l'illégalité du refus d'enregistrement qui aurait été opposé à une demande de réexamen de sa demande d'asile, à supposer même celui-ci établi, dès lors que la démarche dont il se prévaut est postérieure à la date de l'arrêté attaqué.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifié à l'article L. 513-2 : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Enfin aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " La qualité de réfugié est reconnue : 1° A toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté ;/ 2° A toute personne sur laquelle le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés exerce son mandat aux termes des articles 6 et 7 de son statut tel qu'adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 14 décembre 1950 ; / 3° A toute personne qui répond aux définitions de l'article 1er de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés " et aux termes de l'article L. 512-1 : " Le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé à toute personne qui ne remplit pas les conditions pour se voir reconnaître la qualité de réfugié et pour laquelle il existe des motifs sérieux et avérés de croire qu'elle courrait dans son pays un risque réel de subir l'une des atteintes graves suivantes : / a) La peine de mort ou une exécution ; / b) La torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants () ".

6. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet pouvait légalement se fonder, pour estimer qu'il ne justifiait pas encourir un risque de subir, dans son pays d'origine, des tortures ou des traitements inhumains et dégradants, au sens des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sur le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, ces décisions ayant été prises non seulement sur le fondement de la convention de Genève mais également sur celui de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment de son paragraphe b) qui reprend les termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme.

7. Il résulte de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 27 mai 2022 que : " M. B n'a fourni, devant l'OFPRA ou devant la Cour et, notamment lors de l'audience, que des déclarations très imprécises, voire convenues sur l'objection de conscience alléguée, déclarations qui n'ont, en tout état de cause, pas permis de tenir pour établies les raisons politiques ou de conscience qui dicteraient cette insoumission. En 2020, il a affirmé avoir été contrôlé par les autorités turques une vingtaine de fois, et indiqué, de manière peu crédible, qu'au cours de ces arrestations il n'aurait jamais été arrêté, ni même conduit à la visite médicale préalable au service militaire, se bornant à supposer de l'inaptitude des agents le contrôlant. De même que, finalement conduit à sa visite médicale, ses propos se sont avérés peu personnalisés voire incohérents. Les circonstances selon lesquelles il aurait été conduit de force à cette visite ont été décrites en des termes peu convaincants. Il a allégué s'être rendu chez un médecin pour un examen de contrôle à l'obtention de son permis de conduire et aurait appris ne pas être apte à la conduite en raison d'une cécité. Deux jours après, il aurait été interpellé à l'occasion d'un contrôle routier et emmené de force à l'hôpital pour effectuer sa visite médicale préalable au service militaire et aurait été déclaré apte malgré son problème à l'œil. Cependant, ses propos peu personnalisés s'agissant de cette visite et l'absence d'éléments mentionnant une diminution de sa capacité visuelle dans un certificat médical délivré par un médecin le 5 avril 2022 et dans le compte rendu de sa visite médicale militaire du 4 novembre 2020 ne permettent pas de retenir la véracité des propos du requérant à cet égard. / En deuxième lieu, si les captures d'écrans, accompagnées des traductions, de son espace e-devlet permettent de tenir comme établi son statut de conscrit réfractaire, il a livré un discours récité et stéréotypé sur les raisons pour lesquelles il se refuserait à effectuer son service militaire. Ainsi, les captures d'écrans indiquant qu'il serait recherché comme conscrit réfractaire de même que la décision administrative d'amende des autorités militaires du 6 novembre 2020 et le procès-verbal de non-exécution de service militaire, par ailleurs dénué de traduction, ne peuvent modifier l'appréciation de la Cour au regard de l'insuffisance de ses déclarations dès lors qu'il n'a pas été en mesure d'indiquer la raison pour laquelle il aurait été considéré comme réfractaire. Il n'a pas été à même d'expliquer pourquoi il ne souhaitait pas s'y rendre arguant des exactions commises par les autorités sur des kurdes sans donner d'exemples concrets et en rappelant une incapacité en raison de sa cécité. Il a fait essentiellement état de généralités quant à la situation des kurdes enrôlés et des objecteurs de conscience au sein de l'armée turque, sans apporter d'explication substantielle quant à sa situation personnelle, ni fournir un discours argumenté et personnalisé concernant ses convictions pacifistes. A cet égard, invité à se prononcer en faveur d'une armée kurde il s'est montré discordant se disant d'une part être contre en raison de l'utilisation des armes puis n'a pas fait état d'un refus catégorique du moment où elles seraient utilisées pour la défense d'un pays. Enfin, les conditions de sa clandestinité à Istanbul ont été exposées en des termes évasifs. Aucun élément de l'instruction n'a permis de considérer que les sanctions encourues par M. B du seul fait de refuser d'effectuer son service militaire pourraient être assimilées à des persécutions ou à des atteintes graves ". Dans ces conditions, et alors que le requérant ne fournit aucune explication sur les éléments nouveaux qu'il aurait obtenus postérieurement à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, comme de celles de son article 2, ne peut qu'être écarté.

8. Enfin, à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme, le requérant ne fait valoir aucune circonstance, et notamment aucune attache familiale ou personnelle avec le territoire français, susceptible d'établir que l'arrêté attaqué a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, par rapport aux buts en vue desquels il a été pris.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à Me Desfour.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 24 août 2023

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