jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01041 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | COHEN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 25 février 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2202779 du 17 novembre 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I. Par une requête n° 23MA01041, enregistrée le 26 avril 2023, M. A, représenté par Me Cohen, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 17 novembre 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 25 février 2022 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de dix jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de procédure faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour alors qu'il justifie d'une résidence habituelle sur le territoire de plus de dix années ;
- il est entaché d'une erreur de fait pour avoir indiqué qu'il ne résidait pas sur le territoire depuis plus de dix ans ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en application des stipulations des articles 7 quater et 11 de l'accord franco-tunisien, et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023.
II. Par une requête n° 22MA01042, enregistrée le 26 avril 2023, M. A, représenté par Me Cohen, demande à la cour :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 février 2022 du préfet des Alpes-Maritimes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie ;
- les moyens soulevés créent un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par la requête n° 22MA01041, M. A, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement du 17 novembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 février 2022 du préfet des Alpes-Maritimes refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination. Par la requête n° 22MA01042, il demande à la cour d'ordonner la suspension de l'exécution de cet arrêté du 25 février 2022.
2. Les requêtes 23MA01041 et 23MA01042 concernent le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même décision.
3. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ;(), rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la requête n° 23MA01041 :
4. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".
5. Si M. A soutient résider habituellement sur le territoire depuis l'année 2012, il n'établit pas la date à laquelle il y serait entré. En outre, les pièces versées au titre de l'année 2012, constituées d'une déclaration de recette du 11 juillet 2012 émanant de la trésorerie de Nice et d'un accusé de réception de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-Maritimes daté du 13 janvier 2012, et celles versées au titre de l'année 2013, constituées d'une ordonnance médicale du 13 août 2013 établie au nom du fils du requérant et d'une attestation de l'assurance maladie des Alpes-Maritimes datée du 7 janvier 2013 indiquant que la " carte AME valable du 17/01/2013 au 16/01/2014 en cours de fabrication " ne permettent à elles seules d'établir que M. A aurait résidé de façon habituelle sur le territoire au cours de ces deux années. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en ce que le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour doit être écarté.
6. Aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens bénéficient dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". ". Et selon l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. A soutient être entré sur le territoire au cours de l'année 2012 et y résider depuis lors avec son épouse de même nationalité et leurs deux enfants, nés pour le premier en Italie le 20 mai 2009 et pour la seconde en France le 23 mai 2013. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A n'établit pas sa présence habituelle pour les années 2012 et 2013. A supposer même qu'il résiderait sur le territoire depuis l'année 2014, l'ensemble des pièces versées au dossier, constitué principalement de documents de nature médicale, de pièces relatives à la scolarité des enfants, de relevés de compte bancaire pour les mois de juillet et septembre 2016, de juin 2019, de mai 2021 et de courriers de l'assurance maladie relatifs au bénéfice de l'aide médicale d'état ne permet pas d'établir qu'il y aurait tissé des liens anciens, stables et intenses tels que la décision contestée y porterait une atteinte disproportionnée. S'il fait valoir qu'il réside avec sa famille au domicile de ses beaux-parents qui résident régulièrement sur le territoire, il n'établit pas l'existence d'obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine dont tous les membres sont ressortissants, son épouse étant également en situation irrégulière sur le territoire. S'il se prévaut en outre de la scolarité de ses deux enfants sur le territoire, il n'établit pas non plus que celle-ci ne pourrait pas se poursuivre dans leur pays d'origine. Enfin, il n'est pas établi que l'intéressé, âgé de 49 ans à la date de l'arrêté contesté, serait dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de sa vie, quand bien même il établit que son père est décédé le 12 novembre 2017. Dans ces conditions, en édictant la décision contestée, qui n'est pas entachée d'erreur de fait, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A au regard des motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations 7 quater de l'accord franco-tunisien, de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
9. La situation de M. A, telle que décrite précédemment au point 7, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que ces dispositions auraient été méconnues doit donc être écarté.
10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La décision en litige n'a pas pour effet de séparer le requérant de ses enfants mineurs. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 7, il n'est fait état d'aucun obstacle qui empêcherait la poursuite de la vie familiale et de la scolarité des enfants dans le pays d'origine du requérant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Sur la requête n° 23MA01042 :
13. La présente ordonnance statue au fond sur la demande d'annulation de l'arrêté du 25 février 2022 du préfet des Alpes-Maritimes. Les conclusions tendant à ce que l'exécution de cet arrêté soit suspendue sont donc devenues sans objet.
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées, également dans cette requête, par M. A sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 25 février 2022 du préfet des Alpes-Maritimes de la requête n° 23MA01042.
Article 2 : La requête n° 23MA01041 de M. A est rejetée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 23MA01042 est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Cohen.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 29 juin 2023.,23MA01042
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026