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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00195

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00195

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00195
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCHARAMNAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2303220 du 16 janvier 2024, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, M. A, représenté par Me Charamnac, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2303220 du 16 janvier 2024 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 du préfet des Alpes-Maritimes ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ou " recherche d'emploi ou création d'entreprise " en application de l'article L. 313-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde signé à New Delhi le 10 mars 2018 ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée, est entachée d'erreur de fait et est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une décision du 26 avril 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a admis M. A à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde signé à New Delhi le 10 mars 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Platillero a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 juin 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de délivrer à M. A de nationalité indienne, un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. A relève appel du jugement du 16 janvier 2024 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de l'Inde signé à New Delhi le 10 mars 2018 : " 3.1. Accueil des étudiants : Les Parties ont pour priorité de faciliter la venue d'étudiants de l'autre Partie désireux de poursuivre leurs études en France ou en Inde et inscrits dans un établissement d'enseignement supérieur reconnu () La Partie française peut délivrer un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " aux étudiants indiens venant poursuivre leurs études en France. A l'expiration de ce visa de long séjour d'une durée maximale d'un an, l'étudiant indien reçoit un titre de séjour pluriannuel valable jusqu'au terme du cycle d'études dans lequel il est inscrit () 3.2. Acquisition d'une première expérience professionnelle : Les étudiants indiens qui souhaitent compléter leur formation par une première expérience professionnelle en France après avoir achevé avec succès un cycle de formation conduisant à un diplôme de niveau au moins équivalent au master () dans un établissement d'enseignement supérieur français habilité au plan national () peuvent bénéficier, dans la perspective de leur retour en Inde, d'une autorisation de séjour en France d'une durée de validité d'un an renouvelable une fois () Pendant cette durée, les intéressés sont autorisés à exercer un emploi en relation avec leur formation et assorti d'une rémunération au moins égale à une fois et demie la rémunération mensuelle minimale en vigueur. A l'issue de cette période d'un ou de deux ans, les intéressés déjà pourvus d'un emploi ou titulaires d'une promesse d'embauche et satisfaisant aux conditions énoncées ci-dessus sont autorisés à poursuivre leur séjour en France pour l'exercice de leur activité professionnelle, sans que puisse leur être opposée la situation de l'emploi () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France muni d'un visa " étudiant " valable du 20 septembre 2018 au 20 août 2019, puis a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité valable du 21 août 2019 au 20 juin 2020. Ayant obtenu un master " science in international business " au terme de l'année universitaire 2019-2020, il s'est vu délivrer des autorisations provisoires de séjour en tant qu'étudiant en recherche d'emploi, valables du 24 août 2020 au 23 août 2021, puis du 1er mars 2022 au 23 août 2022 et enfin du 10 octobre 2022 au 28 février 2023. Pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi, le préfet des Alpes-Maritimes a estimé que M. A avait demandé le renouvellement du titre précédemment détenu et que l'autorisation provisoire de séjour " étudiant en recherche d'emploi " prévue par les stipulations de l'article 3-2 de l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité signé entre le Gouvernement de la République française et la République de l'Inde du 10 mars 2018 n'était renouvelable qu'une fois.

4. M. A fait valoir qu'il a été admis en master 2 " recherche en management et innovation " au titre de l'année universitaire 2022-2023 et qu'il aurait sollicité un " visa étudiant " le 24 août 2022 qui n'aurait donné lieu qu'à la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour valable du 10 octobre 2022 au 28 février 2023 et non pas pour toute l'année universitaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment, d'une part, d'un courrier du 25 avril 2023 adressé par M. A au préfet, qui indique qu'un visa de six mois lui a été accordé en août 2022, correspondant ainsi à l'une des autorisations provisoires de séjour précédemment citées, et que le préfet lui a demandé de déposer une demande de renouvellement, et, d'autre part, d'une demande d'autorisation provisoire de fin d'études et de recherche d'emploi dans le cadre de l'accord franco-indien, déposée en septembre 2021 laquelle fait état d'une décision en février 2022, correspondant ainsi à l'autorisation valable du 1er mars 2022 au 23 août 2022, que la demande de M. A portait sur le renouvellement de l'autorisation de séjour prévue à l'article 3-2 de l'accord de partenariat pour les migrations et la mobilité signé entre le Gouvernement de la République française et la République de l'Inde du 10 mars 2018. Dans ces conditions, M. A ne peut utilement se prévaloir de sa qualité d'étudiant au titre de l'année universitaire 2022-2023 pour demander le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour dont il était titulaire au titre de l'acquisition d'une expérience professionnelle, le préfet des Alpes-Maritimes n'ayant ainsi pas méconnu les stipulations de l'article précité. A cet égard, la circonstance que M. A s'est porté candidat à des emplois dans le secteur de sa formation en 2020 est sans incidence sur le refus de renouvellement de la dernière autorisation provisoire de séjour dont il bénéficiait.

5. En deuxième lieu, la seule circonstance que M. A s'est inscrit dans un établissement en master 2 et a suivi des études universitaires au titre de l'année 2022-2023, après avoir été muni d'autorisations provisoires de séjour au titre de l'acquisition d'une expérience professionnelle, ne caractérise pas une erreur manifeste qu'aurait commise le préfet des Alpes-Maritimes dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus de séjour sur la situation personnelle du requérant.

6. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal au point 3 du jugement attaqué. A cet égard, la circonstance que le préfet des Alpes-Maritimes a examiné d'office la situation de M. A au regard de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne caractérise ni une insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français ni d'ailleurs une erreur de fait quant à l'objet de la demande qui lui était soumise.

7. En quatrième lieu, en se bornant à soutenir qu'il aurait pu solliciter un titre de séjour sur un autre fondement pour pouvoir finir ses études, M. A n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations selon lesquelles l'obligation de quitter le territoire français, qui est légalement fondée au regard de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait " manifestement disproportionnée ".

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande. Ses conclusions aux fins d'annulation de ce jugement et de l'arrêté du 5 juin 2023 du préfet des Alpes-Maritimes doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent arrêt n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A, à Me Charamnac et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- M. Platillero, président assesseur,

- Mme Mastrantuono, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 décembre 2024.

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