mercredi 25 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00764 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | VIALE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet du Var en date du 17 février 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et lui faisant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2301613 du 23 février 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a annulé l'arrêté du préfet du Var en date du 17 février 2023 seulement en tant qu'il prononçait une interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 29 mars 2023, M. A B, représenté par Me Viale, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de réformer le jugement du 23 février 2023 du tribunal administratif de Marseille ;
3°) d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français, ou, en cas de rejet de cette demande, d'enjoindre au préfet du Var de lui permettre de faire des démarches afin d'aller en Italie ;
4°) de confirmer le jugement en tant qu'il prononce l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français ;
5°) d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté du préfet du Var est entaché d'insuffisance de motivation ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire résulte d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet ;
- si la cour devait confirmer l'obligation de quitter le territoire français, il aimerait pouvoir quitter la France pour retourner en Italie plutôt qu'en Tunisie ;
- il disposait d'un titre de séjour italien qui lui a permis de vivre plusieurs années en France.
M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, de nationalité tunisienne, a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit de retourner sur le territoire national pendant une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 23 février 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a annulé cet arrêté en tant qu'il a prononcé à l'encontre de M. A B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A B doit être regardé comme demandant l'annulation de ce jugement, en tant qu'il a rejeté le surplus de sa demande.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance : () 4° rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () 7°) rejeter après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
4. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du26 mai 2023, M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
6. Il ressort des termes de l'arrêté du 17 février 2023 qu'il comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui le fonde. Il vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié. L'autorité préfectorale indique le parcours de M. A B en France, notamment son arrivée alléguée en 2012, rappelle qu'il est détenteur d'un titre de séjour italien périmé depuis 2019, et mentionne sa situation privée et familiale. Elle relève également qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches en Tunisie. Le préfet du Var, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé, a dès lors suffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. M. A B, célibataire et sans charge de famille, soutient être entré sur le territoire en 2012 muni d'un titre de séjour italien, expiré en 2019, sans toutefois l'établir, et y résider depuis lors. D'une part, M. A B, n'établit pas, par les pièces éparses versées au dossier constituées notamment des relevés de compte de livret A de février 2013, mai et août 2014, novembre 2015, de factures d'achats ponctuels, et d'attestations peu circonstanciées de personnes indiquant qu'ils connaissent l'intéressé depuis plusieurs années, résider habituellement sur le territoire depuis l'année 2012 ainsi qu'il le soutient. D'autre part, si le requérant se prévaut de la copie d'une carte individuelle d'admission à l'aide médicale d'état valable du 10 octobre 2022 au 9 octobre 2023 et d'une promesse d'embauche du 15 février 2023 en qualité d'employé polyvalent dans un restaurant, ces éléments ne sont de nature à eux seuls d'établir ni l'existence de liens personnels et familiaux intenses sur le territoire, ni d'une insertion professionnelle significative. Si M. A B se prévaut de la présence en France de ses deux frères, il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux, de sorte qu'il n'est pas établi que le requérant aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles alors qu'il n'est ni établi, ni allégué, que le requérant serait dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, et où résident d'autres frères et sœurs ainsi que cela ressort des mentions non contestées de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, en édictant la décision contestée, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A B au regard des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
10. Le préfet du Var a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. A B au motif qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dans la mesure où il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. A B ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire, et il est constant qu'il s'est abstenu de toute démarche en vue d'obtenir la régularisation de sa situation administrative. Le préfet a par conséquent pu légalement refuser d'octroyer un délai de de départ volontaire à l'intéressé. Si M. A B fait valoir qu'il dispose d'un hébergement stable et effectif sur le territoire, et produit à ce titre une attestation mentionnant qu'il est hébergé chez un particulier depuis l'année 2019, et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ces circonstances ne permettent pas de regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le préfet du Var n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Les conclusions, à les regarder invoquées, tendant à ce que la cour fixe l'Italie comme pays de destination plutôt que la Tunisie, sont en tout état de cause manifestement irrecevables dès lors qu'il n'entre pas dans les pouvoirs du juge administratif de fixer le pays de renvoi d'une mesure d'éloignement. Elles doivent donc être rejetées en application des dispositions de l'article R. 222-1 4° du code de justice administrative.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à ce que la cour fixe l'Italie comme pays de destination doivent donc être rejetées en application des dispositions de l'article R. 222-1 4° du code de justice administrative, et s'agissant du surplus des conclusions de la requête d'appel de M. A B, qui sont manifestement dépourvues de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, elles doivent être rejetées, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu à statuer sur la demande de M. A B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B, à Me Viale et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Marseille, le 25 octobre 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026