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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA02890

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA02890

jeudi 18 avril 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA02890
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2303744 du 30 octobre 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, M. A, représenté par Me Carrez, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 octobre 2023 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours n'est pas motivée en méconnaissance de l'article 12 de la directive retour alors qu'il avait demandé à ce qu'un délai supérieur lui soit octroyé ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le tribunal a commis une erreur de droit pour avoir considéré que la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " était subordonnée à la présentation d'un visa de long séjour ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par une décision du 1er janvier 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a désigné M. Platillero, président assesseur de la 3ème chambre, pour statuer dans les conditions prévues à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement du 30 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 13 juillet 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Contrairement à ce que soutient M. A, les premiers juges ont suffisamment motivé leur réponse au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ayant indiqué que les documents produits, qu'ils ont détaillé, ne permettaient pas d'établir sa présence habituelle en France depuis 2018 et que la circonstance que sa belle-mère, sa fille et son frère résident en France était insuffisante pour démontrer qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté du 13 juillet 2023 vise notamment l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état de ce que M. A déclare résider habituellement en France depuis l'année 2018, précise sa situation privée et familiale en indiquant qu'il est marié et indique qu'il ne justifie pas de l'ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux dont il pourrait se prévaloir. Il mentionne en outre la promesse d'embauche et la demande d'autorisation de travail qu'il avait fournies lors de sa demande d'admission au séjour avant d'estimer qu'il ne justifiait pas d'une insertion sociale et professionnelle suffisantes permettant de l'admettre exceptionnellement au séjour par le travail. Ainsi, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus d'admission au séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et qui permettent de vérifier que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".

7. D'une part, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 7 de la directive 2008/115 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, dès lors que celle-ci a été transposée par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 et le décret n° 2011-820 du 8 juillet 2011 pris pour son application.

8. D'autre part, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, M. A a indiqué qu'en cas d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, il souhaite " bénéficier d'un délai de départ volontaire supplémentaire supérieur à trente jours du fait de circonstances tenant à sa situation personnelle de nature à justifier que lui soit accordé un tel délai à titre exceptionnel ". L'arrêté en litige, qui mentionne des éléments de fait propres à la situation de M. A, précise, dans son article 2, que ce dernier est obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de l'arrêté et que sa situation personnelle ne justifie pas qu'à titre exceptionnel un délai supérieur lui soit accordé. La motivation de cette décision se réfère aux éléments d'appréciation de la situation de l'intéressé qui sont relevés dans les considérants de l'arrêté contesté, et qui avaient été portés à la connaissance du préfet par M. A lors du dépôt de sa demande de titre de séjour sans que des circonstances particulières soit évoquées s'agissant du délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum (), reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ". L'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur un point non traité par l'accord franco-tunisien au sens de son article

11 dispose que : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire () est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail "

10. Il résulte des stipulations et dispositions citées au point 9 que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " aux ressortissants tunisiens sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien est subordonnée notamment à la présentation d'un visa de long séjour. Si M. A soutient à nouveau devant la cour qu'il remplissait toutes les conditions posées par l'article 3 de l'accord franco-tunisien pour se voir délivrer un titre de séjour salarié, justifiant notamment d'une promesse d'embauche et d'une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur, il n'établit toutefois pas plus en appel qu'en première instance qu'il serait titulaire d'un visa de long séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /() ".

12. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, pas plus ainsi que celles de l'article L. 412-2 exemptant de la présentation d'un visa de long séjour pour la délivrance du titre de séjour prévu à cet article. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France dans le courant de l'année 2018 à l'âge de cinquante-neuf ans. Il se prévaut de son expérience dans le domaine de la manufacture du tabac, de la promesse d'embauche établie le 22 juin 2022 par la société FS PROD qui veut l'engager en qualité de chef de produit pour développer son activité de fabrication et de commerce d'arômes, de molasse et d'accessoires pour des produits destinés au marché des pipes à eau, ainsi que du formulaire Cerfa de demande d'autorisation de travail rempli par son employeur. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas à M. A un titre de séjour mention " salarié " au titre de son pouvoir discrétionnaire.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Outre ce qui a été dit au point 12, si M. A soutient résider de façon habituelle sur le territoire depuis l'année 2018 en étant hébergé avec son épouse chez sa belle-mère, les pièces versées au dossier sont insuffisantes par leur nombre et leur nature pour permettre de l'établir. Si sa fille réside en France depuis 2020, ainsi que son frère qui est de nationalité française, M. A n'établit pas être dépourvu d'attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en édictant l'arrêté en litige, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Enfin, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté sur la situation personnelle de M. A.

17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit ainsi être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 18 avril 2024.

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