Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B... C... née A... a demandé au tribunal administratif de Nice d’une part d’annuler la décision par laquelle la société Enedis a implicitement rejeté sa demande de retrait et/ou de déplacement des câbles surplombant sa propriété et d’autre part d’enjoindre à cette société de supprimer la totalité de ces câbles, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard.
Par un jugement n° 2001221 du 20 février 2024, le tribunal administratif de Nice a, en premier lieu, enjoint à la société Enedis de déplacer les câbles électriques surplombant la parcelle de Mme C... dans un délai de quatre mois à compter de sa notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en second lieu a mis à la charge de la société Enedis la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et a rejeté ses propres conclusions présentées à ce même titre.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 avril 2024 et le 25 juillet 2024, la société Enedis, représentée par Me Spano, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 20 février 2024 en tant qu’il lui a enjoint de déplacer les câbles électriques surplombant la parcelle de Mme C... dans un délai de quatre mois à compter de sa notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et en tant qu’il a mis à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) de rejeter la demande de Mme C....
Elle soutient que :
- en considérant, pour ordonner le déplacement de la ligne électrique en litige, qu’il n’entraînerait pas une atteinte excessive à l’intérêt général, le tribunal a commis une erreur manifeste d’appréciation dès lors que la ligne existe depuis les années 60, qu’elle dessert deux autres propriétés, dont l’une est enclavée, que ce déplacement requiert donc l’autorisation de ces autres propriétaires et représente un coût financier compris entre 17 855,04 euros toutes taxes comprises (TTC) et 21 837,14 euros TTC, et que le seul préjudice dont se plaint l’intimée est l’élagage d’un arbre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, Mme A... épouse C..., représentée par Me Bourgeois, conclut au rejet de la requête et à ce que soient mis à la charge de l’appelante les entiers dépens et la somme de 4 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, en faisant valoir que les moyens d’appel ne sont pas fondés.
Un courrier du 4 juillet 2025 adressé aux parties en application des dispositions de l’article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il était envisagé d’appeler l’affaire à l’audience et leur a indiqué la date à partir de laquelle l’instruction pourrait être close, dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l’article
R. 613-1 et le dernier alinéa de l’article R. 613-2 du même code.
Par une ordonnance du 10 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée à effet immédiat, en application du dernier alinéa de l’article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’énergie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. Revert,
les conclusions de Mme Balaresque, rapporteure publique,
et les observations de Me Bourgeois, représentant Mme C....
Considérant ce qui suit :
Mme C... possède à Cagnes-sur-mer depuis 1990 la moitié de la pleine propriété des parcelles cadastrées AS n°110 et 111, la première supportant une maison d’habitation, la seconde faisant office de chemin d’accès à cette construction depuis l’avenue Ziem, ainsi que, depuis 1994, la nue-propriété de l’autre moitié de ce bien. Le 18 juillet 2018, puis le 29 novembre 2019, elle a demandé à la société Enedis de supprimer les lignes électriques qui surplombent cette propriété pour desservir à l’ouest la parcelle cadastrée section AS n° 107 supportant un petit immeuble en copropriété, et au nord-est la maison d’habitation située sur la parcelle n° 109. Par un jugement du 20 février 2024, dont la société Enedis relève appel, le tribunal administratif de Nice, saisi par Mme C..., a enjoint à la société de déplacer ces câbles électriques dans un délai de quatre mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et a mis à sa charge la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
Lorsqu’il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d’un ouvrage public dont il est allégué qu’il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l’implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l’administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l’ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l’irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l’écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
En ce qui concerne les moyens d’appel :
En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société Enedis et ainsi qu’il a été dit au point 1, Mme C... a justifié par la production d’un acte de donation et d’un acte de vente, de sa qualité de propriétaire d’une partie des parcelles 110 et 111, ainsi que de sa qualité de nue-propriétaire de l’autre partie, dont le survol par les lignes électriques du réseau concédé à la société Enedis constitue une emprise. En relevant elle-même qu’aucun des titres de propriété ainsi produits par Mme C... ne mentionne l’existence d’une servitude pour le surplomb de ces installations en dépit de l’ancienneté de celles-ci, la société Enedis ne conteste pas qu’aucune convention de servitude ou accord amiable autorisant le surplomb de cette propriété par l’un des fils de la ligne électrique n’a été conclu avec les propriétaires successifs des parcelles et ne justifie d’aucun titre qui lui aurait été délivré à cette fin par l’autorité administrative. Elle ne justifie pas davantage de son intention de solliciter l’engagement d’une procédure d’établissement d’une servitude d’utilité publique destinée à régulariser une telle installation, ni que cette procédure était susceptible d’aboutir, alors qu’il est constant que Mme C... refuse de donner son accord pour assurer le maintien de ces câbles. Ainsi la société Enedis n’est pas fondée à soutenir que la propriété de Mme C... n’est pas l’objet d’une emprise irrégulière ni que celle-ci serait susceptible d’une régularisation.
