jeudi 14 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01524 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LESCS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2023 par lequel le préfet des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement n° 2300660 du 17 mai 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 16 juin 2023, M. C, représenté par Me Lescs, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 17 mai 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence du 3 janvier 2023 ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de renouveler son attestation de demande d'asile, ou, à défaut, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Alpes-de-Haute-Provence de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- la décision du tribunal est insuffisamment motivée ;
- son droit à être entendu garanti par les dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration et par le droit européen a été méconnu ;
- aucun examen de sa situation particulière n'a eu lieu ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le jugement n'a pas contrôlé la légalité de l'arrêté en litige du fait de la violation de l'intérêt supérieur du fils aîné du requérant ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale pour défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant mauricien, relève appel du jugement du 17 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 du préfet des Alpes-de-Haute-Provence lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. M. C soutient que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé dans la réponse qu'il a faite au moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour en litige. Il ressort cependant de la lecture même du point 4 du jugement que les premiers juges, qui ont mentionné les dispositions applicables et les circonstances de fait qui ont fondé la décision portant refus de séjour, ont suffisamment motivé leur jugement. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'irrégularité.
4. Contrairement à ce que soutient le requérant, les premiers juges n'avaient pas à relever d'office le moyen tiré de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants. En outre, ce moyen n'ayant pas été soulevé en première instance, les premiers juges n'avaient par conséquent pas à l'examiner. Par suite, les moyens tirés de ce que les premiers juges auraient omis de soulever un moyen d'office et de répondre à un moyen doivent être écartés.
Sur le bienfondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
5. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour serait insuffisamment motivée par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 3 et 4 du jugement attaqué, le requérant n'en critiquant pas le bien-fondé devant la cour.
6. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet des Alpes-de-Haute-Provence, qui a notamment fait état de la situation de concubinage de M. C avec Mme A B ainsi que de leur enfant mineur, a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Si M. C fait valoir que sa compagne était enceinte à la date de l'arrêté en litige, il n'est pas établi que M. C aurait porté cet élément à la connaissance du préfet avant l'édiction de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, en citant les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en faisant apparaître les dispositions relatives au 4° de cet article, M. C n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire national le 1er janvier 2020 a demandé son admission exceptionnelle au séjour le 23 août 2021. Il déclare être venu pour rejoindre sa compagne et compatriote, Mme A B, et leur fils né le 28 décembre 2019 à Manosque. Toutefois, sa compagne fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si M. C soutient que leur fils aîné est atteint d'une maladie neurologique pour laquelle il est suivi au centre d'action médico-sociale précoce de Manosque, il ne l'établit par aucune pièce versée au dossier. En outre, M. C n'établit pas davantage, par les documents qu'il produit, l'existence de liens personnels intenses, anciens et stables sur le territoire, en fournissant un certificat de grossesse de sa compagne en date du 10 janvier 2023, des certificats de travail indiquant qu'il a effectué de nombreuses missions en qualité de manutentionnaire pour la période du 12 avril 2021 au 23 décembre 2022, ainsi qu'une lettre de recommandation du 12 janvier 2023 de l'entreprise qui l'a employé. Ces éléments ne permettent pas d'établir à eux seuls une insertion socio professionnelle significative du requérant sur le territoire. Par ailleurs, M. C a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, et où il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches, ni qu'il existerait un obstacle empêchant la reconstitution de la cellule familiale avec sa compagne de même nationalité, leur fils aîné né le 28 décembre 2019 ainsi que leur fils cadet né le 4 mai 2023 postérieurement à la date de l'arrêté en litige. Dans ces conditions, le préfet Alpes-de-Haute-Provence en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Ainsi, le moyen tiré de ce que cette décision aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La compagne de M. C est, comme lui, en situation irrégulière. Rien ne fait obstacle à ce qu'elle reparte avec lui et leurs enfants mineurs dans leur pays d'origine. Ainsi qu'il a été dit au point 9, M. C n'établit pas que l'état de santé de son fils aîné constituerait un obstacle à la reconstitution de la famille dans son pays d'origine. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de ses enfants n'aurait pas été suffisamment pris en compte.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision de refus de séjour n'est pas illégale. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour.
13. En deuxième lieu, il ressort des dispositions de l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté en litige.
14. En outre, le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le requérant ne soutient pas qu'il aurait été empêché de présenter des observations orales ou écrites préalablement aux décisions de refus de séjour et d'éloignement qui lui ont été opposées. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que son droit à être entendu aurait été méconnu.
15. En troisième lieu, la situation de M. C n'entre dans aucun des cas prévus par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instaurent une protection à l'encontre d'une mesure d'éloignement. M. C ne peut dès lors se prévaloir utilement de ces dispositions.
16. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au point 9, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. M. C n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de sa destination serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et à Me Lescs.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.
Fait à Marseille, le 14 décembre 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026