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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02119

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02119

lundi 9 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02119
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTROMBETTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 6 février 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2301322 du 12 juillet 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2023, M. B, représenté par Me Trombetta, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 12 juillet 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail valable du 27 août 2021 au 6 février 2023, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 ou de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'une somme de 1 500 euros sur le même fondement au titre de la procédure de première instance.

Il soutient que :

- le jugement est irrégulier faute d'avoir répondu au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 12 de la directive 2003/109 du 25 novembre 2003 qui, pour n'avoir pas été transposée en droit interne, est d'effet direct, moyen invoqué postérieurement à la clôture de l'instruction mais qui est d'ordre public ;

- l'arrêté attaqué, intervenu en méconnaissance du délai fixé par l'article 19 de la directive 2003/109 du 25 novembre 2003 est, de ce fait même, illégal ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant l'absence d'une autorisation de travail alors qu'il est titulaire d'une carte de résident longue durée UE ;

- le préfet a également commis une erreur de droit en lui opposant son retard dans le dépôt de sa demande de titre de séjour dès lors qu'il est de jurisprudence constante qu'un tel retard ne peut fonder à lui seul la décision de refus de séjour ou de renouvellement de séjour ;

- le préfet a commis une erreur de fait en relevant que son épouse est en situation irrégulière alors que les ressortissants albanais bénéficient d'un droit au séjour de trois mois sur le territoire français ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ;

- le tribunal n'a pas statué sur sa demande tendant à l'annulation de la prétendue abrogation du récépissé qui ne lui a jamais été délivré ;

- le préfet ne pouvait annuler un récépissé qui ne lui a jamais été délivré.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2003/109/CE du conseil du 25 novembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité albanaise, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 6 février 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu lorsqu'il est saisi, postérieurement à la clôture de l'instruction, d'un mémoire ou d'une note en délibéré émanant d'une des parties à l'instance, il appartient dans tous les cas au juge administratif d'en prendre connaissance avant de rendre sa décision et de le viser sans l'analyser. S'il a toujours la faculté, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, de rouvrir l'instruction et de soumettre au débat contradictoire les éléments contenus dans ce mémoire ou cette note en délibéré, il n'est tenu de le faire à peine d'irrégularité de sa décision que s'il contient soit l'exposé d'une circonstance de fait dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et que le juge ne pourrait ignorer sans fonder sa décision sur des faits matériellement inexacts, soit d'une circonstance de droit nouvelle ou que le juge devrait relever d'office.

3. Par un mémoire enregistré le 21 juin 2023 postérieurement à la clôture de l'instruction fixée au 14 juin, et par une note en délibéré enregistrée le 28 juin, dûment visés par le jugement, le requérant a soulevé un moyen nouveau tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué du 1) de l'article 12 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, aux termes duquel : " Les États membres ne peuvent prendre une décision d'éloignement à l'encontre d'un résident de longue durée que lorsqu'il représente une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique ".

4. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces dispositions ne subordonnent pas à une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique la possibilité pour un Etat membre de l'Union européenne de renvoyer un ressortissant d'un pays tiers, titulaire d'un statut de résident de longue durée qui lui a été délivré par un autre Etat membre, à destination de cet Etat. En l'espèce, l'arrêté attaqué prévoyait que M. B avait l'obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours " pour rejoindre le pays dont il possède la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible ". Dès lors que, non seulement cet arrêté lui permettait ainsi de regagner spontanément l'Italie, sous réserve que le permis de séjour à durée illimitée qui lui avait été délivré par les autorités italiennes soit toujours valide, mais permettait également aux autorités françaises de procéder, le cas échéant, à son exécution forcée à destination de cet Etat, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des dispositions du 1) de l'article 12 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003. Par suite, il n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'il appartenait au tribunal administratif de rouvrir l'instruction pour relever d'office un tel moyen.

5. En second lieu, le requérant avait inséré, aux termes de sa requête introductive d'instance comme du mémoire enregistré le 13 juin 2023, au sein de son argumentation consacrée à la violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme et à l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet sur sa situation personnelle, familiale et professionnelle, un développement portant sur l'article 4 de l'arrêté attaqué aux termes duquel le préfet a abrogé l'autorisation provisoire de séjour en sa possession, en relevant que l'unique récépissé qui lui avait été délivré portant, au surplus, la mention erronée selon laquelle il avait demandé un titre de séjour en qualité de visiteur, était déjà expiré depuis le 26 janvier 2022 et que le préfet avait ainsi abrogé un document qu'il " n'avait jamais délivré ". Le tribunal administratif ne peut être regardé comme ayant entaché son jugement d'une irrégularité en omettant de répondre expressément à ces considérations qui n'étaient pas explicitement présentées comme des conclusions spécifiques à titre principal ou à titre subsidiaire et qui n'étaient assorties que de moyens inopérants.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

