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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA00906

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA00906

lundi 15 juillet 2024

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA00906
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKATZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2307415 du 13 novembre 2023, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, M. B, représenté par Me Katz, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 13 novembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 10 euros par jour et de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- l'arrêté a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation relative à sa vie privée et familiale.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations du public avec l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen soulevé par M. B tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige, qui a été précédemment invoqué dans les mêmes termes devant les juges de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille aux points 2 et 3 du jugement attaqué.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

4. M. B soutient être entré en France le 13 octobre 1999, sous couvert d'un visa pour un séjour d'une durée limitée à vingt jours dont il justifie, étant toutefois précisé que la copie du passeport qu'il produit n'atteste pas la date de son entrée effective sur le territoire français. Il soutient également s'y maintenir continûment depuis cette date. Si sa présence en France peut être tenue pour établie entre 2001 et 2013, notamment par les justifications de son admission à l'aide médicale avec, à cette époque, peu de discontinuités, le maintien et la continuité de sa présence en France apparaissent après cette date, alors notamment qu'il ne justifie sa réadmission à l'aide médicale d'état qu'à compter de février 2020, incertaines. En outre, si sa sœur résidant à Colombes (Hauts-de-Seine) atteste l'avoir hébergé à son domicile " du 13 octobre 1999 jusqu'en 2005 ", les documents produits font principalement état, à cette époque, d'une adresse rue Léon à Paris. Par la suite, à compter de 2009, outre des documents faisant état de domiciliations auprès de diverses associations ou centres communaux d'action sociale, d'autres documents mentionnent parfois cette adresse, parfois une adresse avenue Santo Estello à Avignon. Dans ces conditions, en l'absence de toute explication circonstanciée sur les conditions dans lesquelles M. B aurait effectivement vécu en France pendant toute cette période, et en particulier ses conditions de logement et de ressources, et en dépit des documents fiscaux par ailleurs produits, il ne peut être regardé comme établissant résider effectivement en France depuis plus de dix ans, à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir préalablement saisie la commission du titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. S'il peut être tenu pour établi que M. B a séjourné en France, de 1981 à 1984, soit entre 16 et 19 ans, ainsi qu'en témoigne le certificat de scolarité qu'il produit, que sa mère est décédée en France le 10 juillet 2022 et qu'il a lui-même vécu en France dans les conditions décrites au point 4, ces éléments ne sauraient suffire à établir la réalité, l'ancienneté, la stabilité et l'intensité des relations personnelles et familiales qui l'attachent présentement au territoire français. A cet égard, il est constant qu'il est célibataire et que ses deux enfants majeurs résident aux Etats-Unis. S'il se prévaut de la présence de ses trois sœurs, dont l'une a la nationalité française, et de ses neveux et nièces, il ne justifie pas la réalité et l'intensité de leurs relations, alors qu'elles résident en région parisienne ou à Rouen et qu'ainsi qu'il a été dit au point 4, l'attestation d'hébergement qu'il produit est infirmée par d'autres pièces du dossier, et qu'il se serait, à plusieurs reprises, trouvé dans la nécessité de se faire domicilier par des structures sociales. En outre, si M. B se prévaut de l'obtention d'un diplôme d'agent des services de sécurité incendie et d'assistance à personne, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle significative en produisant une promesse d'embauche datée du 1er juin 2023 en qualité d'agent de sécurité incendie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Le préfet ne peut davantage être regardé comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Katz.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 15 juillet 2024

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