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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00675

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00675

jeudi 7 mars 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00675
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSCP BBLM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SELARL Pharmacie du Village a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices compris entre le 1er avril 2013 et le 31 mars 2017, ainsi que des majorations correspondantes.

Par un jugement no 2009372 du 27 janvier 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2023, la SELARL Pharmacie du Village, représentée par la SCP BBLM Avocats, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 27 janvier 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de prononcer la décharge de l'imposition et des majorations en litige ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'administration n'était pas fondée à remettre en cause la provision constituée par la société pour dépréciation de son fonds de commerce.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par la SELARL Pharmacie du Village n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code du commerce ;

-le code de justice administrative.

Après avoir entendu en audience publique :

- le rapport de M. Mérenne,

- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SELARL Pharmacie du Village exploite une officine de pharmacie à Gignac-la-Nerthe. Elle a fait l'objet d'un examen de comptabilité au titre des exercices compris entre le 1er avril 2013 et le 31 mars 2017. A l'issue de ce contrôle, l'administration a remis en cause les provisions pour dépréciation du fonds de commerce, reportées des années antérieures, d'un montant total de 166 845 euros pour l'exercice clos le 31 mars 2014, et une nouvelle provision d'un montant de 114 222 euros pour l'exercice clos le 31 mars 2015. Elle a adressé une proposition de rectification à la société le 21 décembre 2017. La SELARL Pharmacie du Village fait appel du jugement du 30 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés qui en ont résulté, ainsi que des majorations correspondantes.

Sur le fond :

2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des évènements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient effectivement été constatées dans les écritures de l'exercice () ". Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III à ce code : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt ". Aux termes de l'article 38 sexies de la même annexe dans sa rédaction applicable au litige : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de matière irréversible, notamment () les fonds de commerce, () donne lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 123-14 du code de commerce : " Les comptes annuels doivent être réguliers, sincères et donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière et du résultat de l'entreprise. / Lorsque l'application d'une prescription comptable ne suffit pas pour donner l'image fidèle mentionnée au présent article, des informations complémentaires doivent être fournies dans l'annexe. / Si, dans un cas exceptionnel, l'application d'une prescription comptable se révèle impropre à donner une image fidèle du patrimoine, de la situation financière ou du résultat, il doit y être dérogé. Cette dérogation est mentionnée à l'annexe et dûment motivée, avec l'indication de son influence sur le patrimoine, la situation financière et le résultat de l'entreprise ". Aux termes de l'article 322-1 du plan comptable général, dont les dispositions ont été reprises pour les exercices ouverts après le 1er janvier 2014 à l'article 214-6 : " () 4 - La dépréciation d'un actif est la constatation que sa valeur actuelle est devenue inférieure à sa valeur nette comptable. / 5 - La valeur brute d'un actif est sa valeur d'entrée dans le patrimoine (). / 7 - La valeur nette comptable d'un actif correspond à sa valeur brute diminuée des amortissements cumulés et des dépréciations. / 8 - La valeur actuelle est la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage (). / 10 - La valeur vénale est le montant qui pourrait être obtenu, à la date de clôture, de la vente d'un actif lors d'une transaction conclue à des conditions normales de marché, net des coûts de sortie. () / 11 - La valeur d'usage d'un actif est la valeur des avantages économiques futurs attendus de son utilisation et de sa sortie. Elle est calculée à partir des estimations des avantages économiques futurs attendus. Dans la généralité des cas, elle est déterminée en fonction des flux nets de trésorerie attendus. (). " . Pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2005, le plan comptable général et notamment son article 322-5 impose aux entreprises d'apprécier, à chaque clôture des comptes et à chaque situation intermédiaire, s'il existe un indice quelconque montrant qu'un ou plusieurs de leurs actifs ont pu perdre de leur valeur. Lorsqu'un tel indice existe, un test de dépréciation consistant à comparer la valeur nette du bien considéré et sa valeur actuelle doit être effectué afin de confirmer ou non la perte de valeur. En présence d'une telle perte de valeur, l'entreprise peut, le cas échéant, déprécier l'actif concerné en fonction de sa valeur actuelle.

