jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00616 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CAPDEFOSSE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
Par un jugement n° 2205099 du 18 octobre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023, Mme C, représentée par Me Capdefosse, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 18 octobre 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 18 mars 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation en droit ;
- le moyen invoqué devant le tribunal était tiré du défaut de motivation de la décision de refus de renouvellement, et non de l'insuffisance de motivation de cette décision ;
- la requérante doit être regardée comme pouvant justifier d'une carte de séjour étudiant afin de terminer son parcours universitaire au titre de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 9 de la convention franco-gabonaise ;
- le tribunal a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la république gabonaise, relative à la circulation et au séjour des personnes, et l'accord franco-gabonais du 5 juillet 2007 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité gabonaise, relève appel du jugement du 18 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande aux fins d'annulation de l'arrêté du 18 mars 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône refusant de renouveler son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que le tribunal administratif a expressément répondu aux moyens contenus dans le mémoire produit par la requérante. En particulier, le tribunal n'a pas omis de répondre au moyen tiré du défaut de motivation en droit de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour. Si la requérante fait valoir que les premiers juges, en répondant au point 7 que " dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une insuffisante motivation " auraient analysé ce moyen de façon erronée en ce qu'il s'agissait du moyen tiré du défaut de motivation en droit de la décision contestée, les premiers juges, en considérant que la décision était suffisamment motivée, ont nécessairement estimé qu'elle n'était pas entaché d'un défaut de motivation en droit. Par suite, le jugement n'est pas entaché d'irrégularité.
Sur le bienfondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : /1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
5. La décision contestée vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne " vu la demande de renouvellement de carte de séjour temporaire " étudiant " présentée le 14 décembre 2021 ". Elle précise ensuite que l'inscription de l'intéressée " ne caractérise pas une progression raisonnable de son cursus et ne justifie pas du sérieux et de la réalité des études poursuivies ". Il ressort de cet exposé que le préfet a nécessairement entendu, pour refuser à Mme C le renouvellement de la carte de séjour dont elle était titulaire, lui opposer le défaut de justification de la réalité et du sérieux des études qu'elle déclarait suivre, de sorte que l'intéressée a suffisamment été mise à même de connaître et de critiquer les considérations de fait et de droit qui fondaient le rejet de sa demande, et ce, alors même que les dispositions applicables relatives au renouvellement d'un titre de séjour " étudiant ", que ce soit celles prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou celles prévues par la convention franco-gabonaise n'étaient pas visées de façon expresse dans la décision. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". D'autre part, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Pour l'application de cette stipulation, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous l'entier contrôle du juge, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné au caractère réel et sérieux des études poursuivies.
7. L'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France en qualité d'étudiant. Dès lors que l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 prévoit la délivrance de titres de séjour pour les étrangers ayant la qualité d'étudiant, un ressortissant gabonais souhaitant obtenir un titre de séjour au titre de cette qualité doit être regardé comme relevant des stipulations de la convention précitée. La décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour " étudiant " à Mme D trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 ainsi que l'a relevé à bon droit le tribunal administratif.
8. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée sur le territoire le 27 novembre 2018 munie d'un visa long séjour valant premier titre de séjour mention " étudiant ", et qu'elle a ensuite obtenu deux cartes de séjour temporaires valables du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2021 également en qualité d'étudiante, avant de présenter une demande de renouvellement de sa carte le 14 décembre 2021 à laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône s'est opposé par l'arrêté en litige. Si les pièces versées en appel, notamment la lettre de recommandation rédigée le 13 octobre 2021, mentionnent les qualités d'adaptation et d'intégration de l'intéressée au cours des stages qu'elle a réalisés, ne permettent cependant pas d'établir le caractère réel et sérieux des études poursuivies par l'intéressée. Si l'intéressée fait à nouveau valoir qu'elle a validé la première année de son brevet de technicien supérieur " management des unités commerciales " en 2019, il est constant qu'elle a échoué à obtenir la seconde année de ce diplôme en 2020 et 2021, et qu'elle ne l'a au demeurant pas validé l'année suivante ainsi que l'ont relevé les premiers juges. Il ressort des écritures mêmes de la requérante qu'elle a été inscrite au sein de l'école STUDI pour un diplôme de " Bachelor Business Developer " à compter de juillet 2022 qu'elle n'a pu valider. Les difficultés que la requérante a rencontrées liées à la naissance de sa fille le 27 juin 2020 et à la problématique du mode de garde de cette dernière ont justifié que sa carte de séjour ait été renouvelée au titre de l'année 2020-2021. Si la requérante fait valoir en appel que les devoirs qu'elle n'a pas rendus correspondaient à une matière optionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'ils faisaient néanmoins partie des évaluations obligatoires de son diplôme. Enfin, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, le changement d'établissement de la requérante à compter de l'année 2020 ne relève pas d'un changement d'orientation dès lors qu'elle préparait le même diplôme. Dans ces circonstances, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Mme C soutient à nouveau en appel que sa vie privée et familiale se situe sur le territoire dès lors que le père de sa fille avec qui elle vit subvient à leurs besoins et que deux de ses tantes résident régulièrement sur le territoire. Il est toutefois contradictoire de la part de la requérante de se prévaloir de sa vie familiale avec le père de son enfant dès lors qu'elle faisait également part de difficultés liées à sa situation de parent isolé. En tout état de cause, la production devant la cour de la carte de séjour temporaire du père de sa fille valable jusqu'au 31 mai 2015 et l'attestation d'hébergement qu'il a rédigée le 12 octobre 2022 ne suffisent pas à eux seuls à établir l'intensité et la stabilité des liens entre ce dernier et la requérante. Par ailleurs, si la requérante produit la carte de résident de sa tante valable jusqu'au 14 juin 2029, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle entretiendrait des liens avec elle. Enfin, il n'est pas établi que la requérante serait dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône, en prononçant la décision contestée, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Ainsi, le moyen tiré de ce que cette décision aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C et à Me Capdefosse.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 12 octobre 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026