Sur les conclusions relatives à l'arrêté attaqué en tant qu'il porte refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, si l'article 19 de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003, afférent à l'examen des demandes de séjour présentées dans un Etat membre de l'Union européenne par les ressortissants d'un pays tiers titulaires d'un statut de résident de longue durée délivré par un autre Etat membre, prévoit que : " les autorités nationales compétentes disposent, pour examiner la demande, d'un délai de quatre mois à partir de son dépôt ", ces dispositions n'ont pas prévu qu'à l'expiration de ce délai, la demande de séjour serait de plein droit réputée acceptée. Les dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient que " le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet () au terme d'un délai de quatre mois " ne méconnaissent pas, en conséquence, les objectifs de la directive. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir du délai au terme duquel le préfet a pris une décision expresse rejetant sa demande, pour en contester la légalité.

7. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué n'est, en réalité, étayé que par des arguments mettant en cause sa légalité interne.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention " salarié ", () s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1 () ". Aux termes de l'article L. 414-12 du même code : " La délivrance des cartes de séjour portant la mention " salarié " (), respectivement prévues aux articles L. 421-1 (), est subordonnée à la détention préalable de l'autorisation de travail prévue aux articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Cette autorisation est délivrée dans les conditions prévues par le code du travail ".

9. Ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal administratif, il résulte des termes mêmes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que si les ressortissants d'un pays tiers titulaires d'un statut de résident de longue durée délivré par un autre Etat membre de l'Union européenne sont dispensés, s'ils veulent exercer un emploi salarié en France, de l'obtention préalable d'un visa de long séjour, condition prévue par l'article L. 412-1 du même code, ils ne sont pas dispensés de l'obtention d'une autorisation de travail dans les conditions de droit commun prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Cette condition ne méconnaît, du reste, pas les objectifs de la directive 2003/109/CE du Conseil du 25 novembre 2003 dont le 2 de l'article 14 prévoit que, s'agissant de l'exercice d'une activité économique à titre de salarié, " les États membres peuvent examiner la situation de leur marché du travail et appliquer leurs procédures nationales concernant les exigences relatives au pourvoi d'un poste ou à l'exercice de telles activités ".

10. M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 414-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles : " La possession d'une carte de séjour temporaire, d'une carte de séjour pluriannuelle ou d'une carte de résident par un étranger résidant sur le territoire métropolitain lui confère, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 414-11, le droit d'exercer une activité professionnelle, sur ce même territoire, dans le cadre de la législation en vigueur " qui doivent être lues en combinaison avec les dispositions précitées de l'article L. 414-12. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant son absence d'autorisation de travail, dès lors, en particulier, que la demande présentée en ce sens par son employeur a été rejetée.

11. En quatrième lieu, ainsi que l'a également jugé à bon droit le tribunal administratif, il résulte des termes mêmes de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité que l'étranger titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE, délivrée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, doit faire sa demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en lui opposant le dépassement de ce délai. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit précédemment, ce n'est pas le seul motif qui a justifié le rejet de sa demande.

12. En cinquième lieu, si le requérant soutient que le préfet a commis une erreur de fait en relevant que son épouse était également en situation irrégulière, il n'apporte aucune justification à l'appui de ses allégations. S'il entend soutenir qu'elle se trouvait, à la date de l'arrêté attaqué, régulièrement en France, dans le cadre d'un séjour d'une durée inférieure à trois mois, en tout état de cause, ce séjour ne lui donnait pas vocation à s'établir sur le territoire français.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

14. M. B ne se prévaut d'aucune relation personnelle ou familiale qui l'attacherait au territoire français. Ainsi qu'il vient d'être dit, il n'établit pas que son épouse, également de nationalité albanaise, est en situation régulière pour un séjour de longue durée sur le territoire français. Les seules circonstances qu'il ait pu être détaché en France pour des chantiers, qu'il s'y soit fait soigner, en 2009 et 2010, qu'il ait été recruté en qualité de jardinier paysagiste et qu'il entend désormais y exercer une activité d'auto-entrepreneur ne sauraient suffire à établir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme.

Sur les conclusions relatives à l'arrêté attaqué en tant qu'il abroge l'autorisation provisoire de séjour " en possession " de M. B :

15. La validité du récépissé délivré durant l'instruction de la demande de titre de séjour présentée par un ressortissant étranger, en application de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expire nécessairement, lorsque le préfet rejette sa demande et assortit ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français. Le requérant ne peut, en tout état de cause, utilement contester l'abrogation rappelée par l'arrêté attaqué, à son article 4, en faisant valoir que le récépissé qui lui avait été délivré était déjà expiré à la date de cette abrogation.

16. Par ailleurs, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

17. Dès lors que les conclusions du requérant dirigées contre l'arrêté attaqué en tant qu'il rejette sa demande de titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français sont rejetées, il ne peut prétendre à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de ces dispositions.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 9 octobre 2023

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