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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA01947

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA01947

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA01947
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 17 avril 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2304597 du 26 juin 2023, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2023, Mme B, représentée par Me Archenoul, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille du 26 juin 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 avril 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement :

- le jugement est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant refus de sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade :

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi le collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant refus d'asile :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de son fils.

S'agissant des décisions fixant la durée de départ volontaire et le pays de sa destination :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, de nationalité mauritanienne relève appel du jugement du 26 juin 2023 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 17 avril 2023 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. En se bornant à soutenir que le jugement attaqué est insuffisamment motivé, Mme B n'assortit son moyen d'aucune précision permettant à la cour d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, le premier a répondu de manière circonstanciée et suffisamment motivée aux moyens soulevés par Mme B devant le tribunal. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour au titre de l'asile :

5. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

6. Il y a lieu d'écarter les conclusions de la requérante dirigées contre la décision de refus de séjour au titre de l'asile, par adoption des motifs retenus par le premier juge au point 4 du jugement attaqué, qui ne sont pas utilement contestés par la simple réitération de l'argumentation présentée en première instance.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour " étranger malade " :

7. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'État ". Selon l'article D. 431-7 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

8. L'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, a pour seul objet, ainsi qu'en témoignent les travaux préparatoires de la loi, de limiter à compter de l'information ainsi délivrée le délai dans lequel il est loisible au demandeur d'asile de déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, ce délai étant ainsi susceptible d'expirer avant même qu'il n'ait été statué sur sa demande d'asile. Mme B se prévaut d'un courrier du 10 février 2023 adressé à la préfecture des Bouches-du-Rhône par le centre d'accueil des demandeurs d'asile ADOMA lequel indique : " nous vous orientons madame B qui souhaite déposer un dossier étranger malade ". Toutefois, la production de ce seul courrier, qui n'émane pas directement de Mme B, et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été reçu par la préfecture, ne suffit pas à démontrer qu'elle aurait présenté une demande d'autorisation de séjour en qualité d'étranger malade comme elle l'allègue. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait implicitement rejeté sa demande de titre de séjour en qualité malade. Dès lors, une telle décision étant inexistante, les conclusions à fin d'annulation de cette décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il y a lieu d'écarter les moyens tirés du défaut de motivation et de ce que son état de santé ferait obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français, qui ont été précédemment soumis dans les mêmes termes au juge de première instance, par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille aux points 8 et 12 du jugement attaqué, la requérante ne faisant état devant la cour d'aucun élément distinct de ceux qui avaient été présentés en première instance.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Mme B est entrée en France en novembre 2021 pour y solliciter l'asile. Elle se prévaut d'une relation avec un compatriote ayant le statut de réfugié, et elle indique qu'elle était enceinte à la date de l'arrêté attaqué. Depuis, elle a donné naissance à son fils le 28 juin 2023, que le père de l'enfant a reconnu de manière anticipée le 13 avril 2023. Cependant, la requérante n'apporte aucun élément pour démontrer l'existence d'une communauté de vie avec le père de son enfant, lequel est domicilié à une adresse différente, dans le département des Alpes-de-Haute-Provence. Devant la cour, la requérante soutient sans l'établir que le père de son enfant se trouverait à Digne-les-Bains en raison de la poursuite d'une formation, et que la circonstance que sa carte de réfugié indique qu'il est marié correspond à sa situation maritale antérieure avant sa venue sur le territoire national. Enfin, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où réside sa famille et ne démontre pas qu'elle serait rejetée par cette dernière en cas de retour en Mauritanie. Dans ces conditions, l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale pas rapport aux buts en vue desquels il a été pris, et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut être qu'écarté.

12. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Si Mme B établit que son fils, né postérieurement à l'arrêté en litige, a été reconnu de façon anticipée le 13 avril 2023 par un compatriote ayant le statut de réfugié, les pièces du dossier ne permettent toutefois pas d'établir l'existence d'une vie commune ni même de liens entre elle et le père de l'enfant avant et durant sa grossesse, ou l'existence de liens entre son fils et le père de celui-ci depuis la naissance de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions fixant le délai de départ et fixant le pays de renvoi :

14. Il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que ces décisions seraient insuffisamment motivées et de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Marseille aux points 17 et 18 du jugement attaqué.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à Me Archenoul.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 15 décembre 2023.

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