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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00444

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00444

mardi 18 novembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00444
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre-formation à 3
Avocat requérantJEAN-PAUL EON - CLAUDINE ORABONA AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F... D... a demandé au tribunal des pensions militaires de Bastia qui, après avoir rendu le 10 juillet 2017 un jugement avant dire droit, a transmis cette demande au tribunal administratif de Bastia, d’annuler la décision du 4 septembre 2015 par laquelle le ministre de la défense a rejeté sa demande de révision de pension et d’indemnisation de nouvelles infirmités, de fixer le taux d’invalidité, à compter du 19 mai 2011, à 40 % s’agissant de la bronchite chronique, à 15 % s’agissant de la laryngite chronique catarrhale et à 20 % s’agissant de l’entorse de la cheville droite et, à titre subsidiaire, d’ordonner une nouvelle expertise afin d’évaluer son état de santé.

Par un jugement n° 1901340 du 9 juin 2020, le tribunal administratif de Bastia a, avant dire droit, ordonné une expertise afin de :
- déterminer s’il y a eu une aggravation des infirmités déjà pensionnées relatives à une bronchite chronique et à des séquelles d’entorse de la cheville droite, en se plaçant au jour de l’enregistrement de la demande de révision de pension, soit le 19 mai 2011 ;
- déterminer si l’origine de l’infirmité nouvelle relative à une laryngite chronique est en relation non seulement certaine et directe, mais déterminante, avec l’infirmité déjà pensionnée relative à la bronchite chronique, en se plaçant également au 19 mai 2011 ;
- déterminer, pour chacune de ces infirmités, le taux d’invalidité en faisant application du guide-barème annexé au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre.

Par un jugement n° 1901340 du 22 décembre 2023, le tribunal administratif de Bastia a rejeté la demande de M. D... et a mis à la charge de l’Etat les frais de l’expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 120 euros par ordonnances du président du tribunal du 30 mars 2021 et du 14 décembre 2021.


Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 février 2024 et 9 mars 2025, M. D..., représenté par Me Eon, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Bastia du 22 décembre 2023 ;

2°) d’annuler la décision de rejet du 4 septembre 2015 ;

3°) de lui accorder une pension militaire d’invalidité, à compter du 19 mai 2011, au taux de 65 % ou à défaut au taux de 40 %, en application du guide-barème le plus avantageux au titre de la bronchite chronique emphysémateuse avec retentissement fonctionnel et asthme, au taux de 15 % au titre de la laryngite chronique catarrhale et au taux de 20 % au titre des séquelles d’entorse de la cheville droite ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat les entiers dépens et la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- au vu de trois avis médicaux concordants, le tribunal aurait dû retenir l’existence d’une aggravation de sa bronchite, qui présente désormais un caractère emphysémateux et qui a justifié de la part de ces médecins une proposition de modification du libellé de l’infirmité et les premiers juges, qui ont ignoré cet argument, auraient dû retenir le barème le plus favorable, savoir le barème de 1887 sinon celui qui a été utilisé pour la désignation des infirmités, et attribuer un taux d’invalidité de 65 % pour cette affection ;
- à titre subsidiaire, l’application à cette même infirmité du guide-barème actuel justifie l’attribution d’un taux d’invalidité de 40 % ;
- la laryngite chronique dont il souffre est en relation directe, certaine et déterminante avec la bronchite, contrairement à ce qu’a jugé le tribunal ;
- l’aggravation des séquelles de l’entorse de la cheville droite ouvre droit à révision de sa pension compte tenu des autres infirmités, en application de l’article L. 154-1 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre.


Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens d’appel ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. C...,
et les conclusions de Mme Balaresque, rapporteure publique.




