vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01842 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | CABINET DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A E, agissant en son nom personnel, en sa qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, et en sa qualité d'ayant droit de son épouse décédée, Mme B E, a demandé au tribunal administratif de Nice de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) la somme totale de 1 212 753 euros ou, à défaut, la somme totale de 537 975,25 euros au titre des préjudices subis par son épouse, et la somme totale de 121 500 euros au titre des préjudices subis par les victimes indirectes.
Par un jugement n° 2002411 du 20 juin 2023, le tribunal administratif de Nice a mis à la charge de l'ONIAM la somme de 63 555 euros à payer à M. E.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, M. E, agissant en son nom personnel, en sa qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, et en sa qualité d'ayant droit de son épouse décédée, représenté par Me Dupy, demande à la cour :
1°) de réformer le jugement du tribunal administratif de Nice du 20 juin 2023 en tant qu'il n'a fait que partiellement droit à sa demande ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM le paiement des sommes suivantes :
- à M. E, la somme totale de 1 212 753 euros ou, à défaut, la somme totale de 537 975,25 euros au titre des préjudices subis par son épouse ;
- à M. E, la somme totale de 65 000 euros au titre de ses préjudices propres ;
- à chacun de ses deux enfants mineurs, la somme de 25 000 euros au titre de leur préjudice d'affection et à la sœur de Mme E, la somme de 6 500 euros au titre du même préjudice ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 10 000 euros, à verser à M. E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tribunal a omis de statuer sur le moyen tiré de la faute commise par l'ONIAM qui n'a pas présenté une offre d'indemnisation dans les délais prévus à l'article L. 1142-17 du code de la santé publique ;
- l'absence d'offre d'indemnisation dans le délai de quatre mois prévu par l'article L. 1142-17 du code de la santé publique a entraîné pour Mme E une perte de chance d'être indemnisée avant son décès et pour les ayants droit une perte de chance que ces indemnités leur soient transmises au moment de ce décès ;
- les préjudices extrapatrimoniaux temporaires subis par son épouse ont été justement indemnisés par le tribunal ;
- les autres préjudices personnels subis par son épouse doivent être indemnisés par les sommes suivantes :
dépenses de santé actuelles : 3 510 euros ;
frais d'assistance par une tierce personne temporaires : 31 760 euros ;
pertes de gains professionnels actuels : 6 858 euros ;
dépenses de santé futures : 46 753 euros ou, à défaut, 8 492,25 euros ;
frais d'assistance par une tierce personne futurs : 396 138 euros ou, à défaut, 77 280 euros ;
pertes de gains professionnels futurs : 388 134 euros ou, à défaut, 70 475 euros ;
incidence professionnelle : 120 000 euros ;
déficit fonctionnel permanent : 96 460 euros ;
préjudice d'agrément : 9 640 euros ;
préjudice d'établissement: 50 000 euros ;
préjudice sexuel : 40 000 euros ;
- les préjudices personnels de M. E doivent être indemnisés à hauteur de 25 000 euros au titre de son préjudice d'affection et de 40 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement ;
- le préjudice d'affection de ses deux enfants mineurs doit être indemnisé par la somme de 25 000 euros chacun ;
- le préjudice d'affection de la sœur de son épouse doit être indemnisé par la somme de 6 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Fitoussi, conclut au rejet de la requête de M. E.
Il fait valoir que :
- il ne conteste pas l'engagement de sa responsabilité au titre de la solidarité nationale ;
- le cancer dont était atteint Mme E et le décès qui en a résulté ne sont pas imputables à l'accident médical en cause ;
- il y a lieu de confirmer le jugement en toutes ses dispositions et de ramener le montant des sommes sollicitées au titre des préjudices subis par la victime directe à de plus justes proportions, dans la limite des sommes allouées par le tribunal.
