jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA02968 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | ALMAIRAC |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2304884 du 9 novembre 2023, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2023, M. A, représenté par Me Almairac, demande à la cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler ce jugement du 9 novembre 2023 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice ;
3°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;
4°) d'ordonner l'effacement de son signalement dans le fichier Schengen ;
5°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le tribunal a omis de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait pour avoir indiqué qu'il était entré irrégulièrement en France alors qu'il était muni d'un passeport angolais et bénéficiait d'un visa en cours de validité ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de décision de refus de séjour qui l'accompagne ;
Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur de fait pour avoir indiqué qu'il ne disposait pas de garanties de représentations suffisantes ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est dépourvue de base de légale du fait de l'illégalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- aucune information précise n'est apportée quant aux effets de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en méconnaissance de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'information relative à son signalement dans le fichier Schengen ne figure pas dans la décision contestée ;
- la décision est disproportionnée.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 29 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité angolaise, relève appel du jugement du 9 novembre 2023 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination duquel il pourrait être reconduit d'office, et prononçant à son encontre une interdiction de quitter le territoire français pour une durée d'un an.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 29 mars 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la régularité du jugement attaqué :
4. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué, d'une part, que la première juge, qui a rejeté les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté en litige a nécessairement statué sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qui est l'une des décisions contenues dans cet arrêté, et d'autre part, qu'elle a répondu à l'ensemble des moyens qui avaient été soulevés spécifiquement au soutien de la demande d'annulation de cette décision. Par suite, le jugement n'est entaché ni d'une omission à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ni d'une omission de réponse aux moyens soulevés à l'encontre de cette décision.
Sur le bienfondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. L'arrêté en litige ne comportant pas de décision de refus de séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ne peut qu'être écarté.
6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
7. L'arrêté en litige vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet indique que M. A a déclaré être entré irrégulièrement en France et qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour, et que sa situation personnelle, qui est précisée notamment par les mentions qu'il est célibataire et sans charge de famille et qu'il ne dispose pas de liens personnels et familiaux stables, anciens et intenses en France, ne lui ouvre pas de droit au séjour sur le territoire français. Ainsi, cette décision contrairement à ce qui est soutenu, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent de vérifier que le préfet des Alpes-Maritimes a procédé à un examen de la situation personnelle de M. A.
8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".
9. Le requérant soutient que la décision contestée serait entachée d'une erreur de fait en tant qu'elle mentionne qu'il est entré irrégulièrement en France alors qu'il était muni d'un passeport angolais muni d'un visa Schengen. Toutefois il ressort seulement de la copie de son passeport qu'il est arrivé au Portugal le 24 décembre 2019 sous couvert d'un visa valable du 21 novembre 2019 au 4 janvier 2020. L'intéressé ne démontre pas la date à laquelle il est arrivé en France et par conséquent qu'il y est entré régulièrement. Ce motif n'est donc pas entaché d'erreur de fait.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A soutient être entré en France le 24 décembre 2019, sans toutefois l'établir, et y résider depuis lors en concubinage avec une compatriote en situation régulière. Toutefois, les pièces versées aux débats, constituées d'une attestation de demande d'asile en date du 2 novembre 2020, de copies de quatre billets de train pour des trajets Toulouse-Nice en juin 2021, juillet et octobre 2022, et d'une attestation EDF à son nom et à celui de sa compagne alléguée en date du 4 octobre 2023 indiquant qu'ils sont titulaires d'un contrat de fournitures d'énergie, sont insuffisamment probantes, par leur nombre et par leur nature, pour établir que le requérant séjournerait de manière habituelle en France depuis la fin de l'année 2019, et qu'il vivrait en concubinage ainsi qu'il l'allègue. Il a en outre fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 juillet 2021 édictée par la préfecture des Hautes-Pyrénées. Si, à compter du mois de février 2023, il travaille en qualité de manœuvre pour une entreprise située à Monaco ainsi que l'attestent les bulletins de salaires produits, cette circonstance ne permet pas de caractériser une insertion socioprofessionnelle particulièrement notable du requérant notamment eu égard à son caractère récent à la date de l'arrêté en litige. M. A n'établit par conséquent pas l'existence de liens stables, anciens et intenses qui l'attacheraient au territoire français. Par ailleurs, il n'est ni établi ni allégué que le requérant serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A doit être écartée.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
13. Contrairement à ce que mentionne la décision contestée, le requérant justifie en effet de garanties de représentation suffisantes par la production de son passeport angolais en cours de validité et de bulletins de salaires libellés à une adresse à son nom depuis février 2023. Toutefois le préfet se fonde aussi sur le fait que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement en France, ce que le requérant n'est pas fondé à contester ainsi qu'il a été dit au point 9, sur le fait qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ainsi que cela ressort du procès-verbal de son audition le 2 octobre 2023 par les services de police produit par le préfet en première instance, et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 15 juillet 2021 par la préfecture des Hautes-Pyrénées. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur ces deux motifs. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
14. Ainsi qu'il vient d'être dit, le préfet a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire aux motifs que M. A a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise le 15 juillet 2021 par la préfecture des Hautes-Pyrénées. Par suite, il a pu légalement prendre la décision contestée et le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
15. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
17. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français.
18. L'interdiction de retour en litige indique que M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires, qu'il déclare s'être maintenu en France le 26 décembre 2019 et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il vit en concubinage, n'a pas d'enfant, et que sa famille vit en Angola. Elle précise par ailleurs qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 15 juillet 2021 qu'il n'a pas exécutée. Les motifs mentionnés dans cette décision attestent ainsi de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision prononçant une interdiction de retour à l'encontre de M. A serait insuffisamment motivée doit être écarté. Il ne ressort en outre pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.
19. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire ". Et aux termes de l'article R. 613-6 du même code : " " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé du caractère exécutoire de cette décision et de ce que la durée pendant laquelle il lui est interdit de revenir sur le territoire commence à courir à la date à laquelle il satisfait à son obligation de quitter le territoire français. / Il est également informé des conditions d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français mentionnées à l'article R. 711-1, ainsi que des conditions dans lesquelles il peut justifier de sa sortie du territoire français conformément aux dispositions de l'article R. 711-2. ".
20. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 613-5 précitées que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Ainsi, si M. A soutient qu'il n'a pas été informé de ce qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, la méconnaissance de cette obligation d'information, qui n'a trait qu'à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement de leurs données à caractère personnel, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. D'autre part, les dispositions précitées de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile définissent les informations, figurant notamment aux articles R. 711-1 et R. 711-2 du même code, qui doivent être communiquées à un étranger faisant l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français, postérieurement au prononcé de cette interdiction. Dès lors, ces dispositions, qui sont propres aux conditions d'exécution de l'interdiction, sont sans incidence sur sa légalité, et ne peuvent être utilement invoquées au soutien de conclusions tendant à son annulation. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 613-5 et R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
21. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de prendre à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, eu égard à ce qui a été dit au point 11 quant à la durée de présence de M. A sur le territoire français et à sa relation de concubinage, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, et alors que le requérant, ainsi qu'il a été dit précédemment, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, le préfet des Alpes-Maritimes a fait une exacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
22. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait disproportionnée doit être écarté.
23. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer les conclusions tendant au bénéfice de l'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Almairac.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 20 juin 2024.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026