Considérant ce qui suit :

M. D..., radié des contrôles le 28 octobre 1985, est titulaire d’une pension militaire d’invalidité au taux global de 80 % à compter du 7 juillet 1998 pour quatre infirmités, dont une bronchite chronique simple contractée en service le 17 janvier 1980, pensionnée au taux d’invalidité de 30 %, et des séquelles d’une entorse de la cheville droite contractée en service le 18 février 1980, pensionnée au taux d’invalidité de 10 %. Le 19 mai 2011, M. D... a présenté une demande tendant à la révision de cette pension, pour cause d’aggravation de la bronchite chronique et des séquelles de l’entorse de la cheville droite, et pour une infirmité nouvelle qui consisterait en une laryngite chronique. Par une décision du 4 septembre 2015, prise après deux avis de la commission consultative médicale des 20 août 2013 et 24 août 2015, le ministre de la défense a rejeté sa demande. Par un jugement avant dire droit du 10 juillet 2017, le tribunal des pensions militaires de Bastia, saisi de la demande de M. D... contre cette décision de rejet du 4 septembre 2015, a ordonné une expertise aux fins de déterminer si la bronchite chronique et les séquelles d’entorse de la cheville droite se sont aggravées à la date de la demande de révision de pension, et si la laryngite est en lien avec la première de ces infirmités. L’expert judiciaire a rendu son rapport le 18 mai 2019. Par un jugement du 9 juin 2020, le tribunal administratif de Bastia, auquel a été transmise la demande de M. D... en application du décret du 28 décembre 2018 relatif au contentieux des pensions militaires d’invalidité, a ordonné, avant dire droit, une nouvelle expertise tendant notamment aux mêmes fins que la précédente. Par un jugement du 22 décembre 2023, dont M. D... relève appel, le tribunal a rejeté sa demande.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les droits à révision de pension de M. D... pour aggravation d’infirmités déjà pensionnées :

S’agissant du cadre juridique applicable :

Aux termes de l’article L. 29 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, en vigueur à la date de la demande de révision de pension de M. D... : « Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. /La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée ». Ces dispositions ne sont applicables, d’une part, qu’en cas d’aggravation de l’une des infirmités au titre desquelles la pension a été concédée, d’autre part, que si l’aggravation constatée est elle-même exclusivement imputable au service. Pour l’application de ces mêmes dispositions, l’évolution des infirmités pensionnées s’apprécie sur une période comprise entre la date initiale d’octroi de la pension et celle de dépôt de la demande de révision.

S’agissant de l’infirmité « bronchite chronique avec emphysème et asthme » :

Il résulte de l’instruction que pour rejeter la demande de révision de pension présentée par M. D... au titre de l’infirmité « bronchite chronique avec emphysème et asthme », le ministre de la défense s’est fondé sur le motif de l’absence d’aggravation de cette affection en fonction des éléments du guide-barème des invalidités en vigueur au jour de cette demande.


Or, les dispositions de l’article L. 12 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, alors en vigueur, prévoient que : « A titre transitoire et pour l’appréciation des infirmités résultant soit de blessures reçues, soit de maladies constatées dans les conditions ouvrant droit à la présomption d’origine instituée à l’article L. 3 (...) au cours de la guerre 1939‑1945, lorsque l’évaluation donnée pour une infirmité par le barème prévu à l’article L. 9 est inférieure à celle dont bénéficiait cette même infirmité d’après les lois et règlements antérieurs, l’estimation résultant de ces lois et règlements est appliquée et sert de base à la fixation de la pension./ Les militaires appelés à bénéficier de la disposition ci‑dessus conservent, d’ailleurs, le droit de se réclamer de la législation antérieure, y compris les tarifs, dans les cas où cette législation serait plus favorable./ Pour l’application du présent article, il est attribué aux différentes infirmités figurant dans le classement établi par les décisions ministérielles des 23 juillet 1887 (...) le pourcentage ci‑après : (...) infirmités comprises dans la 5ème classe : 65 p. cent (...): les invalides de guerre, les victimes civiles ». L’article L. 13 bis de ce code précise que : « Les victimes civiles de la guerre et les invalides militaires "hors guerre" bénéficient, comme les victimes militaires de guerre, du barème le plus avantageux prévu par les articles L. 12 et L. 13 ci-dessus ». Ces règles sont reprises à l’article L. 125-6 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre.

