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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00580

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00580

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00580
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMAGNAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2209212 du 14 février 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, M. A, représenté par Me Magnan, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 14 février 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de validité d'un an portant la mention " salarié " ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'une erreur de droit au regard de son insertion socio-professionnelle sur le territoire français ;

- il bénéficie d'une présence habituelle sur le territoire français depuis l'année 2014 ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- le jugement attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de sa durée de présence sur le territoire français ;

- la décision fixant le pays de sa destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour de 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Le requérant ne peut donc utilement se prévaloir d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation qu'aurait commis le tribunal pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de l'arrêté contesté, qui vise l'accord franco-algérien et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français du requérant, que le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de lui refuser la délivrance d'un certificat de résident.

5. En deuxième lieu d'une part, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. D'autre part, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 2 octobre 2014, sous couvert d'un visa C - Etats Schengen d'une durée de validité de six mois, et soutient se maintenir de manière habituelle sur le territoire français depuis cette date. Toutefois, ne sauraient être prises en compte, dans la mesure où elles ne permettent pas d'établir la présence sur le sol français de l'intéressé, les pièces composées de simples réservations pour un hôtel ou pour des voyages en autocar, de simples échanges de lettres, de pièces illisibles telles une carte vitale ou un accusé de réception, d'avis d'impôt à hauteur de 0 euros, de relevés bancaires ne faisant apparaître aucun mouvement sur le territoire national, de simples convocations à des rendez-vous ou encore de factures relatives à un abonnement mobile pour un téléphone portable. Dans ces conditions, les pièces produites par M. A ne permettent pas d'établir la présence de celui-ci sur le territoire français depuis la date alléguée. En tout état de cause, cette présence ne saurait, à elle seule, composer un motif exceptionnel d'admission au séjour. Si M. A peut se prévaloir d'un contrat de travail à durée indéterminée auprès de l'association G 2 N Services depuis le 31 mai 2021 pour un emploi en qualité d'employé administratif, cette circonstance ne saurait, à elle seule, traduire une insertion professionnelle d'une particulière intensité sur le territoire français, ni, a fortiori, constituer un motif exceptionnel d'admission au séjour. M. A, célibataire et sans enfant, ne peut par ailleurs se prévaloir d'une particulière insertion sociale sur le territoire français, par la seule production d'attestations de témoins peu circonstanciées. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où résident notamment ses parents et les membres de sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 25 ans. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône, en lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence et en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne résulte d'aucune circonstance invoquée par l'intéressé qu'en ne régularisant pas sa situation par la délivrance du titre de séjour sollicité, l'autorité administrative aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été exposé au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de la destination de la mesure d'éloignement méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Magnan.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 13 décembre 2023

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