jeudi 6 juin 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-24MA00288 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La SAS Casino Victoria a demandé au tribunal administratif de Nice de prononcer la restitution d'un crédit d'impôt sur les prélèvements sur le produit des jeux dans les casinos au titre de la saison des jeux comprise entre le 1er novembre 2018 et le 31 octobre 2019.
Par un jugement no 2004335 du 7 décembre 2023, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du 6 août 2020 du directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes rejetant la réclamation de la SAS Casino Victoria, et lui a enjoint de lui restituer la somme de 16 181,75 euros.
Procédure devant la cour :
I.- Par une requête, enregistrée le 8 février 2024 sous le numéro 24MA00288, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 7 décembre 2023 du tribunal administratif de Nice ;
2°) de rejeter la demande présentée par la SAS Casino Victoria en première instance.
Il soutient que :
-le tribunal a omis de viser, d'analyser et de répondre au mémoire en défense produit par le directeur départemental des finances publiques en première instance ;
-il a commis une erreur en ordonnant la restitution d'une somme qui correspond en réalité à l'assiette sur laquelle le crédit d'impôt sur les manifestations artistiques de qualité aurait du être calculé ;
-les dépenses de la SAS Casino Victoria liées à la manifestation artistique se sont limitées à la somme de 11 685,50 euros ;
- la convention entre le casino et le théâtre de Grasse a été conclue postérieurement à l'organisation de la manifestation ;
-le casino n'a pas organisé directement ou fait organiser contractuellement par un tiers délégataire, à son nom et pour son compte, une manifestation artistique de qualité ;
-il renvoie aux moyens développés par le directeur départemental des finances publiques en première instance.
II.- Par une requête, enregistrée le 8 février 2024 sous le numéro 24MA00312, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique demande à la cour d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 7 décembre 2023 du tribunal administratif de Nice.
Il reprend les moyens de la requête enregistrée sous le numéro 24MA00288 et soutient en outre que l'exécution du jugement attaqué expose l'État à la perte définitive d'une somme d'argent.
Les requêtes ont été communiquées à la SAS Casino Victoria, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des collectivités territoriales ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. Mérenne,
- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Casino Victoria a, par lettre du 13 février 2020, demandé à l'administration fiscale, en application des dispositions des articles L. 2333-55-3 et R 2333-82-4 du code général des collectivités territoriales, le remboursement d'un crédit d'impôt sur les prélèvements sur le produit des jeux dans les casinos au titre de la saison des jeux comprise entre le 1er novembre 2018 et le 31 octobre 2019. Le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes a refusé de faire droit à cette demande par une décision du 6 août 2020. Par une requête enregistrée le 8 février 2024 sous le numéro 24MA00288, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique fait appel du jugement du 7 décembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du 6 août 2020 et enjoint à l'administration de restituer la somme de 16 181,75 euros à la SAS Casino Victoria. Par une requête du même jour enregistrée sous le numéro 24MA00312, il demande en outre le sursis à l'exécution de ce jugement.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 24MA00288 et 24MA00312 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y être statué par un seul et même arrêt.
Sur l'irrégularité du jugement attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. () " Aux termes de l'article R. 741-2 du même code : " La décision mentionne que l'audience a été publique, sauf s'il a été fait application des dispositions de l'article L. 731-1. Dans ce dernier cas, il est mentionné que l'audience a eu lieu ou s'est poursuivie hors la présence du public. / Elle contient le nom des parties, l'analyse des conclusions et mémoires ainsi que les visas des dispositions législatives ou réglementaires dont elle fait application. () ".
4. Le jugement attaqué a omis de viser le mémoire en défense présenté le 13 octobre 2023 par le directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes, ainsi que d'y répondre. Il est donc entaché d'irrégularité.
