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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01314

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01314

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01314
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 24 mai 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2208432 du 24 janvier 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2023, M. C, représenté par Me Kuhn-Massot, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 24 janvier 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 24 mai 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il est pacsé depuis le 12 mars 2021 est stable et ancienne ;

- une fille est née de leur union le 18 avril 2023 ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- M. C ne représente plus une menace pour l'ordre public.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 28 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-640 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, relève appel du jugement du 24 janvier 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 24 mai 2022 du préfet des Bouches-du-Rhône lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. M. C soutient avoir fixé sur le territoire le centre de ses intérêts privés et familiaux en raison de sa relation ancienne avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 12 mars 2021. D'une part, si M. C produit les copies de trois cartes d'admission à l'aide médicale d'état valables du 24 septembre 2015 au 23 septembre 2016, du 10 mai 2017 au 9 mai 2018 et du 11 septembre 2021 au 10 septembre 2022, ces documents à eux seuls ne permettent pas d'établir la continuité et l'ancienneté de son séjour sur le territoire, son passeport lui ayant par ailleurs été délivré le 25 mai 2021 par les autorités tunisiennes à Madrid ainsi que l'indiquent les mentions non contestées de l'arrêté en litige. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. C est pacsé avec une ressortissante française depuis le 12 mars 2021, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que la relation entre M. C et sa partenaire aurait débuté avant cette date, qui est très récente à la date de l'arrêté en litige, de même que leur vie commune. A ce titre, les pièces versées au dossier, constituées notamment d'avis d'échéances de loyers à compter du mois de septembre 2021, de factures EDF à compter du mois de septembre 2021, de relevés de compte bancaire de M. C " chez Mme A B " pour les mois de juin, juillet et août 2021 permettent d'établir l'existence d'une vie commune au plus tôt à compter du mois de juin 2021, soit moins d'un an à compter de la date de l'arrêté en litige. Si M. C produit également une attestation de titulaire de contrat Engie à leurs deux noms à compter du 26 juillet 2021 " et depuis le 1er juillet 2020 ", cette pièce à elle seule n'établit que la vie commune aurait débuté en juillet 2020 dès lors qu'aucun autre justificatif n'est fourni pour cette année. La circonstance qu'une enfant soit née le 18 avril 2023 de son union avec sa compagne française étant postérieure à la date de l'arrêté contestée, est sans incidence sur sa légalité. M. C fait également valoir que les condamnations dont il a fait l'objet le 5 août 2011 et le 7 mars 2013 par le tribunal correctionnel de Marseille pour la première à trois mois d'emprisonnement pour menace de mort ou d'atteinte aux biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique et violence sur personne dépositaire de l'autorité publique, et pour la seconde à trois ans d'emprisonnement assortie d'une interdiction de séjour pendant cinq ans pour détention sans autorisation d'arme ou munition, transport prohibé d'arme, usurpation de plaque d'immatriculation, et recel de bien provenant d'un vol sont anciennes. Toutefois il est constant qu'il a été à nouveau condamné le 16 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Marseille à une peine de trois mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour sur le territoire de M. C et au caractère récent à la date de l'arrêté en litige de ses liens avec sa partenaire de PACS, et alors que M. C n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le préfet des Bouches-du-Rhône, en refusant d'admettre M. C au séjour, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette décision. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté en litige méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. A supposer même que M. C ne représenterait plus, ainsi qu'il le soutient, une menace pour l'ordre public, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur l'absence de liens anciens et stables de M. C sur le territoire.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et à Me Kuhn-Massot.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 23 novembre 2023.

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