Par courrier du 29 novembre 2024, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que M. E, qui soutient que l'ONIAM n'a pas respecté le délai légal pour présenter une offre d'indemnisation dans le cadre de l'accident médical non fautif subi par son épouse, doit être également regardé comme demandant que la réparation de l'ensemble des préjudices subis au titre de cet accident médical soit mise à la charge de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Danveau,
- et les conclusions de M. Gautron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, qui était enceinte de son deuxième enfant, s'est présentée le 15 septembre 2014 au centre hospitalier de Cannes pour des douleurs pelviennes. Un cerclage du col de l'utérus y a été réalisé le 17 septembre suivant. Les deux cerclages ont été retirés le 27 janvier 2015. Le 4 mars 2015 à 1 heure 45, Mme E a de nouveau été hospitalisée pour travail spontané ; une péridurale a été mise en place à 7 heures pour lui permettre d'accoucher par voie basse. Cependant, une césarienne a été pratiquée en urgence à 11 heures 30 en raison d'une suspicion de rupture utérine. L'enfant est né à 11 heures 57 en bonne santé, mais Mme E a présenté une désinsertion d'une partie du vagin sur l'utérus ainsi qu'une plaie de la face antérieure de la vessie, et a souffert d'urgenteries et de fuites d'incontinence en particulier à l'effort ou pendant la nuit. Saisie par Mme E, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) a rendu le 24 mai 2019 un avis concluant que celle-ci a été victime d'un accident médical non fautif ouvrant droit à indemnisation par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) au titre de la solidarité nationale. L'ONIAM a présenté une offre d'indemnisation partielle pour un montant de 34 936,25 euros, refusée par Mme E qui a sollicité l'indemnisation de ses préjudices par un courrier du 20 janvier 2020, auquel l'ONIAM a répondu par un courrier du 30 juillet 2020 en demandant des justificatifs complémentaires et en rejetant la demande portant sur les préjudices non retenus par la CCI. Mme E est, par la suite, décédée le 3 janvier 2022 d'un cancer de l'estomac. Par un jugement du 20 juin 2023, le tribunal administratif de Nice a mis à la charge de l'ONIAM le paiement à M. E, agissant en son nom personnel, en sa qualité de représentant légal de ses deux enfants mineurs, et en sa qualité d'ayant-droit de son épouse décédée, de la somme de 63 555 euros au titre des préjudices subis par son épouse. Ce dernier demande à la cour de réformer ce jugement en ce qu'il n'a fait droit que partiellement à sa demande.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 1142-17 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale estime que le dommage est indemnisable au titre du II de l'article L. 1142-1, ou au titre de l'article L. 1142-1-1 l'office adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis. () ". Aux termes de l'article L. 1142-20 du même code : " La victime, ou ses ayants droit, dispose du droit d'action en justice contre l'office si aucune offre ne lui a été présentée ou si elle n'a pas accepté l'offre qui lui a été faite. () ".
3. A l'appui de sa demande devant le tribunal administratif de Nice, M. E s'est prévalu notamment de ce que l'ONIAM a commis une faute au motif qu'il a méconnu les délais prévus à l'article L. 1142-7 du code de la santé publique dans lesquels il était tenu de présenter une offre d'indemnisation suivant la réception de l'avis de la CCI. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que le tribunal n'a ni visé, ni analysé ces conclusions. Par suite, M. E est fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'omission à statuer et à en demander, pour ce motif et dans cette mesure, l'annulation.
4. Il y a lieu pour la cour administrative d'appel de se prononcer immédiatement sur ces conclusions par la voie de l'évocation et de statuer par l'effet dévolutif de l'appel sur le surplus des conclusions de la requête.
Sur la responsabilité pour faute de l'ONIAM :
5. Aux termes de l'article L. 1142-17 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale estime que le dommage est indemnisable au titre du II de l'article L. 1142-1, ou au titre de l'article L. 1142-1-1 l'office adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis. () ". Aux termes de l'article L. 1142-20 du même code : " La victime, ou ses ayants droit, dispose du droit d'action en justice contre l'office si aucune offre ne lui a été présentée ou si elle n'a pas accepté l'offre qui lui a été faite. () ".
