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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01620

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01620

lundi 9 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01620
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCOULET-ROCCHIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F C a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 22 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2301471 du 4 mai 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023 sous le n° 23MA01620, M. C, représenté par Me Coulet-Rocchia, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 4 mai 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est stéréotypée et est, de ce fait, insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée en droit, étant précisé que les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas été citées et que les dispositions du 3° et du 5° de cet article qui dispensent de l'obligation de motivation sont incompatibles avec le 6ème considérant et l'article 12 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II. Par une requête, enregistrée le 28 juin 2023 sous le n° 23MA01621, M. C, représenté par Me Coulet-Rocchia, demande à la Cour :

1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 4 mai 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'exécution du jugement attaqué risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;

- les moyens énoncés dans la requête sont sérieux en l'état de l'instruction.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 26 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, de nationalité comorienne, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 22 novembre 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination. Il demande aussi de prononcer le sursis à exécution de ce jugement.

2. Les requêtes de M. C sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour statuer sur celles-ci par la même ordonnance.

Sur la requête tendant à l'annulation du jugement attaqué :

3. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, antérieurement codifiées à l'article L. 511-1, prévoient que l'obligation de quitter le territoire français, si elle doit être motivée, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans le cas, comme en l'espèce, où un titre de séjour a été refusé à l'étranger. Ces dispositions ne sont pas incompatibles avec les objectifs de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dont l'article 12 dispose que : " les décisions de retour () indiquent leurs motifs de fait et de droit () ", lesquels n'excluent pas que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français puisse se confondre avec celle du refus de titre de séjour qu'elle assortit et dont elle découle alors nécessairement.

4. Ainsi que l'ont jugé, à bon droit les premiers juges, l'arrêté attaqué comporte " l'énoncé des considérations de fait et de droit qui (en) constituent le fondement ", au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il respecte, par suite, formellement l'obligation de motivation des décisions administratives individuelles défavorables, en permettant à l'intéressé de contester utilement, le cas échéant devant le juge administratif, le bien-fondé de ces motifs. Aussi, si le requérant peut faire valoir, à cet effet, que le préfet n'aurait pas pris en compte l'ancienneté de son séjour, la communauté de vie avec sa compagne et les sept titres de séjour qu'il a précédemment obtenus, de telles critiques ne peuvent être utilement invoquées pour contester la régularité formelle de la motivation de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté vise bien l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui, ainsi qu'il a été dit, au point précédent, s'est substitué à l'article L. 511-1. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ou en droit.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il est constant que M. C est entré en France le 27 septembre 2013 pour y poursuivre des études et qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, régulièrement renouvelé jusqu'au 16 octobre 2019, date à laquelle il a déposé une demande de titre de séjour tendant au changement de son statut d'étudiant en celui de salarié, que le préfet des Bouches-du-Rhône a rejetée en lui faisant obligation de quitter le territoire français par l'arrêté du 7 juillet 2020 que M. C n'a pas exécuté. Si, à la date de l'arrêté attaqué, le requérant justifie d'une durée de présence de plus de neuf ans sur le territoire français, venu en France pour y poursuivre des études, il n'avait pas, a priori, vocation à s'y installer durablement. Pour contester l'arrêté qui lui est opposé, M. C se prévaut de sa relation avec sa compagne, Mme E B, une ressortissante comorienne titulaire d'une carte de résident, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité le 24 février 2021. Si le requérant soutient que leur relation remonte à 2019, il ressort des pièces qu'il produit que, durant les années 2020 et 2021, il est domicilié soit à la cité universitaire Alice Chantenoud, soit chez M. A, 87 boulevard Libérateur, soit chez M. D, 8 rue Traverse Couvert. Par ailleurs, le préfet avait produit, en première instance, la demande de duplicata de sa carte de séjour déposée par Mme B, le 3 novembre 2020, laquelle se déclarait alors célibataire et non en situation de concubinage. Dans ces conditions, ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal administratif, cette relation présentait un caractère très récent à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, l'exercice d'emplois salariés sans rapport avec sa qualification universitaire et d'activités bénévoles, dont les justifications sont, au demeurant, très récentes, ne saurait caractériser une insertion socioprofessionnelle notable sur le territoire. Dans ces circonstances et alors même que les pièces produites témoignent des liens noués avec les enfants de sa compagne, l'arrêté n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la requête tendant au sursis à exécution du jugement attaqué :

8. Par la présente ordonnance, il est statué au fond sur la requête d'appel dirigée contre le jugement du 4 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté la demande de M. C dirigée contre l'arrêté du 22 novembre 2022. Par conséquent, les conclusions aux fins de sursis à exécution du jugement sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer. Les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la requête n° 23MA01621 de M. C.

Article 2 : La requête n° 23MA01620 de M. C ainsi que le surplus des conclusions de la

requête n° 23MA01621 sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C et à Me Coulet-Rocchia.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 9 octobre 2023

2, 23MA01621

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