mercredi 22 novembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA00819 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | VAKNIN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. E D et Mme B C épouse D ont demandé au tribunal administratif de Marseille, respectivement par la requête n° 2210562 et la requête n° 2210564, d'annuler les arrêtés du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 18 novembre 2022 leur refusant la délivrance d'un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de leur destination.
Par un jugement n° 2210562 et n°2210564 du 14 mars 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leurs demandes après les avoir jointes.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête, enregistrée le 4 avril 2023, M. D, représenté par Me Vaknin, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 14 mars 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 18 novembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an avec autorisation de travailler, au besoin sous astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où il ne serait pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté du 18 novembre 2022 est insuffisamment motivé au regard de sa situation personnelle et familiale et il est entaché d'une erreur matérielle en ce qu'il omet de mentionner la naissance et la scolarisation de sa fille en France ;
- l'arrêté litigieux méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il bénéficie d'une protection en sa qualité d'étranger résidant régulièrement en France depuis plus de cinq ans ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
II. Par une requête, enregistrée le 4 avril 2023, Mme C épouse D, représentée par Me Vaknin, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 14 mars 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 18 novembre 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an avec autorisation de travailler, au besoin sous astreinte
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où elle ne serait pas bénéficiaire de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 18 novembre 2022 est insuffisamment motivé au regard de sa situation personnelle et familiale et il est entaché d'une erreur matérielle en ce qu'il omet de mentionner la naissance et la scolarisation de sa fille en France ;
- l'arrêté litigieux méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle bénéficie d'une protection en sa qualité d'étranger résidant régulièrement en France depuis plus de cinq ans ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il indique qu'elle a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale alors qu'elle s'est prévalue d'une résidence depuis plus de cinq ans en France, où son enfant est née et est scolarisée depuis trois ans ;
- l'arrêté du 18 novembre 2022 porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
La demande d'aide juridictionnelle de Mme C épouse D a été rejetée par une décision du 26 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Par une ordonnance du 18 septembre 2023, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a rejeté le recours de Mme C épouse D contre la décision du 26 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant russe d'origine arménienne et Mme C épouse D, ressortissante arménienne, ont chacun sollicité en 2022 la délivrance d'un titre de séjour, que le préfet des Bouches-du-Rhône leur a refusé par les arrêtés du 18 novembre 2022, leur faisant également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 14 mars 2023, dont relèvent appel M. et Mme D, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés après les avoir jointes.
2. Les requêtes susvisées n° 23MA00819 et n° 23MA00825, présentées par M. D et Mme C épouse D présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.
3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
5. M. et Mme D font valoir que les arrêtés en litige seraient entachés d'erreur matérielle et insuffisamment motivés. Il ressort des termes des arrêtés du 18 novembre 2022 qu'ils comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Ils visent notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article L. 423-23 du même code, la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet des Bouches-du-Rhône y indique, contrairement à ce que soutiennent les requérants, leur situation personnelle et familiale en précisant qu'ils sont parents d'un enfant mineur. La seule circonstance que ces arrêtés ne mentionnent pas expressément la date de naissance de leur fille A et sa scolarisation sur le territoire depuis 3 ans ne saurait entacher cet arrêté d'insuffisance de motivation dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle des intéressés. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens comme manquant en fait.
6. S'agissant du moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché l'arrêté concernant Mme D en litige, précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le tribunal administratif de Marseille, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus par les premiers juges au point 6 du jugement attaqué, les requérants ne faisant valoir en appel aucun élément distinct de ceux soumis à l'appréciation des premiers juges.
7. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
8. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels.
9. M et Mme D exposent être entrés sur le territoire français le 26 juillet 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Si les pièces du dossier établissent qu'ils sont entrés en Grèce le 26 juillet 2016, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires finlandaises, en revanche, elles ne permettent pas de tenir pour établie leur date d'entrée en France le même jour. Depuis, la requérante a donné naissance à leur fille A, à Marseille le 26 septembre 2016, laquelle est scolarisée depuis septembre 2019. Ainsi que l'ont relevé les premiers juges, les époux D démontrent avoir établi leur résidence habituelle en France depuis lors, soit un peu plus de six ans à la date des arrêtés attaqués. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants ne doivent la durée de leur séjour en France qu'à leur maintien en situation irrégulière sur le territoire en dépit du rejet de leurs demandes d'asile par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) les 26 août 2016 et 10 janvier 2017 puis par la cour nationale du droit d'asile les 22 février 2017 et 11 mai 2017. Les demandes de réexamen de la requérante ont également été rejetées pour irrecevabilité par l'OFPRA le 4 août 2017. Les requérants font valoir qu'ils sont bien intégrés en France et se prévalent, à ce titre, d'une promesse d'embauche consentie à M. D le 15 avril 2022 par la société MG Aménagements pour un emploi de peintre en bâtiment en contrat à durée indéterminée, et des ateliers en langue française suivies par Mme D. Malgré leurs efforts d'intégration, ces éléments sont insuffisants pour caractériser une insertion socio-économique significative en France. En outre, les requérants se prévalent, sans en justifier, de la présence en France d'un cousin de M. D, et de relations amicales, mais ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches en Arménie où résident le père et l'ensemble de la fratrie de la requérante et la mère et un frère du requérant, et en Russie où réside l'un des frères du requérant. De surcroit, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. et Mme D ne pourraient pas poursuivre leur vie privée et familiale dans leur pays d'origine, l'Arménie, ou tout autre pays de leur choix, ni même que leur fille A ne pourrait y poursuive une scolarité normale. Dans ces conditions, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir qu'en leur refusant un titre de séjour et en leur faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait porté à leur droit à mener une vie privée et familiale normale une atteinte excessive au regard des buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 435-1 du même code doivent être écartés.
10. S'agissant du moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché ses arrêtés du 18 novembre 2022 d'illégalité dès lors que, résidant régulièrement sur le territoire depuis plus de cinq ans, les requérants pouvaient bénéficier d'une protection, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoient aucune protection spécifique pour les étrangers résidant régulièrement en France depuis plus de cinq ans. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
11. Il résulte de ce qui précède que les requêtes d'appel de M. D et Mme C épouse D, qui sont manifestement dépourvues de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme C épouse D sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E D, Mme B C épouse D et à Me Vaknin.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 22 novembre 2023.
2, 23MA00825
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026