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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02454

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02454

mardi 9 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02454
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantHMAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la décision du 8 juin 2021 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a implicitement refusé de l'admettre au séjour.

Par un jugement n° 2106327 du 25 juillet 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023, M. B, représenté par Me Hmad, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 25 juillet 2023 ;

2°) d'annuler la décision implicite du préfet des Alpes-Maritimes du 8 juin 2021 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à Me Hmad en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, en cas d'absence ou de retrait de l'aide juridictionnelle, à M. B lui-même.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- les premiers juges ont entaché le jugement d'une erreur de motivation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ils ont commis une erreur de droit en considérant que la circonstance que le préfet n'ait pas examiné la demande d'autorisation de travail n'avait pas d'incidence sur la légalité de la décision de refus de séjour.

Sur le bien-fondé du jugement :

- c'est à tort que le tribunal a considéré que la décision était suffisamment motivée et n'était pas entachée d'un défaut d'examen dès lors qu'elle ne fait pas mention de l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondait la demande ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'il ne motive pas le rejet sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- la décision du préfet méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la Cour a désigné M. C pour statuer par ordonnance dans les cas prévus à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité tunisienne, a sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et du travail le 9 juin 2021. Le 18 octobre 2021, en réponse à la demande de M. B, le préfet des Alpes-Maritimes lui a communiqué les motifs de son refus implicite. L'intéressé relève appel du jugement du 25 juillet 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation du refus qui lui a été opposé.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que les premiers juges ont entaché leur décision d'une erreur s'agissant des motifs retenus pour écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'ils ont commis une erreur de droit s'agissant de l'incidence du défaut d'examen de la demande d'autorisation de travail sur la légalité du refus de séjour.

Sur les moyens dirigés contre la décision du préfet des Alpes-Maritimes :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ".

Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et L. 435-1 du même code. Si le préfet des Alpes-Maritimes s'est contenté de viser l'article L. 435-1 et a omis, dans le courrier communiquant les motifs de sa décision implicite de rejet, de préciser qu'il avait également examiné la demande au regard de l'article L. 423-23, il ressort toutefois de ces motifs mêmes qu'il a examiné la situation familiale de l'intéressé en France et dans son pays d'origine, et l'ancienneté de son séjour, ce que M. B ne conteste pas. Dans ces conditions, la seule absence de mention des dispositions de ce dernier ne saurait démontrer que le préfet n'a pas examiné la demande de l'intéressé sur ce fondement, ni qu'elle ne le met pas à même de contester utilement la décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. Il résulte des motifs énoncés au point précédent que M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation.

7. Si M. B soutient que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé au regard de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié, il ressort toutefois de l'exposé des motifs que le préfet des Alpes-Maritimes énonce les considérations de fait qui l'ont conduit à refuser la demande, notamment en mentionnant l'existence d'une promesse d'embauche mais également l'absence d'élément attestant d'une activité professionnelle contemporaine ou antérieure à la demande. Au demeurant, et contrairement aux affirmations du requérant, la demande formulée par M. B de titre de séjour n'était pas fondée sur le travail, et ne cite pas l'article 3 de l'accord franco tunisien. Il ne peut, en conséquence, et en tout état de cause, être reproché au préfet de n'avoir pas statué sur une telle demande. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces versées au dossier que M. B, né en 1995, de nationalité tunisienne, est entré sur le territoire national pour la dernière fois le 3 janvier 2018 sous couvert d'un visa court séjour. Il a obtenu en 2020 un diplôme de Master " Méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises " dans le parcours " mobiquité, base de données et intégration de systèmes ", avec la mention " assez bien ", à l'université Nice Sophia Antipolis. M. B a introduit une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 9 juin 2021, en faisant notamment valoir que son frère réside en France sous couvert d'un titre de séjour d'une durée d'un an, ainsi que ses grands-parents, titulaires de cartes de résident de dix ans, et de ses cousins français ou en séjour régulier. Toutefois, M. B, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans.

En outre, s'il produit une promesse d'embauche du 9 novembre 2021 d'une entreprise qui l'a accueilli au cours d'un stage, accompagnée d'une demande d'autorisation de travail, une lettre de motivation de l'employeur ainsi que l'extrait Kbis de cette entreprise, ces éléments sont tous postérieurs à la décision attaquée. Bien qu'il fasse état de nombreuses sollicitations d'entreprises recherchant ses compétences, M. B ne démontre aucune insertion professionnelle significative. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet des Alpes-Maritimes a méconnu son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, qui est manifestement infondée au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonctions et celles formulées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Hmad.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 9 juillet 2024.

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