lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-23MA03098 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GERMAIN-BENEZETH |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 16 juin 2023 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de sa destination et l'obligeant à remettre son passeport ou tout document d'identité en préfecture.
Par un jugement n° 2306755 du 23 novembre 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2023, M. A, représenté par Me Germain, demande à la Cour :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler le jugement du 23 novembre 2023 ;
3°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 ;
4°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de procéder au retrait de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de se prononcer sur droit au séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même astreinte ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de son signataire ;
- les premiers juges ont omis de répondre au moyen tiré du défaut de motivation de la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours ;
Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée, et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation, le préfet a entaché cette décision d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant obligation de se présenter en préfecture et de remettre son passeport :
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 29 mars 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité tunisienne, demande l'annulation du jugement du 23 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 16 juin 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de sa destination et l'obligeant à remettre son passeport ou tout document d'identité en préfecture.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille du 29 mars 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'il soit admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la régularité du jugement attaqué :
4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui s'est substitué aux dispositions du II de l'article L. 511-1 invoquées par la requérante : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas./ Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dans le cas où l'autorité administrative impartit à l'étranger le délai normal de trente jours pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire prononcée à son encontre, et alors, au surplus, que l'intéressé n'a pas demandé à bénéficier d'un délai plus long, sa décision n'a pas à être spécifiquement motivée sur ce point.
6. En conséquence, la contestation par M. A de la régularité de la motivation de l'arrêté attaqué en ce qu'il lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours étant inopérante, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué est entaché d'une irrégularité, faute pour le tribunal administratif d'avoir spécifiquement répondu sur ce point en écartant, au point 2 du jugement attaqué, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté pris dans son ensemble.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
7. L'arrêté contesté du 16 juin 2023 a été signé par M. Benoît Rochas, secrétaire général de la préfecture des Hautes Alpes, qui bénéficiait d'une délégation, accordée par arrêté du préfet n° 05-2023-05-05-00003 du 5 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés, décisions réglementaires, individuelles () relevant des attributions de l'Etat dans le département des Hautes-Alpes ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit dès lors être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :
8. En premier lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions et celui tiré du défaut d'examen réel et complet de la situation personnelle de M. A, qui ont été précédemment invoqués dans les mêmes termes devant le tribunal administratif, par adoption des motifs retenus par les premiers juges aux points 2 et 3 du jugement, le requérant ne faisant valoir en appel aucune critique du bienfondé de ces motifs.
9. En deuxième lieu, la circonstance que l'arrêté mentionne que M. A " n'est pas éligible aux dispositions de l'article 421-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " alors qu'il résulte sans ambiguïté des termes de l'arrêté que le préfet examinait sa situation au titre de l'article L. 423-2 de ce même code permettant de délivrer une carte de séjour temporaire aux étrangers entrés régulièrement et mariés en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois, relève d'une simple erreur de plume qui a été sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige.
10. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a regardé la demande présentée par M. A comme une " demande d'admission exceptionnelle " au séjour et, après avoir constaté qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, faute de justifier de la détention d'un visa de long séjour ou même d'une entrée régulière sur le territoire français, il a recherché si le refus de séjour qui résultait de l'application des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était de nature à porter " une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale telle que consacré par les dispositions de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme ". Le préfet a ainsi également examiné si la situation de M. A devait être régularisée, alors même que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont, en principe, applicables qu'à " l'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues " notamment à l'article L. 423-1. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en méconnaissant son pouvoir de régularisation.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. M. A soutient être entré en France le 1er octobre 2021 sans toutefois l'établir et se prévaut de sa relation avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il s'est marié le 21 janvier 2023, ainsi qu'avec la fille de cette dernière, née d'une précédente union. Ainsi, non seulement ce mariage mais également la relation des intéressés, le requérant indiquant n'avoir rencontré sa future épouse qu'après son arrivée en France, et leur vie commune qui, selon ces mêmes déclarations aurait débuté " courant octobre 2022 ", sont trop récents, à la date de l'arrêté attaqué, pour que le préfet puisse être regardé comme ayant porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris ayant pris. Par ailleurs, la seule circonstance que M. A bénéficie d'une promesse d'embauche établie le 28 septembre 2023 pour un emploi de carreleur ne permet pas par elle-même d'établir son intégration socio-professionnelle en France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
En ce qui concerne la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire de trente jours :
13. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé sur ce point.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
14. Aux termes de son article 4, l'arrêté contesté dispose que si M. A n'a pas quitté le territoire français à l'expiration du délai de départ volontaire qui lui est laissé, la décision d'éloignement sera mise à exécution " à destination du pays dont il possède la nationalité (soit la Tunisie) ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible (à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse) ".
15. Cette décision qui réserve, du reste, encore explicitement la possibilité d'un renvoi dans un autre pays que son pays d'origine si M. A justifie y être légalement admissible, n'appelait pas de motivation particulière de la part du préfet, dès lors que l'intéressé n'a pas demandé l'asile en France et qu'aucun élément du dossier ne laissait suspecter qu'il serait susceptible d'y encourir des risques.
En ce qui concerne la décision portant obligation de se présenter en préfecture et de remettre son passeport :
16. Il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le tribunal administratif, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges aux points du 9 et 10 du jugement, le requérant n'en critiquant pas le bienfondé devant la Cour.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celle présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Germain.
Copie en sera adressée au préfet des Hautes-Alpes.
Fait à Marseille, le 27 mai 2024
.signé.
L. HELMLINGER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
ou par délégation le greffier,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026