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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA00777

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA00777

lundi 21 août 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA00777
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2207905 du 20 décembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2023, M. B, représenté par Me Carmier, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 20 décembre 2022 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement est insuffisamment motivé pour avoir " éludé presque entièrement la question de (son) insertion professionnelle " ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions posées par la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale dès lors que sa présence en France est ancienne et qu'il n'a plus de liens avec son pays d'origine.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité malgache, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mai 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Le tribunal administratif a pu, sans entacher son jugement d'une insuffisance de motivation, écarter le moyen invoqué par le requérant tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme en retenant qu'il ne " justifie résider en France que depuis qu'il a atteint l'âge de 35 ans et (que) sa vie familiale avec son épouse peut se dérouler sans obstacle à Madagascar ", alors même que le requérant se prévalait également de l'emploi salarié qu'il occupe en France, ce que le tribunal a, du reste, explicitement mentionné.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

4. M. B soutient être entré en France le 27 juin 2011, sous couvert d'un visa autorisant des entrées multiples dans les Etats parties à l'accord de Schengen pour des séjours limités à 16 jours. Toutefois, s'il produit la copie de son passeport et de son visa, alors même qu'il produit parallèlement une déclaration de perte de ce passeport auprès du consulat général de Madagascar à Marseille en date du 9 décembre 2011, les copies produites ne témoignent pas de la date effective de son entrée sur le territoire français. Par ailleurs, il produit également, d'une part, un acte d'engagement auprès de la Légion étrangère en date du 8 juillet 2011 et la dénonciation de cet engagement le 22 juillet suivant et, d'autre part, une lettre du 18 juillet 2014 du ministre de la défense refusant de lui " accorder une chance d'intégrer le circuit de recrutement de la Légion étrangère " et lui précisant, en conséquence, qu'il est " inutile de vouloir vous présenter, à l'issue de votre peine, dans l'un de nos postes d'information ". Eu égard à ces incohérences sur lesquelles le requérant ne s'explique pas et les autres documents produits, au titre des années 2011 et 2012, comme, du reste, des années 2013 et 2014, n'ayant pas, à eux seuls, de valeur probante, l'intéressé ne peut être regardé comme établissant ni la date de son entrée sur le territoire français ni surtout qu'à la date de l'arrêté attaqué, il s'était effectivement continûment maintenu sur le territoire français depuis plus de dix ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est irrégulier, faute pour le préfet d'avoir préalablement consulté la commission du titre de séjour, en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. La durée du séjour en France de M. B, à la supposer précisément établie, au regard de ce qui a été dit au point 4, ne saurait, en tout état de cause, à elle seule, établir la réalité, l'ancienneté, l'intensité et la stabilité des liens qui l'attachent au territoire français. A cet égard, le requérant se prévaut de son mariage, le 1er mars 2019, au consulat général de Madagascar à Marseille, avec une compatriote titulaire d'un titre de séjour allemand. Toutefois, en se bornant à produire les titres de séjour de son épouse, délivrés par les autorités allemandes, en qualité d'étudiante, selon ses déclarations, le requérant n'établit pas que celle-ci soit autorisée à résider sur le territoire français. Par ailleurs, s'il soutient exercer la profession de couvreur étancheur depuis 2016, outre que les remises de chèques dont il se prévaut ne mentionnent pas leur origine tandis que les encaissements sont irréguliers et le montant variable, cette activité, pas plus que son engagement associatif, ne sauraient suffire à eux seuls à caractériser une insertion socio-professionnelle notable sur le territoire français. Dans ces conditions et en dépit des attestations d'ordre amical également produites, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la circonstance que M. B exercerait depuis 2016 auprès du même employeur une activité salariée de couvreur étancheur, à la supposer même établie au regard de ce qui a été dit au point 6, ne saurait suffire à caractériser une erreur manifeste d'appréciation de la part du préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant précisé qu'ainsi que le reconnaît d'ailleurs le requérant lui-même, il ne peut utilement se prévaloir des termes de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, dès lors, d'une part, que celle-ci ne revêt pas un caractère réglementaire et, d'autre part, que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation.

8. En dernier lieu, la circonstance que M. B résiderait en France depuis 2011, à la supposer même établie, et qu'il n'a en conséquence ni lieu d'hébergement ni travail à Madagascar est sans influence sur la légalité de la décision fixant le pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Carmier.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 21 août 2023

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