En deuxième lieu, il résulte de l’instruction que les câbles électriques qui relient depuis l’avenue Ziem la parcelle n° 107 en survolant la parcelle n° 111 de Mme C... assurent l’approvisionnement électrique d’un seul immeuble en copropriété, et qu’ils traversent la cime d’un des arbres de la propriété de l’intimée. Il résulte en outre des correspondances échangées en 2019 entre l’appelante et le syndic bénévole de cette copropriété qu’une solution de raccordement direct de l’immeuble depuis l’avenue Ziem est possible avec enfouissement de la ligne, qu’elle est acceptée par ce riverain et qu’elle correspond, au vu des devis produits pour la première fois en appel par la société Enedis, à un coût de l’ordre de 10 000 euros. Dans ces conditions, alors que la société Enedis ne livre aucun élément de nature à établir que ces lignes électriques existent depuis les années 60, et que depuis 2014 Mme C... en demande vainement le déplacement et en subit les désagréments, il résulte de l’instruction que ce déplacement n’entraîne pas en l’espèce une atteinte excessive à l’intérêt général. C’est donc à bon droit que par le jugement attaqué, les premiers juges ont enjoint à la société Enedis de procéder à ce déplacement, dans des conditions de délai et d’astreinte que celle-ci ne remet pas en cause.
En troisième lieu, il résulte de l’instruction que si la maison d’habitation de Mme C... située sur la parcelle n° 110 était survolée, à seulement 2 mètres 50 de hauteur, par quatre fils nus alimentant depuis l’avenue Ziem la parcelle n° 109 supportant une autre maison d’habitation, dont la société Enedis ne démontre pas la date d’établissement, ces lignes ont été remplacées par la société Enedis le 26 février 2016 par un câble unique de voltage supérieur dont l’installation, d’après les constatations du procès-verbal établi par huissier de justice le 8 février 2017, a induit l’élagage de certaines branches d’un arbre de Mme C.... Depuis cette date, Mme C..., bien que ne justifiant pas de la présence d’autres arbres sur le tracé de ce raccordement, se plaint du préjudice visuel et d’agrément causé à sa propriété par le passage de cette ligne à une distance d’environ trois mètres de la façade de sa maison. Certes il résulte en outre des documents techniques produits par la société Enedis que la solution technique alternative de raccordement de cette propriété au réseau, consistant à la relier, non plus à l’avenue Ziem, mais à un poteau existant sur l’impasse située plus au nord-ouest du tènement, requiert l’accord des propriétaires de cette voie et que son coût de réalisation est évalué à quelque 10 000 euros. Mais la société Enedis ne justifie pas de la sorte d’une impossibilité ou de difficultés particulières de mise en œuvre de cette solution, dès lors que l’une des deux options techniques envisageables correspond à l’enfouissement de la ligne sur la longueur de cette impasse. Ainsi, compte tenu de la persistance des inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour le propriétaire du terrain concerné et de la modestie du coût de son déplacement, et en dépit du caractère urbain du secteur en cause, c’est à bon droit que le tribunal a ordonné à la société Enedis de procéder au déplacement de ce câble électrique qui n'entraîne pas d’atteinte excessive à l'intérêt général.
Il résulte de tout ce qui précède que la société Enedis n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement querellé, le tribunal administratif de Nice lui a adressé l’injonction de déplacer les câbles électriques surplombant la propriété de Mme C... dans un délai de quatre mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de Mme C..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la société Enedis et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, il y a de lieu de mettre à la charge de la société Enedis une somme de 2 000 euros en application de ces mêmes dispositions.
DéCIDE :
Article 1er :
La requête de la société Enedis est rejetée.
Article 2 : La société Enedis versera à Mme C... une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :
Le présent arrêt sera notifié à la société Enedis et Mme B... A... épouse
C....
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2025, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2025.