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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01252

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01252

lundi 4 septembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01252
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 18 février 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2210230 du 9 décembre 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, M. A B, représenté par Me Chemmam, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 9 décembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

4°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- il appartient à la Cour de solliciter la justification d'une délégation expresse de signature en faveur de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sont insuffisamment motivées ;

- la décision de refus de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ;

- l'interdiction de retour méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. A B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mars 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, de nationalité tunisienne, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 18 février 2022 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée de trois ans, en reprenant, pour l'essentiel, les moyens invoqués devant les premiers juges.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 30 mars 2023, M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y plus lieu de statuer sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes du point 5 du jugement attaqué, la magistrate désignée du tribunal administratif de Marseille a écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, en mentionnant les références de la délégation de signature, dûment publiée, dont il disposait. Il n'y a donc, en tout état de cause, pas lieu pour la Cour d'en solliciter la communication.

4. En deuxième lieu, il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'après avoir visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a appliquées, le préfet a obligé M. A B à quitter le territoire français au motif qu'il s'était maintenu en situation irrégulière plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, qu'il ne satisfaisait pas aux conditions pour prétendre à la régularisation de sa situation, qu'il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie familiale et que l'intéressé n'établissait pas être exposé à des traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine, " étant précisé qu'il ne justifie pas que son état de santé nécessite son maintien sur le territoire français ". Pour lui refuser le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet a retenu, d'une part, que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, en énumérant les condamnations dont il avait fait l'objet, et, d'autre part, qu'il présentait un risque de fuite dès lors qu'il s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire national, qu'il ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes, faute de disposer d'un passeport en cours de validité et de justifier d'un lieu de résidence effectif, et qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'avait pas exécutée. Enfin, pour prononcer à son encontre une interdiction de retour sur territoire d'une durée de trois ans, le préfet s'est fondé sur les éléments précédents. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il est insuffisamment motivé.

5. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, sur le fondement du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il s'était maintenu en situation irrégulière sur le territoire français, faute d'avoir demandé le renouvellement de son titre de séjour, après son expiration le 8 janvier 2019. Ainsi, aux termes de l'arrêté attaqué, le préfet ne s'est pas prononcé sur une demande de titre de séjour dont il n'était pas saisi. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'illégalité d'une décision de refus de séjour qui ne procède pas du dispositif de l'arrêté attaqué. Au demeurant, il ne justifie pas plus en appel qu'en première instance, par la seule production du certificat médical d'un médecin psychiatre établi sur la base d'une unique consultation, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la Tunisie, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

7. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que le prononcé d'une obligation de quitter le territoire français sans délai entraîne, en principe, sauf " circonstances humanitaires " le prononcé corrélatif d'une interdiction de retour, les critères énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant destinés qu'à déterminer la durée de cette interdiction. Par suite, le requérant ne peut, en tout état de cause, se prévaloir du caractère cumulatif de ces critères pour contester le principe de l'interdiction de retour prononcée à son encontre.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A B et à Me Chemmam.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 4 septembre 2023

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