lundi 12 février 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-24MA00055 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Par un jugement n° 2305605 du 12 décembre 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. A, représenté par Me El Attachi, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 12 décembre 2023 du tribunal administratif de Nice ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au retrait de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement :
- le jugement du tribunal administratif est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article L. 9 du code de justice administratif, dès lors que le tribunal a écarté les moyens qu'il a présentés en se basant sur des motifs de fait erronés et matériellement inexacts ;
Sur le bienfondé du jugement :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;
- il justifie de la stabilité et de la continuité de son séjour en France depuis 2009, du fait qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et de l'ancienneté et de la stabilité de sa relation avec une ressortissante française ; dès lors l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il justifie avoir toujours travaillé ;
- en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il dispose d'un passeport, qu'il justifie être rentré régulièrement sur le territoire français et de garanties de représentation solides ;
- l'interdiction de retour est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, de nationalité algérienne, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur la régularité du jugement :
2. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
3. Il ressort des termes du jugement attaqué que la magistrate désignée, qui n'était pas tenue de répondre à tous les arguments développés par M. A, s'est prononcée de manière suffisamment précise et circonstanciée sur les moyens soulevés par l'intéressé, en particulier le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté et celui relatif à sa vie privée et familiale. M. A ne peut utilement faire valoir, pour contester la régularité formelle de la motivation de ce jugement, que le tribunal a écarté les moyens qu'il a présentés en se basant sur des motifs de fait erronés et matériellement inexacts, cette argumentation relevant de la contestation de son bienfondé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.
Sur le bienfondé du jugement :
4. En premier lieu, après avoir visé l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile régissant notamment les obligations de quitter le territoire français, l'arrêté attaqué constate que M. A est entré irrégulièrement en France, s'y maintient sans avoir jamais demandé la délivrance d'un titre de séjour, que sa situation personnelle ne lui permet pas de prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour et que l'arrêté ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme. L'arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La circonstance que l'arrêté mentionne que M. A est " célibataire et sans charge de famille " ce qui correspond à son état civil ne saurait révéler un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation de la part du préfet, quand bien même il soutient vivre en concubinage avec une ressortissante française. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet et sérieux de sa demande doivent donc être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A soutient être entré en France le 16 mai 2009, sous couvert d'un visa Schengen de court séjour, ce qu'il justifie par la production de son passeport, et déclare s'y maintenir continuellement depuis. S'il produit divers documents, factures commerciales, ordonnances médicales, quittances de loyer et d'électricité, libellés à différentes adresses en région parisienne jusqu'en 2021, il ne justifie de son admission à l'aide médicale d'Etat que pour la période du 20 mars 2012 au 30 avril 2013 et ne fournit, en tout état de cause, aucune précision sur sa situation personnelle, à cette époque. Il se prévaut essentiellement de sa relation avec une ressortissante de nationalité française, avec laquelle il s'est marié à Cannes, le 20 janvier 2024, soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. A supposer même, ainsi qu'il le soutient, que leur relation de concubinage aurait débuté le 5 juin 2023, celle-ci présente, en tout état de cause, un caractère très récent à la date de l'arrêté attaqué. Le requérant ne fait état d'aucun autre lien privé ou familial en France, outre la famille de sa femme et un ami de nationalité française. Les emplois de coiffeur qu'il soutient avoir occupés en région parisienne, de façon discontinue et à temps partiel, ne permettent pas de caractériser une insertion socio-professionnelle notable. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
8. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à M. A eu égard au risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet, aux motifs qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France et s'y maintient depuis 14 ans en situation irrégulière, qu'il ne dispose pas de document d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à l'habitation. Le requérant peut être regardé comme justifiant, ainsi qu'il a été dit au point 6, d'une entrée régulière sur le territoire français, à supposer toutefois qu'il s'y soit effectivement maintenu depuis le 16 mai 2009, et d'une domiciliation chez sa compagne. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant exclusivement sur la circonstance qu'il s'est maintenu pendant 14 ans sur le territoire français, si son entrée en 2009 est bien la dernière, sans se manifester auprès des autorités ainsi que sur son absence de document de voyage en cours de validité, l'attestation du consulat d'Algérie à Nice qu'il produit relative au renouvellement de son passeport n'infirmant pas l'exactitude matérielle de ce motif.
9. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction a lors en vigueur : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 621-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Enfin, aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France ".
10. Quand bien même M. A, désormais marié à une ressortissante française, a vocation à revenir sur le territoire français, le préfet ne peut être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme ayant commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour pour une durée limitée à un an, étant rappelé que, dès lors que M. A aura exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il pourra demander l'abrogation de cette interdiction de retour.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 12 février 2024
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026