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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-23MA03039

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-23MA03039

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-23MA03039
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2303933 du 29 juin 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa requête.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, M. B, représenté par Me Quinson, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 juin 2023 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai, et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnaît les stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier des circonstances ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- le jugement est entaché d'une " erreur de base légale dès lors qu'il statu[e] () sur la décision refusant le délai de départ volontaire " ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est fondée sur une base légale inconventionnelle, l'article L. 511-1 II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaissant les orientations de la directive 2008/115/CE du 18 décembre 2008 ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée lors de son édiction.

La demande d'aide juridictionnelle de M. B a été rejetée par une décision du 27 octobre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er janvier 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a désigné M. C D en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement :

3. Si le jugement attaqué mentionne, dans son point 10, " la décision refusant le délai de départ volontaire ", alors que le préfet a octroyé à M. B un délai de départ volontaire de trente jours, cette erreur de plume n'affecte pas la régularité du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet a procédé à un examen sérieux de la situation de M. B.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans sauf si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

6. M. B, qui se borne, s'agissant de l'année 2013, à produire un relevé d'opération de son livret A ne faisant état d'aucun retrait pendant cette période, et de factures dénuées de valeur probante, n'établit pas résider habituellement en France au cours de l'année 2013. Sans qu'il soit besoin d'examiner les pièces justificatives produites au titre des années postérieures, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des stipulations précitées du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précitées ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. B, célibataire et sans enfant, ne se prévaut d'aucun lien privé ou familial en France autre que la présence d'amis, sans préciser l'identité de ces personnes, l'intensité de leur lien amical et leur situation administrative, tandis qu'il ne démontre pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de quarante ans. Il ne justifie pas d'une insertion notable dans la société française. De plus, il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 8 août 2016, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône ne peut être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels il a été pris et n'a, par suite, ni fait une inexacte application des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier des circonstances, ces moyens ne sont, ni en appel ni en première instance, assortis des précisions qui permettraient d'en apprécier le bien-fondé.

10. En cinquième lieu, pour les motifs rappelés au point 8, M. B n'est pas fondé à soutenir que cette décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

11. En sixième lieu, les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui assurent la transposition de la directive 2008/115/CE du 18 décembre 2008, n'avaient pas à préciser, à peine d'incompatibilité avec les objectifs de cette directive, la nature des circonstances particulières justifiant qu'un délai supérieur à trente jours soit accordé à l'étranger auquel obligation a été faite de quitter le territoire français.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision litigieuse : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

13. Après avoir décrit la situation personnelle de M. B, l'arrêté attaqué précise, dans son article 2, que " [la] situation personnelle [de M. B] ne justifi[e] pas qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur lui soit accordé ". La décision portant refus d'octroi d'un délai supérieur à trente jours est, ainsi et en tout état de cause, motivée.

14. En huitième lieu, en se bornant à alléguer que la durée de départ volontaire de trente jours était insuffisante au regard de la durée de son séjour en France, M. B n'établit pas que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire plus long.

15. En neuvième lieu, ainsi qu'il a été dit, l'arrêté attaqué précise, dans son article 2, que " [la] situation personnelle [de M. B] ne justifi[e] pas qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur lui soit accordé ". Il en résulte que le préfet ne s'est pas cru obligé de fixer à trente jours le délai de départ volontaire imparti à M. B.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions présentées aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Quinson.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 31 janvier 2024.

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