4. La déductibilité fiscale d'une provision est subordonnée, en application des dispositions du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts et de l'article 38 quater de l'annexe II à ce code, outre aux conditions relatives à la dépréciation elle-même, à ce que la provision en cause ait été constatée dans les écritures de l'exercice conformément, en principe, aux prescriptions comptables. S'agissant de la dépréciation d'un élément d'actif, il résulte des dispositions du plan comptable général citées au point précédent que la passation de l'écriture comptable correspondante est subordonnée au constat selon lequel la valeur actuelle de cet élément d'actif, valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage, est devenue notablement inférieure à sa valeur nette comptable. Par suite, la seule circonstance que la valeur vénale d'un élément d'actif soit devenue inférieure à sa valeur nette comptable ne saurait, en principe, justifier la déductibilité fiscale d'une provision s'il apparaît que la valeur d'usage reste supérieure à cette valeur nette comptable, faisant ainsi obstacle à la comptabilisation d'une dépréciation.

5. La SELARL Pharmacie du Village a acquis le fonds de commerce d'une officine de pharmacie le 1er avril 2005 pour un montant de 976 000 euros. La société a constitué plusieurs provisions pour dépréciation de fonds de commerce à hauteur de 52 340 euros et de 114 505 euros, reportées en comptabilité pour l'exercice clos le 31 mars 2014, puis y a ajouté une nouvelle provision de 114 222 euros pour l'exercice clos le 31 mars 2015. L'administration a remis en cause ces provisions pour les réintégrer au résultat imposable de la société au titre des exercices clos le 31 mars 2014 et le 31 mars 2015.

6. Tout d'abord, la société appelante ne saurait utilement se prévaloir, pour justifier la comptabilisation de la dépréciation litigieuse, des conclusions de l'étude réalisée en 2013 par l'organisme Interfimo relative aux prix de cession des officines de pharmacie, en particulier dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui porte sur des données exogènes à l'entreprise, et non sur sa situation propre. Pour le même motif, elle ne peut pas davantage se prévaloir des prix de cession de six officines situées dans le même département. En outre, elle n'établit pas l'existence d'une dépréciation significative de la valeur de son fonds de commerce en produisant une évaluation du prix de cession de l'officine à 507 000 euros réalisée par le cabinet Pharmatèque le 30 juin 2015. Cette évaluation, qui ne détaille pas la méthode sur laquelle le cabinet se fonde et les éléments qu'il retient pour estimer la valeur du fonds de commerce aux environs de 55 % du chiffre d'affaires annuel, ne revêt pas un caractère suffisamment probant.

7. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que le chiffre d'affaires de la pharmacie a diminué depuis 2009 et est devenu, en 2012, inférieur au chiffre d'affaires réalisé au cours de l'exercice précédant l'acquisition, étant précisé que dans ce secteur, le prix de cession du fonds est généralement déterminé par l'application d'un coefficient au chiffre d'affaires annuel de la pharmacie en question. Toutefois, cette diminution, à hauteur de 12 % pour l'exercice clos le 31 mars 2014 et de 16 % pour l'exercice clos le 31 mars 2015, n'est pas suffisamment significative, alors que, par ailleurs, la société Pharmacie du village ne conteste pas que la part de la valeur ajoutée par rapport au chiffre d'affaires s'est maintenue entre 19 % et 23 % depuis l'acquisition du fonds, et que le bénéfice réalisé avant provision est passé de 2,04 % du chiffre d'affaires pour l'exercice clos le 30 septembre 2003 et de 3,11 % du chiffre d'affaires pour l'exercice clos le 30 septembre 2004 à 4,53 % pour l'exercice clos le 31 mars 2014 et à 6,81 % pour l'exercice clos le 31 mars 2015. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas que la diminution de son chiffre d'affaires entre l'exercice précédant son acquisition, et les exercices au cours desquels ces provisions ont été constituées, ait eu pour conséquence de rendre la valeur vénale du fonds de commerce notablement inférieure à sa valeur nette comptable.

8. Ainsi qu'il a été vu, il n'est pas établi que la valeur vénale du fonds de commerce soit devenue inférieure à sa valeur nette comptable. Cette circonstance suffit pour faire obstacle à la comptabilisation d'une dépréciation. Il n'est dès lors pas nécessaire de se prononcer sur la valeur d'usage, dès lors que la valeur actuelle d'un élément d'actif à prendre en compte est la valeur la plus élevée de la valeur vénale ou de la valeur d'usage.

9. Il résulte de ce qui précède que la SELARL Pharmacie du Village n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Sa requête doit donc être rejetée, y compris ses conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SELARL Pharmacie du Village est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SELARL Pharmacie du Village et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée pour information à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- M. Platillero, président-assesseur,

- M. Mérenne, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.

No 23MA00675

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