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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00258

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00258

jeudi 7 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00258
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2203380 du 12 janvier 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2023, M. A, représenté par Me Dhib, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2203380 du 12 janvier 2023 du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulon ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2022 du préfet du Var ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande après délivrance d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa demande de première instance était motivée ;

- la compétence du signataire de l'arrêté n'est pas établie ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait et méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une décision du 31 mars 2023, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Platillero a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'un arrêté du 2 décembre 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il relève appel du jugement du 12 janvier 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

2. Il y a lieu d'écarter les moyens réitérés par M. A devant la Cour tirés du vice d'incompétence et du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 4 et 5 du jugement attaqué, la circonstance que l'arrêté préfectoral de délégation de signature n'a pas été produit étant sans incidence, dès lors qu'il s'agit d'un acte réglementaire régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ". Après avoir constaté que M. A n'entrait pas dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel s'était fondé le préfet, le premier juge y a substitué le 2° du même article pour fonder l'obligation de quitter le territoire français.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en décembre 2018 à l'âge de quinze ans sous couvert d'un visa de long séjour, s'est maintenu en France en situation irrégulière sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour pendant sa période de quatre ans de séjour irrégulier. S'il fait valoir que ses parents, accompagnés de son frère mineur scolarisé en France, y vivent et ont sollicité leur régularisation en octobre 2022, que son frère s'est marié en novembre 2022 avec une ressortissante française et que sa sœur ainée est titulaire d'une carte de résident, M. A, qui a passé la plus grande partie de sa vie en Tunisie, est néanmoins majeur, célibataire et sans enfant. La circonstance que le requérant a été scolarisé en France deux années et occupe un travail de livreur depuis le 12 octobre 2022 ne caractérise pas une insertion privée, sociale et professionnelle particulière. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de M. A, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.

6. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. Il ressort du procès-verbal d'interrogatoire du 1er décembre 2022 que M. A a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Il entrait ainsi dans le champ d'application du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet du Var s'est prévalu, permettant de caractériser un risque de soustraction à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article L. 612-2 du même code en refusant d'accorder à M. A un délai de départ volontaire doit ainsi être écarté. En outre, ce motif justifiant à lui seul la décision contestée, la circonstance que le préfet du Var a estimé à tort que M. A ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et a considéré qu'il ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale est sans incidence sur sa légalité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

10. Compte tenu des motifs mentionnés au point 5 et dès lors que M. A est de nationalité tunisienne, le préfet du Var n'a pas entaché la décision fixant le pays à destination duquel le requérant pourrait être reconduit d'office d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

12. Compte tenu des motifs mentionnés au point 5, le préfet du Var n'a pas entaché l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an qu'il a prononcé à l'encontre de M. A d'une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2022 du préfet du Var. Ses conclusions aux fins d'annulation de ce jugement et de cet arrêté doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent arrêt n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- M. Platillero, président assesseur,

- Mme Mastrantuono, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 mars 2024.

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