6. M. E soutient, ainsi qu'il est dit au point 3, que l'ONIAM n'a pas respecté le délai légal de quatre mois prévu à l'article L. 1142-17 du code de la santé publique pour présenter une offre d'indemnisation. Il estime que ce manquement a entraîné, d'une part, pour Mme E, une perte de chance d'être indemnisée avant son décès, et pour les ayants droit, une perte de chance d'obtenir ces indemnités au moment de ce décès. Toutefois, le requérant n'établit, en tout état de cause, aucun lien de causalité entre les préjudices dont il est demandé réparation et la prétendue faute invoquée. Par suite, les conclusions ainsi présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la réparation au titre de la solidarité nationale :
7. Il résulte de l'instruction, en particulier des expertises du docteur C, gynécologue-obstétricien, ordonnées par le tribunal et la CCI, que Mme E a présenté une rupture et une désinsertion cervico-vaginale sur la cicatrice des fils de son cerclage, la réparation ayant entraîné une plaie de la face antérieure de la vessie à l'origine des incontinences urinaires de la patiente. L'expert précise que le cerclage réalisé était nécessaire, compte tenu d'un double antécédent de fausses couches tardives, et que l'indication initiale d'un accouchement par voie basse était également justifiée, notamment en l'absence de macrosomie foetale. Il ajoute, d'une part, que le diagnostic de la rupture utérine survenue sur la cicatrice de cerclage plus de quinze jours après l'ablation du cerclage, dans un contexte de césarienne réalisée en urgence, était particulièrement rare et difficile, aucun exemple n'ayant à cet égard été retrouvé dans la littérature médicale, d'autre part, que Mme E a subi un déficit fonctionnel permanent en lien avec cet accident médical évalué par l'expert à 28 %. Par conséquent, et comme l'a retenu à bon droit le tribunal, le dommage subi par Mme E constitue un accident médical non fautif ayant eu pour celle-ci des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentant le caractère de gravité prévu au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Par suite, les dommages dont le requérant demande réparation sont de nature à justifier une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale, ce que ce dernier ne conteste pas.
Sur l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices subis par la victime directe :
Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :
8. Le requérant sollicite le paiement de la somme de 3 510 euros liée à l'achat de protections hygiéniques par son épouse. Si l'expert a retenu, en raison des urgenteries et incontinences urinaires dont souffrait Mme E suite à son accident médical, la nécessité du port de ces protections, le requérant se borne à produire, tant en première instance qu'en appel, des ordonnances de prescription médicales, l'attestation d'un pharmacien et deux factures d'une pharmacie, toutes postérieures à la date de consolidation de l'état de santé de son épouse, fixée au 23 février 2017, ainsi qu'un extrait internet portant sur le prix de différentes protections. Par suite, la demande présentée par le requérant tendant à ce qu'une indemnité lui soit allouée à ce titre ne peut qu'être rejetée.
9. M. E sollicite l'indemnisation d'un préjudice d'assistance par une tierce personne temporaire correspondant à la période du 19 mars 2015 au 23 février 2017. Il résulte du rapport d'expertise qu'un besoin d'assistance non spécialisée par une tierce personne a été retenu par l'expert à hauteur de deux heures par jour jusqu'à la date de consolidation de l'état de santé de son épouse. Il ne résulte pas de l'instruction que son épouse aurait perçu, au cours de celle-ci, l'allocation personnalisée d'autonomie, la prestation de compensation de handicap ni même le crédit d'impôt prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts. M. E n'apporte aucun élément de nature à justifier que le coût de cette assistance devrait être déterminé à un taux estimé selon lui à 20 euros. Ainsi, sur la base d'un taux horaire moyen évalué à partir du salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des charges sociales, qui s'établissait alors à 13 euros, et d'une année de 412 jours comprenant les congés payés et jours fériés, les frais au titre de l'aide d'une tierce personne sur la période du 20 mars 2015, date de sa sortie d'hospitalisation, au 23 février 2017, s'élèvent à la somme de 20 749 euros.