Le guide-barème des invalidités en vigueur au jour de la demande de M. D... distingue, en ce qui concerne les bronchites chroniques, d’une part les bronchites simples, sans anomalie de la fonction respiratoire, pour lesquelles le taux d’invalidité peut être fixé entre 5 et 20 % et d’autre part les bronchites obstructives, avec ou sans emphysème, pour lesquelles le taux d’invalidité est déterminé en fonction des critères d’insuffisance respiratoire définis en annexe du guide. Ces critères d’insuffisance respiratoire dépendent des deux variables que sont, d’une part, la diminution de la capacité pulmonaire totale (CPT) qui correspond à un syndrome restrictif et, d’autre part, la diminution du rapport entre le « volume expiratoire maximum seconde » (VEMS) et la capacité vitale (CV). A partir de ces variables l’annexe au guide-barème distingue quatre catégories d’insuffisances respiratoires, dont l’insuffisance respiratoire modérée et l’insuffisance respiratoire moyenne.

La décision octroyant initialement à M. D... une pension militaire d’invalidité pour la bronchite chronique simple dont il souffrait avait été prise au vu d’une expertise médicale du 6 mai 1994 qui, pour retenir un taux d’invalidité de 30 %, auquel la pension a été accordée, avait considéré que cette affection se caractérisait par une insuffisance respiratoire mixte, correspondant à une capacité vitale de 57 % et à un « volume expiratoire maximum seconde » de 48%. L’expertise médicale réalisée le 24 septembre 2012 pour l’instruction de la demande de révision de pension de M. D..., montre quant à elle que ce dernier souffrait, à la date de cette demande, d’un déficit mixte avec un syndrome restrictif et une composante obstructive, correspondant à une capacité vitale de 62,5 % et un « volume expiratoire maximum seconde » de 68,9 %. Il résulte ainsi de la comparaison de ces deux appréciations médicales, qui n’est contredite par aucun autre élément de l’instruction établissant une gêne fonctionnelle supplémentaire, que malgré la complication causée par un emphysème et un asthme, la bronchite chronique de M. D... ne s’est pas significativement aggravée sur la période comprise entre la date initiale d’octroi de la pension et celle de dépôt de la demande de révision, au regard des recommandations du guide-barème des invalidités en vigueur à cette dernière date.

Mais il résulte du barème dit « échelle de gravité » adopté par décision ministérielle du 23 juillet 1887, que la gêne fonctionnelle causée par une bronchite chronique compliquée d’emphysème et d’accès d’asthme est évaluée à un taux d’incapacité de 65 %. Ainsi, dès lors que, contrairement à ce qu’affirme le ministre, le rapport du médecin-expert du 24 septembre 2012 indique qu’au jour de sa demande, M. D... souffrait d’une bronchite chronique avec emphysème et asthme, ce dernier pouvait bénéficier à ce titre, en application des dispositions des articles L. 12 et L. 13 bis du code qui ne sont pas réservées aux seuls cas de présomptions légales, du barème le plus avantageux à la fois pour la description de son infirmité et pour la détermination du taux d’invalidité qui y est attaché. C’est donc à tort que, pour rejeter sa demande de révision de pension, le ministre n’a pas apprécié l’existence d’une aggravation de la bronchite chronique en fonction des éléments d’appréciation issus du guide-barème du 23 juillet 1887.

Néanmoins, le ministre des armées fait valoir, en première instance comme en appel, ainsi qu’il est recevable à le faire, que la demande de révision de pension de M. D... doit être rejetée dès lors que l’aggravation de sa bronchite chronique ne peut pas être considérée comme exclusivement imputable à cette maladie.

