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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01609

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01609

lundi 9 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01609
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantIBRAHIM;SCP BOURGLAN - DAMAMME - LEONHARDT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 5 août 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2209698 du 2 mars 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023 sous le n° 23MA01609, M. B A, représenté par Me C, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 2 mars 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant droit au travail, dans un délai d'un mois, à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

II. Par une requête, enregistrée le 27 juin 2023 sous le n° 23MA01610, M. B A, représenté par Me C, demande à la Cour :

1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 2 mars 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'exécution du jugement entraine des conséquences difficilement réparables sur sa situation ;

- les moyens énoncés dans la requête sont sérieux, en l'état de l'instruction.

M. B A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 26 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, de nationalité comorienne, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 5 août 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination. Il demande aussi de prononcer le sursis à exécution de ce jugement.

2. Les requêtes de M. B A sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer sur celles-ci par la même ordonnance.

Sur la requête tendant à l'annulation du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. A supposer même que la présence en France de M. B A puisse être tenue pour établie depuis 2017, date à laquelle il soutient être entré sur le territoire français dans des conditions indéterminées, il ne fait état pour seul lien avec la France que de sa relation avec une compatriote, titulaire d'une carte de séjour délivrée le 17 juillet 2020 pour une durée de deux ans, avec laquelle il entretiendrait une vie commune depuis juin 2020 et a conclu un pacte civil de solidarité le 7 juillet 2021, leur union ayant donné naissance à un enfant le 16 janvier 2022. En l'absence de toute précision sur les attaches de sa compagne avec la France et eu égard au caractère très récent de cette relation, quand bien même le couple a donné naissance à un enfant sur le territoire français qui, eu égard, à son âge n'y a lui-même encore noué aucun lien, l'arrêté litigieux ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés. Il en va de même du moyen tiré du moyen tiré de l'erreur manifeste que le préfet aurait commise dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.

6. Enfin, les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B A rappelés au point 4 ne permettent pas de regarder le préfet des Bouches-du-Rhône comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la requête tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement attaqué :

8. Par la présente ordonnance, il est statué au fond sur la requête d'appel dirigée contre le jugement du 2 mars 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté la demande de M. B A dirigée contre l'arrêté du 5 août 2022. Par conséquent, les conclusions de la requête aux fins de sursis à exécution du jugement sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la requête n° 23MA01610 de M. B A.

Article 2 : La requête n° 23MA01609 de M. B A et le surplus des conclusions de la requête n° 23MA01610 sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me C.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 9 octobre 2023

2, 23MA01610

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