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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01140

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01140

lundi 30 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01140
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 3 mai 2022 lui refusant l'octroi d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Par un jugement n° 2207745 en date du 22 décembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, M. C, représenté par Me Kuhn-Massot, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 22 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 3 mai 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

Sur le bien-fondé du jugement :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité égyptienne et né le 15 octobre 1989, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 3 mai 2022 refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

2. En vertu de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () / les présidents des formations de jugement des cours peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Contrairement à ce que soutient le requérant, les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à l'ensemble des arguments invoqués, ont suffisamment répondu, au point 6 du jugement, au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la circonstance que le requérant travaillait sous le couvert d'un contrat à durée indéterminée signé le 9 juillet 2020 ne suffisait pas à caractériser une situation exceptionnelle au sens de ces dispositions. Par suite, ce jugement n'est pas entaché d'irrégularité.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige, qui avait été précédemment soumis aux juges de première instance doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 4 de son jugement.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Le requérant déclare être entré en France en 2011 sans toutefois parvenir à établir sa présence en France avant 2018. Il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de peintre, le 9 juillet 2020 et exerce une activité professionnelle à ce titre depuis le 10 juillet 2020. Cependant, ni l'exercice récent de cette activité, ni la circonstance qu'il déclare ses revenus en France ne sont, à elles seules, de nature à établir l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le moyen tiré de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. C, ainsi qu'il a été dit au point 6, n'établit pas le caractère habituel de son séjour en France depuis 2011. S'il fait également valoir qu'il s'est marié le 14 mars 2020 avec Mme B, et que trois enfants sont nés de cette union, cette dernière, de nationalité marocaine, ne séjourne pas en situation régulière en France. En outre, alors même que les deux époux n'ont pas la même nationalité, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourra pas se reconstituer dans un autre pays. M. C ne fait valoir aucun autre lien sur le territoire français alors que, âgé de 32 ans à la date de l'arrêté attaqué, il a vécu la majeure partie de sa vie en Egypte. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui avait été précédemment soumis aux juges de première instance, doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 9 de son jugement, M. C n'apportant, en appel, aucun élément nouveau à l'appui de ce moyen.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et à Me Kuhn-Massot.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 30 octobre 2023.

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