L’administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

Alors que ni le médecin-expert le 24 septembre 2012 ni le médecin chargé des pensions le 7 juin 2013 ne se sont expressément prononcés sur l’imputabilité au service de la complication de la bronchite chronique de M. D... par l’emphysème et l’asthme constatés le 19 mai 2011, il résulte des motifs de l’avis de la commission consultative médicale du 20 août 2013, confirmé le 24 août 2015, que l’emphysème est d’étiologie de surcharge, liée au surpoids de l’intéressé. Si dans son avis du 19 juin 2014, la commission de réforme a douté de ce que l’obésité modérée de l’intéressé puisse être la cause de l’aggravation objective de sa bronchite chronique, son appréciation ne comporte aucune précision quant à l’origine de l’emphysème et de l’asthme objectivement constatés par le médecin expert. La documentation médicale invoquée par le ministre fait en outre apparaître que le tabagisme est également une cause majeure de l’apparition de l’emphysème. Si M. D... affirme qu’il a pris du poids du fait de l’inactivité physique causée par son affection respiratoire et les séquelles de son entorse de la cheville droite, cette assertion n’est pas corroborée par les pièces médicales, notamment pas par le rapport d’expertise médicale du 17 décembre 2020 faisant état de douleurs articulaires à l’origine de sa sédentarité, et ne remet en cause ni sa consommation importante de tabac ni l’interruption de
celle-ci peu d’années avant sa demande de révision de pension. Dans ces conditions, d’une part l’emphysème dont M. D... est atteint ne pouvant être considéré comme exclusivement imputable à sa bronchite chronique, il ne peut valablement invoquer le bénéfice du barème de 1887. D’autre part ni l’aggravation, constatée seulement en 2011, de la bronchite chronique dont M. D... souffre depuis le 17 juin 1980 ni le supplément d’invalidité évalué au plus à 25 % ne sont exclusivement imputables à l’infirmité déjà pensionnée au sens de l’article L. 29 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre. Il résulte enfin de l’instruction que le ministre chargé des armées aurait pris la même décision rejetant la demande de révision de pension de M. D... au titre de la bronchite chronique avec emphysème et asthme s’il ne s’était fondé que sur ce motif, qui est également fondé sur la situation existant à la date de cette demande, un tel motif justifiant légalement cette décision et ne privant l’intéressé d’aucune garantie.

Il suit de là que M. D... ne peut prétendre à la révision de sa pension militaire d’invalidité au titre de la bronchite chronique dont il est atteint.




S’agissant de l’infirmité « séquelles d’entorse de la cheville droite » :


Le ministre de la défense a rejeté la demande de révision de pension présentée par M. D... pour cause d’aggravation des séquelles de l’entorse de sa cheville droite, au motif qu’aucune aggravation n’avait été constatée après expertise médicale réglementaire. Pour rejeter la demande de M. D... contre cette décision de rejet, le tribunal a jugé également qu’aucune des pièces médicales du dossier ne permet d’établir une telle aggravation, et qu’il en va notamment ainsi du rapport d’expertise judiciaire du 10 décembre 2021 et de l’avis du médecin expert rhumatologue du 18 septembre 2012, le premier n’étant ni précis ni circonstancié, le second non assorti d’examens complémentaires.

En se bornant à invoquer le bénéfice des dispositions de l’article L. 29 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre qui prévoient que la pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le degré d'invalidité résultant de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 % au moins du pourcentage antérieur, et en citant le rapport d’expertise judiciaire et l’avis du médecin expert précités qui retiennent tous deux un taux d’invalidité supplémentaire de 5 %, M. D... ne conteste sérieusement ni les motifs du jugement qu’il attaque ni la décision de refus du ministre. Ses prétentions de révision de sa pension au titre de cette infirmité ne peuvent donc qu’être rejetées.

En ce qui concerne les droits à pension de M. D... pour infirmité nouvelle :

Aux termes de l’article L. 2 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, en vigueur au jour de la demande de révision de pension de M. D... : « Ouvrent droit à pension : (…) 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service ; 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; 4° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'accidents éprouvés entre le début et la fin d'une mission opérationnelle, y compris les opérations d'expertise ou d'essai, ou d'entraînement ou en escale, sauf faute de la victime détachable du service ». L’article L. 3 de ce code dispose que : « Lorsqu'il n'est pas possible d'administrer ni la preuve que l'infirmité ou l'aggravation résulte d'une des causes prévues à l'article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d'imputabilité au service bénéficie à l'intéressé à condition : 1° S'il s'agit de blessure, qu'elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; 2° S'il s'agit d'une maladie, qu'elle n'ait été constatée qu'après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le soixantième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée ». En application de ces dispositions, lorsque la blessure ou la maladie ne bénéficie pas de la présomption légale d’origine, l’intéressé qui sollicite à ce titre une pension est tenu de rapporter la preuve qu’elle a eu sa cause certaine, directe et déterminante dans le service ou dans une infirmité déjà pensionnée. Cette preuve ne saurait résulter d’une probabilité même forte, d’une vraisemblance ou d’une simple hypothèse médicale.