10. Il ne résulte pas de l'instruction qu'avant l'intervention de l'accident médical, Mme E, qui se borne à produire un bulletin de paie de juin 2014 et quatre bulletins de paie de mai à août 2009, occupait régulièrement un emploi d'agent d'entretien. Par suite, la demande d'indemnisation de sa perte de revenus alléguée pour la période allant du 1er septembre 2016 à la date de consolidation de son état de santé, au demeurant non retenue par l'expert et la CCI, doit être rejetée.
Quant aux préjudices patrimoniaux permanents :
11. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède sans que ses droits aient été définitivement fixés, c'est-à-dire, en cas de litige, avant qu'une décision juridictionnelle définitive ait fixé le montant de l'indemnisation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers. Cependant, le préjudice subi par la victime, ayant cessé au moment du décès, doit être évalué à la date de cet événement, y compris lorsque le décès est lié au fait ouvrant droit à indemnisation, auquel cas d'ailleurs ce décès peut être pris en compte au titre du droit à réparation des proches de la victime. Ces règles sont également applicables à l'indemnisation de dommages corporels au titre de la solidarité nationale. Il suit de là que M. E n'est, en tout état de cause, et sans qu'ait d'incidence la teneur et les conditions dans lesquelles l'ONIAM a présenté son offre d'indemnisation, pas fondé à demander que les préjudices patrimoniaux permanents subis par son épouse soient indemnisés pour une période postérieure à la date de son décès.
12. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise établis par le docteur C, que Mme E avait un besoin de trois protections urinaires par jour. Le coût de ces trois protections quotidiennes s'établit, au vu des factures présentées et de l'attestation d'un pharmacien, à la somme de 4,875 euros et doit être déterminée sur une période de 1 111 jours, allant du 20 décembre 2018, date de la première ordonnance de prescription médicale versée au dossier, au 3 janvier 2022, date de son décès. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice de Mme E en l'évaluant à la somme de 5 416 euros.
13. M. E reprend en appel, sans l'assortir d'aucun élément nouveau, sa demande formée en première instance au titre du préjudice permanent d'assistance par une tierce personne. Il y a lieu, dès lors, de rejeter cette demande par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal.
14. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le requérant ne justifie pas que son épouse était employée comme agent d'entretien avant l'accident médical litigieux. S'il soutient que celle-ci n'a jamais pu trouver un emploi postérieurement à son accident en raison de ses incontinences urinaires, il n'établit pas davantage qu'elle aurait effectué de vaines démarches en vue d'exercer une activité mieux adaptée à son handicap. Par suite, et en l'état de l'instruction, le caractère certain de la perte de gains professionnels futurs allégué n'est pas établi et la demande d'indemnisation présentée au titre de ce préjudice ne peut qu'être rejetée.
15. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise, que Mme E était apte à reprendre une activité professionnelle y compris le métier de femme de ménage mais sur un poste adapté compte tenu des contraintes occasionnées par les incontinences urinaires, imposant notamment de limiter le contact avec le public. Ces éléments démontrent que les séquelles dont elle souffrait, en lien avec l'accident médical non fautif, ont restreint ses capacités physiques et, par suite, ses perspectives professionnelles. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre de l'incidence professionnelle en l'évaluant à la somme de 5 000 euros.
Quant aux préjudices extrapatrimoniaux :
16. Il résulte du rapport d'expertise que Mme E a subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant son hospitalisation du 8 mars 2015 au 20 mars 2015, puis un déficit fonctionnel partiel à hauteur de 50 % du 21 mars 2015 au 14 avril 2015 et de 25 % du 15 avril 2015 au 23 février 2017, date de consolidation de son état de santé. Les premiers juges n'ont pas fait une appréciation insuffisante de ce préjudice en allouant la somme de 3 300 euros à ce titre.
