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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01694

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01694

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01694
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL KRIMI-LHEUREUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Bastia d'annuler l'arrêté n° 2023-01 du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

Par un jugement n° 2300170 du 14 juin 2023, le tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2023, M. B, représenté par Me Krimi-Charab, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 14 juin 2023 du tribunal administratif de Bastia ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 du préfet de la Haute-Corse ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été signée par une autorité compétente, en ce qu'il n'est pas justifié de l'empêchement du préfet pour signer ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation sur la compétence du chef de cabinet pour signer et sur sa situation personnelle ;

- le préfet ne s'est pas livré à un examen sérieux de sa situation ;

- il s'est abstenu d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, pour laquelle aucun visa de long séjour n'est requis ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande tendant l'annulation de l'arrêté n° 2023-01 du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision de refus d'admission au séjour :

3. Le préfet de la Haute-Corse a, par un arrêté du 24 août 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 2B-2022-08-013 du même jour, donné délégation à Mme A, directrice de cabinet du préfet, à l'effet de signer notamment, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Haute-Corse à l'exception des arrêtés de conflit et des réquisitions de la force armée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté. L'arrêté attaqué n'avait pas à préciser que le secrétaire général de la préfecture était absent ou empêché et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'était pas effectivement absent ou empêché, au moment de sa signature. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. Il ressort de ses termes mêmes que l'arrêté attaqué est dûment motivé sur l'absence de droit au séjour de M. B, d'une part, par le fait qu'il ne justifie pas d'un motif exceptionnel d'admission au séjour en qualité de salarié et par le fait qu'il n'entre dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour, et que la mesure ne porte pas atteinte à sa vie privée et familiale au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A ce titre, si M. B fait valoir que le préfet ne pouvait lui opposer l'absence de visa long séjour, n'a pas pris en compte tous les éléments relatifs à sa situation personnelle et professionnelle, l'arrêté est toutefois suffisamment motivé en fait et en droit pour permettre au requérant d'en comprendre les motifs et d'en contester le bien-fondé. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté que le préfet a examiné si le requérant pouvait être admis au séjour à titre exceptionnel. Par suite, le requérant n'est fondé à soutenir ni que l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse son admission au séjour serait insuffisamment motivé en la forme, ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

5. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". L'article 9 de cet accord stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas à la préfète, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. M. B est entré en France en dernier lieu le 31 décembre 2020 sous couvert d'un visa de type D. S'il a travaillé comme travailleur saisonnier, ses contrats de travail en cette qualité ne l'autorisaient à séjourner en France que pour six mois par an au maximum, la délivrance d'une carte de séjour en qualité de saisonnier étant subordonnée au maintien d'une résidence habituelle hors du territoire français. Par ailleurs, la circonstance qu'il estt employé en qualité de tailleur de pierre et que ses compétences sont appréciées par son employeur, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française et qu'il a dû rester sur le territoire en raison du décès de son père qui vivait en France depuis 1972 sous couvert d'une carte de résident ne constituent pas des considérations humanitaires ou un motif d'admission exceptionnel au séjour. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation à titre exceptionnel.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. B est entré en France le 1er janvier 2020. S'il fait état de ce qu'il a dû rester sur le territoire pour gérer les difficultés liées au décès de son père, il n'établit pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine. En outre, s'il déclare vivre en concubinage avec une ressortissante française, et entretenir des liens avec les deux petits-enfants de cette dernière, cette relation est récente à la date de l'arrêté litigieux. Il ne justifie donc pas de l'existence de liens suffisamment stables et anciens sur le territoire alors même qu'il a vécu au Maroc jusqu'à l'âge de 42 ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la mesure. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à Me Krimi-Charab.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Fait à Marseille, le 8 décembre 2023.

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