jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00605 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | DECAUX |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification et a fixé le pays de sa destination.
Par un jugement n° 2206154 du 8 novembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de Mme A.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, Mme A, représentée par Me Decaux, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 8 novembre 2022 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délais d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- le tribunal n'a pas fait une juste appréciation de ses liens familiaux avec ses sœurs ;
Sur le bien-fondé :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle n'a plus de famille en Albanie ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, par voie de conséquence, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La présente requête de Mme A, de nationalité albanaise, née le 1er septembre 2000, tend à l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Il suit de là que Mme A ne peut utilement se prévaloir de l'erreur commise, selon elle, dans l'appréciation de ses liens personnels et familiaux par les premiers juges pour demander l'annulation du jugement attaqué au titre de sa régularité .
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que l'arrêté contesté serait insuffisamment motivé et serait entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante par adoption des motifs suffisamment précis et circonstanciés retenus par les premiers juges aux points 3 et 4 du jugement, la requérante ne faisant valoir aucun élément distinct de ceux soumis à leur appréciation.
5. En deuxième lieu, aux termes, d'une part, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes, d'autre part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme A soutient qu'elle réside en France depuis le 13 mai 2017 et qu'elle y a établi sa vie privée et le centre de ses intérêts compte tenu de la présence de ses trois sœurs et de son intégration scolaire et professionnelle. Elle produit des pièces, constituées d'attestations, de courriers et documents administratifs se rapportant notamment à sa demande d'asile, d'ordonnances, de certificats et de résultats d'examens médicaux, d'avis d'imposition pour les années 2020, 2021 et 2022 faisant apparaitre de faibles revenus, de contrats d'aide à un jeune majeur, de baux et de quittances de loyer, de factures, d'un avis de taxe d'habitation pour l'année 2021, de conventions de stage, de contrats de travail et de bulletins de salaires permettant d'établir l'ancienneté de son séjour depuis 2017. Toutefois, si Mme A se prévaut de la présence de ses trois sœurs et d'un neveu en France, et produit le certificat de décès de ses parents et de son frère, il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'entretien mené le 15 décembre 2017 à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, à raison de la présence d'une sœur avec laquelle elle déclarait être restée en contact, de quatre oncles et d'une tante. De plus, les trois sœurs de la requérante ont également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français suite à un refus de titre de séjour en 2018, de sorte que leur séjour est irrégulier. Par ailleurs, célibataire et sans enfant, la requérante a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de seize ans, tandis que son arrivée en France peut être regardée comme récente, de moins de cinq ans à la date de l'arrêté litigieux. En outre, si Mme A produit trois conventions de stages, un contrat d'apprentissage mais aucun bulletin de salaire s'y rapportant et trois contrats à durée déterminée en qualité de serveuse dans la même société, pour la période du 25 novembre 2019 au 30 juin 2021, cet emploi a été occupé à temps partiel, pour une rémunération mensuelle qui n'a pas excédée deux cent euros. Si elle produit également un contrat à durée indéterminée conclu le 1er juillet 2021, son temps de travail est resté faible, et le dernier contrat à durée indéterminée qu'elle produit, conclu le 3 octobre 2022, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué, pour un travail à temps partiel et une rémunération mensuelle n'excédant pas huit cent euros, l'ensemble de ces pièces ne saurait être de nature, à elles seules, à caractériser une insertion socio-professionnelle notable. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision portant refus de séjour méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Le préfet n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressée.
7. En troisième lieu, la situation de Mme A telle qu'elle vient d'être rappelée au point précédent ne permet pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 6 que le préfet a fait une juste appréciation des liens familiaux de Mme A en considérant qu'elle ne démontrait pas, par la seule production de l'avis de décès de ses parents de de son frère, être dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine, ainsi qu'il ressort notamment du compte rendu de l'entretien mené à l'OFPRA qu'une sœur, des oncles et une tante résident en Albanie, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de fait entachant la décision portant refus de séjour doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour étant légale, Mme A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette dernière.
10. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français étant légale, Mme A n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de cette dernière.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Decaux.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 19 octobre 2023
N°23MA00605
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026