17. Les souffrances endurées par Mme E ont été évaluées à 4 sur 7 par l'expert. Les premiers juges n'ont pas fait une évaluation insuffisante de l'indemnité due en réparation de ce préjudice en le fixant à 8 000 euros.
18. Il résulte de l'instruction, en particulier des rapports d'expertise établis par le docteur C, que le déficit fonctionnel permanent subi par Mme E a été évalué à 28 %, en tenant compte notamment des fuites urinaires régulières à l'effort, à la toux, des urgenteries imprévisibles, des infections urinaires associées, à l'impossibilité d'envisager toute nouvelle grossesse et aux conséquences morales et psychologiques. Il y a lieu de retenir ce taux de 28 %, suffisamment étayé au vu des conclusions expertales, et qui n'est pas sérieusement remis en cause par les observations du docteur F, produites par le requérant, qui estime que ce taux est sous-évalué et devrait être fixé à 38 %. Il suit de là que les premiers juges ont fait une estimation satisfaisante de la réparation du déficit fonctionnel permanent de Mme E, âgée de 29 ans à la date de consolidation de son état de santé et eu égard à son décès survenu le 3 janvier 2022, en l'évaluant à la somme de 5 300 euros.
19. Si les rapports d'expertise évoquent l'existence d'un préjudice d'agrément, sur la base des déclarations de Mme E, pour la pratique du sport, en particulier la gymnastique, et l'impossibilité d'aller à la plage, le requérant n'établit pas la réalité de la pratique antérieure par son épouse d'activités sportives ou de loisir particulières. C'est donc à bon droit que les premiers juges ont rejeté la demande d'indemnisation du préjudice d'agrément.
20. Le tribunal administratif a fait une juste évaluation du préjudice sexuel de Mme E, compte tenu de son âge à la date de consolidation de son état de santé et de son décès survenu en janvier 2022, en le fixant à la somme de 2 000 euros.
21. Il résulte de l'instruction que Mme E, âgée de 29 ans à la date de consolidation de son état de santé, a, en raison des complications précédemment décrites, perdu une chance de réaliser normalement un projet de vie familiale et en particulier d'avoir d'autres enfants. Dans ces conditions, en tenant compte des circonstances qu'elle était déjà mère de deux enfants et que son décès survenu n'est pas la conséquence de l'accident médical en cause, les premiers juges ont procédé à une juste évaluation du préjudice d'établissement de l'intéressée en l'évaluant à 2 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes :
22. Il résulte de l'instruction que Mme E est décédée des suites d'un cancer de l'estomac le 3 janvier 2022 dont aucun élément ne permet d'établir que ce décès résulterait de l'accident médical dont elle a été victime le 4 mars 2015. Par suite, et ainsi que l'a exactement jugé le tribunal, les demandes d'indemnisation présentées au titre des préjudices propres subis par M. E, ses deux enfants mineurs ainsi que la sœur de Mme E doivent être rejetées.
23. Il résulte de tout ce qui précède que l'indemnité mise à la charge de l'ONIAM au titre des préjudices subis par Mme E s'établit à la somme de 51 765 euros. Toutefois, en l'absence d'appel incident de l'ONIAM, qui sollicite la confirmation du jugement sur l'évaluation de l'ensemble des préjudices, les condamnations prononcées en faveur du requérant par les premiers juges ne sauraient être remises en cause. Par suite, il y a lieu de maintenir la somme totale de 63 555 euros allouée par les juges de première instance à M. E au titre des préjudices subis par son épouse.
Sur les frais liés au litige :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. E présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 2002411 du tribunal administratif de Nice du 20 juin 2023 est annulé en tant qu'il a omis de statuer sur les conclusions de M. E tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute de l'ONIAM.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A E et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, où siégeaient :
- Mme Fedi, présidente de chambre,
- Mme Rigaud, présidente assesseure,
- M. Danveau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 décembre 2024.
Le rapporteur,
signé
N. DANVEAULa présidente,
signé
C. FEDI
La greffière,
signé
M. G
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026