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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00400

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00400

lundi 13 mai 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00400
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantKUHN-MASSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par une ordonnance du 26 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Toulon a renvoyé au tribunal administratif de Marseille la requête de M. A.

Par un jugement n° 2309100 du 26 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 20 février 2024, M. A, représenté par Me Kuhn-Massot, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 octobre 2023 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2023 du préfet du Var ;

3°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreurs de fait pour avoir mentionné qu'il est entré irrégulièrement en France et qu'il n'a pas sollicité de délivrance d'un titre de séjour ;

- M. A justifie d'une insertion professionnelle lui permettant de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 décembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Par une décision du 1er janvier 2024, la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille a désigné M. Platillero, président-assesseur de la 3ème chambre pour statuer dans les conditions prévues à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent () par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, de nationalité sénégalaise, a fait l'objet d'un arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un jugement du 26 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. M. A relève appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. La première juge qui a indiqué au point 2 du jugement que l'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et qui a également précisé que les omissions qu'il était susceptible de comporter étaient sans incidence sur la régularité de sa motivation dès lors que le préfet n'a pas l'obligation de mentionner l'ensemble des motifs qui fondent sa décision, a répondu de façon suffisamment motivée au moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Selon l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté en litige vise notamment le 1° et le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, après avoir indiqué les déclarations de M. A quant à son entrée régulière en France le 24 septembre 2019, mentionne qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire national à une date indéterminée, que sa demande d'asile a été rejetée le 1er décembre 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 31 mars 2021 par la Cour nationale du droit d'asile, qu'il est célibataire et sans charge de famille, que son oncle réside à Marseille et sa mère et sa sœur au Sénégal. Il précise en outre qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français en ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à cette obligation. Les erreurs qu'auraient commises le préfet concernant son entrée sur le territoire français et l'absence de démarche tendant à régulariser sa situation concernent le bien fondé de l'arrêté en litige et non sa motivation formelle qui est, ainsi qu'il vient d'être exposé, suffisante dès lors qu'elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

7. Le requérant soutient que l'arrêté contesté serait entaché d'erreur de fait en tant qu'il mentionne qu'il est entré irrégulièrement en France alors qu'il était muni d'un passeport sénégalais muni d'un visa Schengen. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté et notamment de son troisième considérant, que, pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet du Var s'est fondé sur les dispositions précitées des 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'intéressé établit avoir été titulaire d'un visa C valable entre le 13 septembre et le 12 octobre 2019 et si la copie du passeport qu'il produit comporte un tampon indiquant une entrée sur le territoire français le 24 septembre 2019, il est constant que la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision du 1er décembre 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par une décision du 31 mars 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement se fonder sur les seules dispositions du 4° de l'article L. 611-1 précité pour prononcer, à l'encontre de M. A, une obligation de quitter le territoire français. En outre, si le requérant soutient que l'arrêté en litige mentionne à tort qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour alors qu'il a demandé l'asile, il résulte des termes de l'arrêté en litige que le préfet a mentionné qu'il avait effectué des démarches afin de régulariser sa situation en demandant l'asile.

8. En troisième lieu, M. A se prévaut de son insertion professionnelle pour soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition par les services de police qui s'est déroulée le 20 septembre 2023 lors de sa garde à vue pour possession d'une fausse carte d'identité, que M. A, né le 13 février 1994, soutient se maintenir en France de manière continue depuis qu'il y est entré le 24 septembre 2019, qu'il a un oncle à Marseille qui paye son loyer dans un foyer d'hébergement, que sa mère et sa sœur résident au Sénégal et qu'il travaille depuis avril 2022. Toutefois, d'une part, les pièces versées au dossier, par leur nombre et leur nature, ne permettent pas d'établir que M. A aurait résidé habituellement sur le territoire français depuis qu'il y est entré jusqu'en avril 2022. D'autre part, s'il établit exercer un emploi de manœuvre dans le cadre de missions intérimaires depuis avril 2022 ainsi qu'un emploi ponctuel d'agent de propreté, cette seule circonstance ne permet pas d'établir une intégration socioprofessionnelle particulière en France. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'obligation de quitter le territoire sur la situation personnelle de M. A.

9. En quatrième lieu, M. A ne peut utilement invoquer à l'encontre de la mesure d'éloignement en litige les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, que l'arrêté en litige ne se prononce pas sur une demande d'admission au séjour à ce titre et, d'autre part, que ces dispositions ne prévoient pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ".

11. Il résulte des termes de l'arrêté contesté que le préfet a refusé d'accorder à M. A un délai de départ volontaire aux motifs qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. Il ressort du procès-verbal de son audition du 20 septembre 2023 que M. A a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait cherché à régulariser sa situation administrative depuis le rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 31 mars 2021, soit plus de deux ans à la date de l'arrêté en litige. Ainsi, à supposer même que le préfet ait estimé à tort que M. A ne pouvait justifier être entré régulièrement en France, il a pu légalement décider de ne pas lui octroyer de délai de départ volontaire pour les deux autres motifs qui viennent d'être énoncés. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit en tout état de cause être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et doit être rejetée en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Kuhn-Massot.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Fait à Marseille, le 13 mai 2024.

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