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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00131

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00131

jeudi 23 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00131
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantLAURENS;SCP BOUYSSOU ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2308304 du 19 décembre 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2024, M. A, représenté par Me Laurens, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 19 décembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en délivrant, durant l'examen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait et de droit en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation professionnelle.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la Cour a désigné M. C pour statuer par ordonnance dans les cas prévus à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 7 avril 1971, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettant au juge de l'excès de pouvoir d'en apprécier les motifs. En effet, il est précisé notamment que le requérant présente à l'appui de sa demande une demande d'autorisation de travail par la société Phoenix Intérim, pour un emploi d'électricien, qu'il n'est pas titulaire d'un visa long séjour et qu'il est célibataire et sans enfant. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé et qu'il procéderait d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'appelant doivent être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mai 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ".

5. Si M. A soutient à nouveau devant la Cour qu'il remplissait toutes les conditions posées par l'article 3 de l'accord franco-tunisien pour se voir délivrer un titre de séjour salarié, justifiant notamment d'une promesse d'embauche pour un emploi d'électricien en bâtiment avec la société Phoenix Intérim et d'une demande d'autorisation de travail remplie par la même société, le 12 décembre 2022, il n'établit toutefois pas plus en appel qu'en première instance qu'il serait titulaire d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, l'arrêté n'est pas entaché d'une erreur de fait.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation d'un ressortissant tunisien qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. D'une part, si M. A soutient que l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas visé dans l'arrêté attaqué, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet a examiné sa demande, d'une part, sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et d'autre part, sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 3 janvier 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa D mention " vie privée et familiale " valable du 26 mai 2015 au 26 mai 2016. Il se prévaut de son insertion professionnelle, en versant notamment aux débats, des bulletins de paies au titre de l'année 2016 en tant que salarié au sein de la SARL Jessy 13 et trois autres bulletins au titre de l'année 2023 en tant qu'électricien.

En outre, l'intéressé se déclare divorcé et sans enfant et n'allègue pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine puisque ses parents y résident. Dans ces circonstances, M. A ne fait valoir aucun motif exceptionnel ni considérations humanitaires qui justifieraient la régularisation de sa situation. Par suite, ces éléments ne permettent pas de regarder le préfet comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en ne délivrant pas à M. A un titre de séjour mention " salarié " au titre de son pouvoir discrétionnaire.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Laurens.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 23 mai 2024.

ot

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