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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02356

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02356

jeudi 18 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02356
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Par un jugement n° 2302978 du 9 août 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2023, M. B, représenté par Me Garelli, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 9 août 2023 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge du préfet des Alpes-Maritimes la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen sérieux sur sa situation et d'une erreur de fait, dès lors qu'il comporte des erreurs sur les dates des décisions prises par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il remplit les conditions prévues par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour l'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen, dès lors que le centre permanent de ses attaches et de ses intérêts se trouve en France, et qu'il est intégré par le travail dans la société française ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait ;

- La décision portant interdiction de retour pendant une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les membres de sa famille sont régulièrement présents sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité turque, relève appel du jugement du 9 août 2023 par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 15 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait dans les motifs de l'arrêté attaqué, par adoption du motif retenu à bon droit par le tribunal, au point 2 de son jugement, qui n'appelle pas de précisions en appel.

4. En deuxième lieu, et d'une part, la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, et vise notamment les articles L. 611-1 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retrace le parcours de M. B en France, rappelle ses conditions de séjour sur le territoire français et sa situation privée et familiale, et relève qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il conserve des attaches dans son pays d'origine. D'autre part, les erreurs de plume dans les dates des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFRPA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté. Pour les mêmes motifs, à le supposer soulevé, le moyen tiré de ce que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale doit également être écarté.

5. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal, au point 3 du jugement attaqué, qui n'appellent pas de précisions en appel.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Si M. B soutient que le centre permanent de ses attaches et de ses intérêts se trouve sur le territoire français où résident régulièrement de nombreux membres de sa famille, et qu'il est intégré par le travail, il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France de manière irrégulière en 2019, et qu'il est célibataire et sans enfants. La seule production des pièces d'identité, de titres de séjour ou d'attestation de demandeur d'asile de membres de sa famille ne suffit pas à établir qu'il a transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux depuis son entrée sur le territoire français en 2019, alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle suffisante par la production d'un contrat de travail à durée déterminée, pour une durée de trois mois, daté du 12 juin 2023. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la mesure. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait soulevé à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal, aux points 6 et 7 du jugement attaqué, qui n'appellent pas de précisions en appel.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français.

11. Comme cela a été dit au point 7, M. B a déclaré être entré en France en 2019, et se maintenir habituellement sur le territoire français depuis cette date. Il est célibataire et sans enfant, et ne démontre pas, par la seule production d'un contrat de travail à durée déterminée pour une durée de trois mois, et de pièces d'identité ou de titres de séjours de membres de sa famille, une insertion socio-professionnelle particulière. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas entaché sa décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B..

Copie en sera adressée au préfet de Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 18 janvier 2024

nb

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