vendredi 15 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA01943 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | JAIDANE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B E a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du du 2 mars 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
Par un jugement n° 2101686 du 24 mai 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, Mme E, représentée par Me Jaidane, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 24 mai 2023 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 2 mars 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et, ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;
- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet des Alpes-Maritimes a commis des erreurs manifestes d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, de nationalité tunisienne, a présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès du préfet des Alpes-Maritimes le 3 février 2021. Par un arrêté du 2 mars 2021, le préfet a refusé de faire droit à sa demande. Elle relève appel du jugement du 24 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance : () 4° rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () 7°) rejeter après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur le bien-fondé du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".
4. Mme E soutient avoir établi sa résidence habituelle en France depuis au moins dix ans et y avoir fixé le centre de ses intérêts privés. Mais les pièces produites afin de démontrer sa présence habituelle durant une période de plus de dix ans à la date du 2 mars 2021 constituées principalement jusqu'à l'année 2018 d'ordonnances et certificats médicaux, de deux copies de cartes à l'admission médicale d'état valables du 3 juin 2010 au 2 juin 2011 et du 11 juin 2015 au 10 juin 2016, de quelques courriers de la caisse d'assurance maladie, et de factures d'achat éparses, ne permettent pas d'établir le caractère habituel du séjour de Mme E sur cette période. En particulier, elle ne produit aucun élément pour le deuxième semestre 2012, le premier semestre 2014, la période du mois d'avril au mois d'août 2016 et le premier semestre 2017. Dans ces conditions, l'intéressée n'établit pas sa présence sur le territoire français depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée, le 2 mars 2021. Le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
5. Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Mme E se prévaut de la durée de son séjour en France depuis l'année 2008 et d'une vie avec sa famille sur le territoire national depuis cette date. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 3, au vu des pièces qu'elle produit, elle ne démontre qu'une présence ponctuelle sur le territoire jusqu'à l'année 2018. Si elle produit à compter de l'année 2019 des relevés de livret A concernant les mois de février 2019, mars, février, août et septembre 2020, ces éléments ne permettent cependant pas d'établir une insertion socioéconomique significative, quand bien même elle se prévaut d'une promesse d'embauche de la société Smart nettoyage du 12 juin 2023, postérieure à l'arrêté attaqué. Si la requérante se prévaut de la présence sur le territoire de son père, de ses frères et sœurs de nationalité française, et de sa mère titulaire d'une carte de résident, elle est célibataire et sans enfants, et n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans, en dépit des décès de ses grands-parents survenus le 8 mars 2016, le 1er janvier 1961, le 12 septembre 2000 et le 9 novembre 2021. La requérante fait valoir que l'état de santé de sa mère, qui souffre d'une pathologie dégénérative des genoux, nécessite son assistance quotidienne. Elle produit, à cet égard, la carte de mobilité inclusion (CMI) de sa mère valable jusqu'au 31 mai 2025, deux certificats médicaux du docteur D du 6 novembre 2013 et du docteur A C du 12 mars 2021. Ce dernier certificat établi postérieurement à l'arrêté attaqué, indique que Mme E " est responsable dans le quotidien de trois personnes du foyer familial : ses parents E H et Mme E G, qui sont reconnus handicapés et de son frère le jeune E F né le 30/09/2001 encore scolarisé ". À supposer même que les parents de Mme E nécessitent l'assistance d'une tierce personne, l'intéressée n'établit pas être la seule personne à pouvoir fournir cette assistance alors que l'ensemble de sa fratrie réside sur le territoire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme E a déjà fait l'objet, le 3 mai 2013 d'un arrêté portant refus de régularisation de sa situation et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmé par un jugement du tribunal administratif de Nice du 13 novembre 2013 et d'un arrêt de la cour du 4 décembre 2014, et d'une décision du 26 février 2015 du préfet des Alpes-Maritimes refusant de lui délivrer un titre de séjour, également confirmée par un jugement tribunal administratif de Nice du 30 juin 2016 et par un arrêt de la cour du 18 septembre 2017. Par suite, eu égard à l'ensemble des conditions de séjour de l'intéressée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
7. Aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2.() ".
8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 313-14 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord.
9. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
10. La situation personnelle et familiale de Mme E, telle qu'exposée au point 6, ne permet pas de regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en n'ayant pas procédé à la régularisation de Mme E.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme E, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et à Me Jaidane.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 15 décembre 2023.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026