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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00611

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00611

lundi 15 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00611
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 12 octobre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai, fixant le pays de sa destination et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2311079 du 12 février 2024, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, M. B, représenté par Me Lescs, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 12 février 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2023 ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée de validité de deux ans, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal : la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- c'est à tort que le préfet a considéré que son comportement représente une menace pour l'ordre public, au sens de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire : elle est entachée d'un vice procédure, faute de consultation de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée faute de préciser sur quel fondement juridique sa demande d'admission au séjour par le travail était refusée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, signalement aux fins de non-admission et fixant le pays de sa destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît en elle-même les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation et méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité turque, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 12 octobre 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai, fixant le pays de sa destination et lui interdisant le retour pour une durée de trois ans.

Sur les moyens présentés à titre principal :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " " et de l'article L. 432-1 : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Il est constant que M. B est entré en France en 2010, un récépissé de demande de délivrance d'un premier titre de séjour lui ayant été délivré le 23 novembre 2010. Cette demande a toutefois été rejetée par un arrêté du 10 mai 2011 assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Il est également constant qu'il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de salarié puis de travailleur temporaire du 13 novembre 2017 au 26 mai 2022. Les pièces qu'il produit ne permettent toutefois pas d'établir qu'il s'est effectivement maintenu sur le territoire français, en dépit de l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet, entre ces deux périodes, M. B ne justifiant, en particulier, de son admission à l'aide médicale d'état que pour la période du 8 décembre 2015 au 7 décembre 2016. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est marié au consulat général turc à Marseille, le 5 juillet 2018, avec une compatriote qui s'est vue remettre une carte temporaire de séjour le 30 décembre 2022, et que deux enfants sont nés de cette union, également à Marseille, les 9 février 2018 et 1er octobre 2021. Toutefois, il résulte des termes de l'arrêté attaqué qu'outre deux condamnations pour travail clandestin et conduite d'un véhicule sans permis, M. B a été condamné le 6 mars 2023 par le tribunal judiciaire de Marseille, pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, sur sa conjointe et pour détention illégale d'arme de catégorie B, à une peine d'un an d'emprisonnement avec un sursis probatoire de deux ans, assortie d'une interdiction d'entretenir des relations avec sa conjointe, de paraître au domicile de cette dernière ainsi qu'à l'école de leurs enfants pendant une durée de cinq ans. Le requérant qui ne conteste pas cette condamnation se borne à faire valoir qu'il a été libéré en décembre 2023 et que son comportement ne représente plus une menace pour l'ordre public. Le préfet a pu néanmoins légalement refuser à M. B de lui délivrer la carte de séjour en qualité de salarié qu'il sollicitait au titre d'une admission exceptionnelle au séjour, en retenant, alors qu'il était toujours incarcéré, à la date de la décision attaquée, et sous le coup des interdictions précédemment rappelées pendant une durée de cinq ans, que sa présence en France représentait effectivement une menace pour l'ordre public. De surcroît, le requérant est particulièrement mal fondé de se prévaloir, dans ces conditions, de l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale exclusivement constituée de ses relations avec sa conjointe et ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l'homme invoqués à l'égard de l'arrêté attaqué en tant qu'il refuse un titre de séjour à l'intéressé comme en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation ni en refusant de régulariser sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni au regard des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle et n'a pas davantage méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants.

Sur les moyens présentés à titre subsidiaire :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : /1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-23 () ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Aux termes de l'article L. 435-1 : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 3, M. B n'établit pas s'être maintenu continûment sur le territoire français entre 2011 et 2017 et ne justifie pas ainsi d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué. D'autre part, en qualité de conjoint d'une ressortissante turque en situation régulière, sa situation relève, en principe, du " droit au regroupement familial ", catégorie exclue par les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir préalablement consulté la commission du titre de séjour.

6. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué précise très explicitement que sa demande " d'admission exceptionnelle par le travail " est examinée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la menace que son comportement représente pour l'ordre public lui est opposée sur le fondement de l'article L. 432-1 du même code et qu'enfin, sa situation personnelle et familiale a également été examinée sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 15 juillet 2024

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