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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00646

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00646

mercredi 5 juillet 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00646
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète des Hautes-Alpes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2209580 du 28 février 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023, sous le n° 23MA00646, Mme C, représentée par Me Bruggiamosca, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2209580 du 28 février 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 de la préfète des Hautes-Alpes ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Hautes-Alpes, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans le délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée, est entachée d'erreurs de fait, et la préfète des Hautes-Alpes n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 33 de la convention de Genève ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

II. Par une requête, enregistrée le 15 mars 2023 et un mémoire enregistré le 7 avril 2023, sous le n° 23MA00647, Mme C, représentée par Me Bruggiamosca, demande à la Cour de surseoir à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Marseille du 28 février 2023.

Elle soutient que :

- l'exécution du jugement risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;

- elle fait valoir des moyens sérieux d'annulation de ce jugement.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans ces deux instances par des décisions du 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes susvisées, présentées pour la même requérante, sont dirigées contre le même jugement. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule ordonnance.

2. Mme C, de nationalité congolaise, née le 19 mars 1960, demande l'annulation du jugement du 28 février 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et qu'il soit sursis à son exécution.

3. En vertu de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / les présidents des formations de jugement des cours peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. En premier lieu, s'il est constant que la préfète des Hautes-Alpes n'a pas produit de mémoire en défense en première instance, Mme C n'est toutefois pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, aux termes desquelles " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérants ", dès lors que les premiers juges n'ont pas adressé de mise en demeure à la préfète, et n'étaient en tout état de cause pas tenus de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En deuxième lieu, les moyens invoqués par Mme C, tirés de ce que cette décision n'est pas suffisamment motivée, est entachée d'erreurs de fait, et que la préfète des Hautes-Alpes n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation, qui avaient été précédemment soumis aux juges de première instance, doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille, aux points 4 à 7 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Mme C, âgée de 62 ans à la date de l'arrêté attaqué, justifie résider de manière habituelle sur le territoire national depuis le mois de juin 2018. La requérante se prévaut en outre de la présence en France de ses deux enfants, domiciliés en région parisienne, sa fille, née en 1981, titulaire d'une carte de résident, elle-même mère de quatre enfants, et son fils, né en 2004, issu d'une seconde union, titulaire d'un titre de séjour temporaire. En outre, la requérante, dont le père et l'époux sont décédés au Congo respectivement le 23 mai 2020 et le 22 avril 2022, fait également valoir que sa mère, décédée en France le 13 décembre 2020, était titulaire d'une carte de résident délivrée le 16 novembre 2020, et que ses deux frères, sa sœur et trois cousins sont de nationalité française. Toutefois, la durée de son séjour sur le territoire français est relativement brève à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu la majeure partie de son existence au Congo où sont nés ses deux enfants, en 1981 et 2004, où elle s'est mariée en 2004 et où elle a accompli sa carrière professionnelle au sein de l'administration de ce pays, puis en Turquie de 2016 à février 2018 aux côtés de son époux alors en poste depuis 2014 à l'ambassade du Congo à Ankara. Elle a vécu ainsi séparée des membres de sa famille pendant de nombreuses années, sa fratrie résidant en France depuis plusieurs décennies, et ses enfants y résidant depuis respectivement 2007 et 2016. Enfin, si la requérante se prévaut d'une activité de bénévolat au sein du Secours populaire français, cet élément est insuffisant à lui seul pour établir une insertion socio-professionnelle notable sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour en France de Mme C, la décision de refus de séjour ne peut être regardée comme portant au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. Pour les motifs exposés au point 7, la préfète des Hautes-Alpes ne peut être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser la situation de Mme C sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, par un arrêté de la préfète des Hautes-Alpes du 31 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 05-2020-178 du même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, M. B, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions réglementaires ou individuelles relevant des attributions de l'Etat dans ce département, et donc notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'est fondé. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à invoquer par voie d'exception, contre la décision contestée, l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour.

12. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 de la présente ordonnance, et eu égard à la nature et aux effets propres de la mesure d'éloignement en litige, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que cette mesure aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à invoquer par voie d'exception, contre la décision contestée, l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français.

14. En deuxième lieu, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, qui avait été précédemment soumis aux juges de première instance, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille, aux points 14 et 15 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Mme C fait valoir qu'elle a subi des violences psychologiques et physiques dans son pays d'origine en raison de ses opinions politiques. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 20 novembre 2019, ce rejet ayant été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 8 février 2021, et la requérante ne produit au demeurant aucun document nouveau de nature à établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée à des risques pour sa vie ou sa liberté ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Congo. Par suite, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés. Enfin, la requérante n'ayant pas la qualité de réfugiée, ne peut utilement se prévaloir des stipulations du 1. de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme C, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions aux fins de sursis à exécution :

18. Par la présente ordonnance, la Cour se prononce sur la demande d'annulation du jugement du tribunal administratif de Marseille du 28 février 2023. La demande de sursis à exécution de ce même jugement est donc devenue sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une somme à verser au conseil de M. Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 23MA00647 de Mme C à fin de sursis à exécution du jugement du 28 février 2023 du tribunal administratif de Marseille.

Article 2 : La requête n° 23MA00646 de Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et à Me Bruggiamosca.

Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.

Fait à Marseille, le 5 juillet 2023., 23MA00647

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