Il résulte de l’instruction, et plus particulièrement de l’avis du médecin expert du 15 mars 2013, que M. D... présente, au jour de sa demande, une laryngite chronique de type catarrhal qui se caractérise notamment par la présence de mucopus dans deux sinus. Si cet avis ne se prononce pas sur la cause d’une telle affection, cependant que le médecin chargé des pensions l’a considérée le 7 juin 2013 comme liée à la bronchite chronique déjà pensionnée, sans motiver cette appréciation, la commission consultative médicale relève dans son avis du 20 août 2013 que l’étiologie de cette laryngite, de type purulent, n’est pas compatible avec une origine trouvée dans la toux causée par une bronchite chronique de type inflammatoire. Le rapport d’expertise judiciaire du 17 décembre 2020, dont la lecture erronée sur ce point par le nouvel expert judiciaire désigné par le tribunal n’est pas de nature à remettre en cause la pertinence des appréciations, ajoute que cette laryngite est également favorisée par le surpoids de l’intéressé, par le reflux gastro-œsophagien dont il souffre et qui est l’objet d’un traitement médicamenteux, ainsi que par sa respiration buccale nocturne sur ronchopathie. Ainsi, il ne résulte pas de l’instruction que la laryngite chronique dont M. D... demande l’indemnisation aurait sa cause certaine, directe et déterminante dans la bronchite chronique déjà pensionnée, ni dans un fait ou une circonstance du service que l’intéressé a quitté le 28 octobre 1985.


Il résulte de tout ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à se plaindre de ce que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande tendant à la révision de sa pension militaire d’invalidité au titre d’une aggravation de deux infirmités déjà pensionnées et d’une infirmité nouvelle.


Sur les dépens :

Aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « Les dépens comprennent les frais d’expertise, d’enquête et de toute autre mesure d’instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l’Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l’affaire justifient qu’ils soient mis à la charge d’une autre partie ou partagés entre les parties. / L’Etat peut être condamné aux dépens ».


Ainsi que l’a jugé le tribunal, et alors même que dans la présente instance, M. D... ne bénéficie pas de l’aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre les frais des expertises ordonnées avant dire droit par le tribunal administratif de Bastia à la charge définitive de l’Etat. Ces frais et honoraires ont été liquidés et taxés par ordonnance du président du tribunal du 30 mars 2021 à la somme de 350 euros au bénéfice M. B..., premier expert désigné, ensuite à la somme de 120 euros par une ordonnance du même jour, au bénéfice de
M. A..., désigné comme deuxième expert, enfin à la somme de 650 euros par une ordonnance du 14 décembre 2021 au bénéfice de M. E..., dernier expert désigné par le président du tribunal.


Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, au titre des frais exposés par M. D... et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre doivent donc être rejetées.




DéCIDE :




Article 1er :
La requête de M. D... est rejetée.






Article 2
:
Les frais des expertises, taxés et liquidés à la somme totale de 1 120 euros par ordonnances du président du tribunal administratif de Bastia des 30 mars 2021 et 14 décembre 2021, sont mis à la charge de l’Etat.

Article 3
:
Le présent arrêt sera notifié à M. F... D... et à la ministre des armées et des anciens combattants.

Copie en sera adressée pour information à M. B..., M. A..., et M. E...,


Délibéré après l'audience du 4 novembre 2025, où siégeaient :
- Mme Karine Jorda-Lecroq, présidente,
- M. Michaël Revert, président assesseur,
- M. Stéphen Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2025.

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