mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00192 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | KUHN-MASSOT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Par un jugement n° 2206152 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, M. B, représenté par Me Kuhn-Massot, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 8 novembre 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mars 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il a bien la qualité de membre de famille de ressortissants européens au sens des articles L. 200-4 et L. 200-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où son épouse et ses trois enfants sont de nationalité italienne ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- lui et son épouse sont insérés socialement car ils travaillent tous les deux ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2021-530 du 29 avril 2021 portant revalorisation du montant forfaitaire du revenu de solidarité active ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement du 8 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
3. En premier lieu, c'est à bon droit que les premiers juges, qui ont considéré que le requérant devait être regardé comme invoquant une erreur de fait tirée de ce que le préfet n'a pas indiqué que ses trois enfants sont de nationalité italienne, ont écarté ce moyen comme inopérant dès lors que la qualité de membre de famille de ressortissant de l'Union européenne du requérant, qui est marié à une ressortissante italienne, n'est pas contesté. Il y a lieu d'adopter ces motifs retenus par le tribunal administratif pour écarter ce même moyen repris en appel, le requérant ne faisant valoir aucun élément distinct de ceux soumis à l'appréciation du tribunal.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois () ".
5. Aux termes de l'article R. 233-1 de ce code : " Les ressortissants qui remplissent les conditions mentionnées à l'article L. 233-1 doivent être munis de leur carte d'identité ou de leur passeport en cours de validité. / L'assurance maladie mentionnée à l'article L. 233-1 doit couvrir les prestations prévues aux articles L. 160-8, L. 160-9 et L. 321-1 du code de la sécurité sociale. / Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. / La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour ". Aux termes de l'article R. 262-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 applicable à un foyer composé d'une seule personne est majoré de 50 % lorsque le foyer comporte deux personnes. Ce montant est ensuite majoré de 30 % pour chaque personne supplémentaire présente au foyer et à la charge de l'intéressé. Toutefois, lorsque le foyer comporte plus de deux enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge, à l'exception du conjoint, du partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou du concubin de l'intéressé, la majoration à laquelle ouvre droit chacun de ces enfants ou personnes est portée à 40 % à partir de la troisième personne. () ". Le décret n° 2021-530 du 29 avril 2021 susvisé a fixé le montant forfaitaire mensuel du revenu de solidarité active à 565,34 euros à compter des allocations dues au titre du mois d'avril 2021.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié le 12 décembre 2015 avec une ressortissante italienne et qu'ils ont trois enfants respectivement nés le 14 octobre 2016 à Modène, le 14 avril 2019 et le 20 juin 2021 à Marseille, de nationalité italienne. Il a bénéficié d'une carte de séjour " membre de la famille d'un citoyen de l'Union " du 19 janvier 2020 au 18 septembre 2021, dont le renouvellement lui a été refusé par l'arrêté contesté au motif que son épouse ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'une part, si M. B fait valoir que son épouse travaille, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a signé un contrat à durée indéterminée en qualité d'employée dans la restauration que 1er avril 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté en litige, de sorte que le préfet pouvait légalement opposer au requérant le motif tiré de ce que son épouse n'exerçait pas d'activité professionnelle. La circonstance qu'elle a auparavant travaillé en qualité de caissière dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée signé le 19 juin 2019, de manière ponctuelle puisque les bulletins de salaire produits ne concernent que la période de juin à décembre 2019, ne peut être prise en compte dès lors que cet emploi a cessé ainsi qu'en atteste le courrier Pôle Emploi du 25 octobre 2021 indiquant que l'épouse du requérant ne remplissait plus les conditions nécessaires au maintien de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 1er janvier 2021. D'autre part, si M. B se prévaut de ce que la condition posée par le 2° de l'article L. 233-1 précité serait remplie en ce que le couple justifierait de ressources suffisantes pour l'ensemble de leur famille, il ressort des pièces du dossier que les bulletins de salaire du requérant qui travaille en qualité d'employé de libre-service depuis le 14 septembre 2020 sont de l'ordre de 500 euros mensuels depuis le mois de juillet 2021. Or, en application des dispositions de l'article R. 262-1 précité du code de l'action sociale et des familles, le montant forfaitaire de solidarité active mentionné à l'article L. 262 du même code applicable à une famille composée d'un couple et de trois enfants mineurs est de 1 413,35 euros. Si l'article R. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionne que pour apprécier le caractère suffisant des ressources le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active, la moyenne des 500 euros mensuels à la disposition du couple ne peut être regardée comme ayant un caractère suffisant pour subvenir aux besoins de la famille. En outre, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, l'allocation de prestation d'accueil d'un jeune enfant, l'allocation de logement, les allocations familiales avec conditions de ressources et le revenu de solidarité active perçus par le couple ne peuvent être pris en compte dans le calcul des ressources dès lors qu'ils représentent des prestations sociales non contributives au sens de ce même article R. 233-1. Enfin, la seule production d'une complémentaire de santé au bénéfice de M. B valable jusqu'au 31 décembre 2021 ne permet pas d'établir, ainsi qu'il le soutient, que son épouse serait titulaire d'une assurance de santé. Par suite, le préfet pouvait également opposer au requérant le motif tiré de ce que son épouse ne remplissait pas la condition de ressources suffisantes posée par le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter sa demande de renouvellement de carte de séjour. Il y a donc lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 233.-1 et L. 233-2 de ce code.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. M. B déclare être entré sur le territoire le 1er décembre 2018 démuni de visa. S'il se prévaut de sa vie familiale avec son épouse et leurs trois enfants dont les plus jeunes sont nés en France, de son emploi depuis le 14 septembre 2020, son entrée sur le territoire demeure très récente et ainsi qu'il a été dit au point 5, le couple ne dispose pas de ressources suffisantes ni d'une insertion socio-économique significative. Dès lors, l'ensemble de la cellule familiale peut se reconstituer notamment en Italie, pays dont son épouse et ses trois enfants ont la nationalité Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône, en édictant l'arrêté contesté, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Le requérant, qui se borne à soutenir que ses enfants sont scolarisés sur le territoire, ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait être reconstituée hors de France, et notamment en Italie. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées ci-dessus de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Kuhn-Massot.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 21 juin 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026