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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00330

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00330

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00330
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2201079 du 7 décembre 2022, le tribunal administratif de Nice rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A, représenté par Me Jaidane, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 7 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 31 janvier 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le tribunal n'a pas motivé sa réponse au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 alors que le requérant remplit les conditions de ce texte et doit par conséquent bénéficier d'une régularisation de sa situation ;

- le requérant encourt un risque de représailles individuelles en cas de retour dans son pays d'origine et le Kosovo connaît un regain de tension, de sorte que le requérant se trouve dans une situation exceptionnelle telle qu'envisagée par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le tribunal a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le tribunal a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. A par une décision du 3 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité kosovare, relève appel du jugement du 7 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2022 du préfet des Alpes-Maritimes lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, il résulte des termes mêmes du jugement que le tribunal administratif a écarté, en son point 2, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige méconnaissait les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 de façon suffisamment motivée en indiquant que le requérant ne pouvait utilement se prévaloir de ce texte dès lors qu'il ne fait qu'énoncer des orientations générales destinées à éclairer les préfets dans l'exercice de leur pouvoir de prendre des mesures de régularisation concernant les étrangers en situation irrégulière, qui sont des mesures de faveur au bénéfice desquelles les étrangers ne peuvent faire valoir aucun droit. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.

4. En second lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de textes et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commis le tribunal pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté, qui indique notamment que le requérant a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 26 mars 2018 qui a été actualisée le 29 janvier 2021, et qui mentionne sa situation familiale, sa situation professionnelle, et sa situation au regard du séjour, que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle du requérant.

6. En deuxième lieu, si M. A fait à nouveau valoir en appel qu'il remplit les conditions de la circulaire du 28 novembre 2012, ce qui aurait dû conduire le préfet à exercer son pouvoir de régularisation, un étranger ne détient toutefois aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ainsi que l'ont également relevé les premiers juges. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision en litige des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A soutient être entré sur le territoire le 30 octobre 2015 et y avoir fixé le centre de sa vie privée et familiale dès lors qu'il y vit avec sa mère et sa sœur qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France le 29 octobre 2015 et qu'il a présentée une demande d'asile qui a été rejetée par l'OFPRA le 29 février 2016, décision qui a été confirmée par la CNDA par un arrêt du 26 septembre 2016, le requérant ayant par la suite fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 3 janvier 2017. L'ensemble des pièces versées au dossier, composées uniquement, outre des pièces relatives à la demande d'asile du requérant et des échanges avec la préfecture dans le cadre de sa demande d'admission au séjour, d'une promesse d'embauche non datée de l'entreprise Dita Bâtiment en qualité de carreleur, d'une promesse d'embauche du 7 novembre 2021 de l'entreprise Vertop Méditerranée également en qualité de carreleur dans le bâtiment, d'une facture de consommation d'eau du 7 novembre 2018 adressée à Mme B A, sa sœur, du contrat de location de logement de sa sœur avec prise d'effet le 1er octobre 2018, et des titres de séjour de sa sœur et de sa mère, ne permettent pas d'établir que le requérant aurait tissé sur le territoire des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables. La circonstance que sa sœur et sa mère ont obtenu la protection subsidiaire après des décisions de la cour nationale du droit d'asile du 29 août 2017 et qu'elles se sont vues délivrer chacune un titre de séjour le 1er mars 2019 valable jusqu'au 28 février 2023 ne permet pas à elle seule de considérer que le requérant, qui n'établit au demeurant pas la réalité des liens qu'il entretiendrait avec elles, aurait transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire. En outre, il n'est ni établi ni allégué que le requérant serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, en édictant l'arrêté contesté, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. La situation de M. A, telle que décrite précédemment au point 8, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que ces dispositions auraient été méconnues doit donc être écarté.

11. En dernier lieu, à supposer même que le requérant puisse être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en indiquant qu'il encourt des représailles personnelles en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au juge d'en apprécier le bienfondé. Ce moyen doit par suite être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à Me Jaidane.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 5 octobre 2023.

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