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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02552

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02552

lundi 20 octobre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02552
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantBARBOLOSI ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Par une requête enregistrée sous le n° 2100935, la SAS Ghjuva a demandé au tribunal administratif de Bastia, dans le dernier état de ses écritures, d’enjoindre à l’administration fiscale de lui accorder un crédit d’impôt pour investissements réalisés en Corse au titre de l’exercice 2020 à hauteur de la somme de 136 002,60 euros et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée sous le n° 2200485, la SAS Ghjuva a demandé au tribunal administratif de Bastia d’enjoindre à l’administration fiscale de fixer le montant du crédit d’impôt pour investissements réalisés en Corse au titre de l’exercice 2020 dont elle est titulaire à la somme de 136 002,60 euros et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 2100935, 2200485 du 24 août 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia a rejeté comme manifestement irrecevables les requêtes précitées.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, la SAS Ghjuva, représentée par Me Barbolosi, doit être regardée comme demandant à la cour :

1°) d’annuler cette ordonnance rendue le 24 août 2023 par le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia ;

2°) de prononcer le remboursement d’un crédit d’impôt pour investissements réalisés en Corse au titre de l’exercice 2020 d’un montant de 144 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- l’ordonnance attaquée est irrégulière dès lors que, contrairement aux prescriptions de l’article R. 740-8 du code de justice administrative, la minute n’a pas été signée par le président de la 1ère chambre ;
- ses requêtes de première instance étaient recevables, dès lors, notamment, que l’administration avait partiellement remis en cause le crédit d’impôt auquel elle s’estimait en droit de prétendre ;
- la décision du 15 juin 2021 portant rejet de sa demande de remboursement d’un crédit d’impôt est entachée d’incompétence et insuffisamment motivée ;
- elle a conclu avec sa filiale, la société U Castellu di a Sulana, dont elle détient 100 % des parts, un bail emphytéotique qui s’est substitué, à titre rétroactif, au bail commercial précédemment signé, à compter du 1er juillet 2019 ; la locataire disposait ainsi d’un droit réel immobilier permettant de bénéficier du crédit d’impôt ;
- certains des investissements réalisés (persiennes, vidéosurveillance, poêle à granules et cabanons en bois) sont éligibles au crédit d’impôt prévu par l’article 244 quater E du code général des impôts.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 février 2024, le ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour de rejeter la requête de la société Ghjuva.

Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Vincent,
- et les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public.




Considérant ce qui suit :

1. La société Ghjuva, SAS Holding, tête d’un groupe fiscalement intégré, a acquis, le 23 avril 2019, un ensemble immobilier situé à Casabianda (Haute-Corse) en vue de sa transformation en résidence hôtelière. Ayant réalisé au titre de l’année 2020, par l’intermédiaire de plusieurs de ses filiales, des investissements d’un montant total de 901 877 euros, elle a estimé pouvoir prétendre à un crédit d’impôt pour investissements en Corse en application des dispositions de l’article 244 quater E du code général des impôts, d’un montant total, avec application d’un taux de 30 %, de 270 563 euros qu’elle a, en premier lieu, imputé sur le montant de l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’exercice 2020 à hauteur de 180 669 euros. Par une lettre en date du 28 avril 2021, elle a, en outre, sollicité le remboursement d’un crédit d’impôt d’un montant de 89 894 euros correspondant à la différence entre le montant total du crédit d’impôt dont elle estimait pouvoir bénéficier (270 563 euros) et le montant imputé au titre de l’impôt sur les sociétés (180 669 euros). Par une décision du 15 juin 2021, l’administration fiscale a refusé de faire droit à sa demande de remboursement de crédit d’impôt et a, après application d’un taux de 20 % au lieu de celui de 30 % et non admission de certains des investissements réalisés, remis en cause l’imputation réalisée au titre de l’impôt sur les sociétés, estimant que la société Ghjuva était seulement fondée à prétendre à un crédit d’impôt d’un montant de 33 758 euros, lequel a, après saisine du conciliateur fiscal qui a admis des dépenses afférentes à des purificateurs d’air à hauteur de 2 911 euros, été porté à la somme de 36 669 euros. Par une proposition de rectification en date du 30 septembre 2021, annulée et remplacée par une nouvelle proposition en date du 17 février 2022, l’administration fiscale a entendu procéder au rappel de cotisations d’impositions supplémentaires dues au titre de l’impôt sur les sociétés à hauteur d’un montant de 144 000 euros (180 669 euros – 36 669 euros). Cette somme a été mise en recouvrement le 16 août 2022 et a donné lieu à un plan de règlement. Par requêtes enregistrées au greffe du tribunal administratif de Bastia sous les n° 2100935 et 2200485, la SAS Ghjuva a demandé qu’il soit enjoint à l’administration fiscale de lui accorder un crédit d’impôt pour les investissements réalisés au titre de l’exercice 2020 à hauteur de la somme de 136 002,60 euros. Par une ordonnance en date du 24 août 2023, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia a, après les avoir jointes, rejeté ces deux requêtes comme étant manifestement irrecevables. La société Ghjuva interjette appel de cette ordonnance.

Sur la régularité de l’ordonnance attaquée :

2. Il résulte de l’instruction que la société Ghjuva, qui estimait avoir réalisé des dépenses éligibles au crédit d’impôt pour l’investissement en Corse d’un montant de 901 877 euros et n’a pas contesté devoir être soumise au taux de 20 % aux lieu et place de celui de 30 % dont elle prétendait initialement bénéficier, revendiquait, au mieux, le bénéfice d’un crédit d’impôt d’un montant de 180 375 euros (901 877 X 20 %). Toutefois, le montant non contesté de l’impôt sur les sociétés dû au titre de l’exercice 2020 étant de 180 669 euros, soit une somme supérieure au montant du crédit d’impôt maximum auquel elle prétendait, ses conclusions tendant au remboursement d’un crédit d’impôt ne pouvaient qu’être rejetées, l’intéressée n’ayant par ailleurs pas été privée de la possibilité de contester par requête distincte, si elle s’y estimait fondée, l’imposition mise postérieurement à sa charge à hauteur de la somme de 144 000 euros à raison de la remise en cause du crédit utilisé pour le paiement de l’impôt sur les sociétés. Il résulte de ce qui précède que la société requérante n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par l’ordonnance attaquée, le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Bastia a rejeté comme manifestement irrecevables ses requêtes.

Sur les frais d’instance :

3. En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, la cour ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société Ghjuva doivent, dès lors, être rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de la société Ghjuva est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Ghjuva et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l’audience du 3 octobre 2025, où siégeaient :

- Mme Menasseyre, présidente de chambre,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- Mme Noire, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2025.


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