jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01662 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GUIGUI;RIVIÈRE | AVOCATS | ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 29 mars 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2301589, 2301616 du 31 mai 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2023, M. B, représenté par Me Jennifer Guigui, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 31 mai 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2023 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de lui fixer un rendez-vous en vue du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la présente décision, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé l'autorisant à séjourner en France, dans un délai d'une semaine et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre très subsidiaire, de lui accorder un délai de départ volontaire de 30 jours compte tenu des garanties de représentation du requérant ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Guigui au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- la décision est irrégulière en raison de l'incompétence de son auteur ;
- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie être entré régulièrement en France, qu'il était sur le point de déposer une demande de titre de séjour et qu'il dispose bine d'un logement ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations du public avec l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 29 mars 2023, portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de sa destination et lui prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour. Par un arrêté n° 2023-101 du 7 février 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 32-2023 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme E a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions d'éloignement et fixant le pays de renvoi. La circonstance que le visa de l'arrêté en litige mentionne que l'arrêté est intitulé " délégation de signature à Mme F D, directrice de la réglementation, de l'intégration et des migrations à la préfecture des Alpes-Maritimes " demeure sans incidence sur la possibilité pour Mme E de signer l'arrêté attaqué dès lors que cette fonctionnaire a reçu délégation par l'article 6 dudit arrêté de délégation. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué ne peut être qu'écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. B soutient être entré en France le 29 décembre 2018. Toutefois, la seule production d'un visa de court séjour établi par les autorités espagnoles valide du 26 décembre 2018 au 29 janvier 2019 ne saurait établir la date et les conditions de son entrée effective sur le territoire français. Si M. B se prévaut d'une relation amoureuse entamée en novembre 2022 avec une ressortissante française, d'un projet familial et d'une relation nouée avec les enfants de sa compagne, ces éléments ne sauraient toutefois, eu égard à leur caractère très récent, à la date de l'arrêté attaqué, caractériser l'existence de liens personnels et familiaux sur le territoire d'une stabilité et d'une intensité suffisantes pour faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il ne produit aucune preuve d'une insertion socio-professionnelle, si ce n'est une promesse d'embauche à temps partiel, conditionnée à l'obtention d'un titre de séjour. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les décisions refusant l'octroi d'un délai de délai volontaire et portant interdiction de retour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () "
6. Il résulte des termes de l'arrêté contesté qu'après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. B est motivé par le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français qui lui est imposée aux motifs qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire, qu'il s'y maintient irrégulièrement depuis cinq ans sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne serait pas motivé manque en fait.
7. Si M. B affirme être entré sur le territoire national muni d'un visa court séjour, la production du visa délivré par les autorités espagnoles ne permet pas néanmoins, ainsi qu'il a été dit au point 4, de justifier la date et les conditions de son entrée effective sur le territoire français. L'allégation selon laquelle il aurait été " sur le point " de déposer une demande de titre de séjour qui n'est étayée par aucun élément probant ne saurait remettre en cause le bien-fondé du constat opéré par le préfet selon lequel il s'est maintenu en France depuis cinq ans sans avoir entrepris de démarches en vue de régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, et à supposer même que M. B justifierait, contrairement aux motifs de l'arrêté litigieux, d'un bail d'habitation depuis mars 2022 à la même adresse que celle à laquelle il était précédemment hébergé, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur son entrée et son maintien en France en situation irrégulière. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient de l'assortir d'une interdiction de retour, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. M. B, qui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
9. Pour les raisons exposées au point 4 et alors que l'intéressé n'allègue même pas vivre auprès de sa compagne, M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour d'une durée, au demeurant, limitée à un an dont il fait l'objet porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 26 octobre 2023
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026