5. Il convient d'annuler le jugement attaqué et de statuer immédiatement sur le litige par la voie de l'évocation.
Sur le droit à restitution :
6. Aux termes du I de l'article L. 2333-55-3 du code général des collectivités territoriales : " Les casinos régis par les articles L. 321-1 et suivants du code de la sécurité intérieure, détenant un récépissé de déclaration d'entrepreneur de spectacles vivants valant licence, peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des manifestations artistiques de qualité qu'ils ont directement organisées ou ont contractuellement fait organiser à leur nom et pour leur compte durant la saison des jeux définie à l'article L. 2333-55-2. " Aux termes du premier alinéa du 2° du I de l'article R. 2333-82-4 du même code : " Lorsque le casino délègue en tout ou partie l'organisation de la manifestation à un tiers titulaire de la licence d'entrepreneur de spectacles et finance la part correspondante. Une convention conclue avec le tiers détermine notamment les dépenses et les recettes qui, une fois exposées par le tiers dans le cadre de l'organisation de la manifestation, sont portées par ce dernier à la charge et au bénéfice du casino. "
7. La SAS Casino Victoria a entendu financer trois évènements artistiques de l'ouverture de la saison du théâtre de Grasse, qui ont eu lieu du 27 au 29 septembre 2019. Ce financement a été contractualisé par une convention dont plusieurs versions sont produites au dossier, l'une datée du 2 septembre 2019, entachée de ratures et de divers ajouts, et l'autre du 23 octobre 2019, après les manifestations, et ce alors que le projet de convention a été transmis par le théâtre de Grasse à la SAS Casino Victoria le 4 septembre 2019. Ces éléments établissent que la première version de la convention est un simple projet, et que la convention a en réalité été signée le 23 octobre 2019. En se bornant à conclure une convention postérieure au déroulement des manifestations, alors qu'il résulte de l'instruction que les manifestations avaient déjà été prévues par le programme de la saison artistique du théâtre de Grasse, qui, aux dates auxquelles elles se sont déroulées, avait simplement proposé au casino de les financer par l'intermédiaire du crédit d'impôt, la SAS Casino Victoria n'a ni organisé directement, ni fait organiser les manifestations artistiques à son nom et pour son compte. Dans ces conditions, le ministre est fondé à soutenir en appel que sa demande de crédit d'impôt ne répond pas aux critères prévus au I. de l'article L. 2333-55-3 du code général des collectivités territoriales.
8. Il résulte de ce qui précède que la demande présentée par la SAS Casino Victoria devant le tribunal administratif de Nice doit être rejetée.
Sur la demande de sursis à statuer :
9. Par le présent arrêt, la cour statue au fond sur la requête du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique dirigée contre le jugement du 7 décembre 2023 du tribunal administratif de Nice. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont sans objet.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du 7 décembre 2023 du tribunal administratif de Nice est annulé.
Article 2 : La demande présentée par la SAS Casino Victoria devant le tribunal administratif de Nice est rejetée.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête enregistrée sous le numéro 24MA00312.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la SAS Casino Victoria et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée pour information à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, où siégeaient :
- Mme Paix, présidente,
- Mme A et M. Mérenne, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.
Nos 24MA00288 - 24MA0031
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-26MA02245
03/08/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02310
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Paris, prise par le juge des référés, concerne la reprise d’instance après cassation par le Conseil d’État d’un litige fiscal opposant la société American Express Carte France à l’administration. Le Conseil d’État avait annulé partiellement l’arrêt de la cour et renvoyé l’affaire pour qu’elle statue à nouveau sur certains points. La cour constate que la requête enregistrée sous le n° 26PA02310 est devenue sans objet et ordonne sa radiation du registre du greffe, en application du code de justice administrative.
01/07/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02388
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, a radié du registre du greffe le dossier n° 26PA02388, relatif à la reprise d'instance après cassation concernant la société American Express Carte France. Cette affaire portait sur des rappels de TVA, de taxe sur les salaires et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises pour les années 2014 à 2016, après un arrêt du Conseil d'État du 10 avril 2026 ayant partiellement annulé et renvoyé les précédents arrêts de la cour. La solution retenue est que la requête est devenue sans objet, probablement en raison de l'irrévocabilité de certaines parties de la décision antérieure. Aucun texte spécifique n'est mentionné dans l'ordonnance, mais la procédure s'inscrit dans le cadre du code de justice administrative.
01/07/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA00890
La Cour administrative d’appel de Paris, statuant en référé, a examiné la demande de transmission au Conseil d’État d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par M. A... à l’occasion d’un litige en plein contentieux fiscal. Le requérant contestait la conformité à la Constitution de l’article L. 85 du livre des procédures fiscales, qui permet à l’administration d’obtenir des données bancaires sans autorisation préalable ni information du contribuable. La cour a jugé que les dispositions contestées étaient applicables au litige et n’avaient pas déjà été déclarées conformes par le Conseil constitutionnel. Toutefois, estimant que la question soulevée était dépourvue de caractère sérieux, la cour a refusé de transmettre la QPC au Conseil d’État.
01/07/2026