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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA01254

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA01254

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA01254
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantOLOUMI AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement refusé de lui verser la somme de 3 963,20 euros correspondant aux mensualités de l'allocation pour demandeur d'asile qui auraient dues lui être versées du 10 octobre 2019 au 31 août 2020.

Par un jugement n° 2100678 du 31 octobre 2023, le tribunal administratif de Nice a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2024, M. A, représenté par Me Oloumi, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 31 octobre 2023 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder aux versements manquants du 10 octobre 2019 au 31 août 2020 inclus augmentés des intérêts moratoires légaux, dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à Me Oloumi en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, laquelle renonce à percevoir la contribution de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le jugement a été rendu sans conclusions du rapporteur public ;

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 744-1 à L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit les conditions prévues par les articles D. 744-17 à D. 744-30 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les versements n'ont pas été réalisés conformément aux dispositions des articles D. 744-34 à D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions du quatrième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 ;

- par une ordonnance du 9 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a enjoint à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; or, pour la période du 10 octobre 2019 au 9 juillet 2020, l'OFII ne lui a pas versé les mensualités de l'allocation pour demandeur d'asile qui lui sont pourtant dues depuis la date d'acceptation de cette allocation en application des dispositions de l'article D. 744-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- pour la période du 9 juillet 2020 au 31 août 2020, les sommes versées sont inférieures au montant dû.

Par un mémoire, enregistré le 12 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A sont infondés.

Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 6 janvier 2025 et n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son préambule ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rigaud ;

- et les conclusions de M. Gautron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 9 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a enjoint à l'Office français de l'immigration (OFII) d'accorder à M. A, ressortissant sénégalais né en 1989, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'une semaine à compter de la notification de cette ordonnance. Par un courrier du 14 septembre 2019, reçu le jour suivant par l'OFII, M. A a sollicité le versement de la somme totale de 3 963 euros correspondant aux arriérés d'allocation pour demandeur d'asile pour la période du 10 octobre 2019 au 31 août 2020. Cette demande a été implicitement rejetée par le directeur territorial de l'OFII. M. A relève appel du jugement du 31 octobre 2023 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision implicite de rejet et à la condamnation de l'OFII à lui payer la somme de 3 963,20 euros.

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. Aux termes de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative : " Sans préjudice de l'application des dispositions spécifiques à certains contentieux prévoyant que l'audience se déroule sans conclusions du rapporteur public, le président de la formation de jugement ou le magistrat statuant seul peut dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience sur tout litige relevant des contentieux suivants : / () 4° Entrée, séjour et éloignement des étrangers, à l'exception des expulsions () "

3. Les litiges relatifs aux décisions refusant, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou y mettant fin, totalement ou partiellement, qui ont un lien étroit avec les litiges relatifs à l'enregistrement des demandes d'asile et qui portent sur les conditions matérielles du séjour en France des demandeurs d'asile, relèvent des contentieux relatifs au séjour des étrangers au sens et pour l'application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative. Ainsi, en application de ces dispositions et devant le tribunal administratif de Nice, la rapporteure publique a pu être dispensée de prononcer des conclusions sur le litige porté par M. A devant ce tribunal. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué, intervenu à la suite d'une audience qui n'a pas donné lieu au prononcé de conclusions aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

4. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il résulte de ces dispositions que, si en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois consécutif à une demande en ce sens, une décision implicite intervenue dans un cas où la décision explicite aurait dû être motivée se trouve entachée d'illégalité, l'intéressé qui n'a pas demandé que lui soient communiqués les motifs de la décision n'est pas fondé à soutenir que l'auteur de la décision aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à lui en rejetant son recours par une décision implicite. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A a sollicité les motifs de la décision implicite de rejet dont il demande l'annulation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite en litige doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes du III de l'article L. 723-2 du même code : " L'Office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Par ailleurs, l'article L. 744-6 du même code dispose : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. (). ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ".

7. D'une part, le juge des référés ne peut, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 précité, qu'ordonner les mesures d'urgence qui lui apparaissent de nature à sauvegarder, dans un délai de quarante-huit heures, la liberté fondamentale à laquelle il est porté une atteinte grave et manifestement illégale. Il ne peut, sans excéder sa compétence, ni prononcer l'annulation d'une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant pour défaut de base légale une telle décision.

8. Ainsi que l'ont, à bon droit, retenu les premiers juges, M. A n'établit pas qu'il aurait droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis le 10 octobre 2019, en se fondant sur les motifs et le dispositif de l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nice n° 2002551 du 9 juillet 2020 qui n'a pas, au principal, autorité de la chose jugée et qui a seulement enjoint à l'OFII, à titre provisoire, d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'une semaine à compter de la notification de cette ordonnance.

9. D'autre part, le directeur de l'OFII a, par sa décision du 10 octobre 2019, refusé l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A au motif que ce dernier a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. Il résulte en effet de l'instruction que M. A est entré en France en juin 2019 et que sa demande d'asile a été enregistrée le 10 octobre 2019. S'il soutient que la tardiveté de l'enregistrement de sa demande d'asile résulte du retard pris par l'administration pour lui fixer un rendez-vous, il n'établit toutefois pas la réalité de ses allégations et ne justifie pas d'un motif légitime expliquant la méconnaissance du délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant par ailleurs à soutenir qu'il remplit les conditions d'âge et de ressources pour percevoir l'allocation pour demandeur d'asile, M. A ne contredit pas le motif qui lui a été opposé par la décision du 10 octobre 2019. Enfin, il résulte des pièces produites par l'OFII devant la cour que M. A, qui est célibataire et sans enfant, a fait l'objet d'un entretien à l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique durant lequel sa situation a été évaluée et a conduit à l'identification d'un niveau de vulnérabilité de 1 sur une échelle de 0 à 3, qui n'est pas utilement contredit par l'intéressé. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision du 10 octobre 2019 serait illégale et que l'allocation pour demandeur d'asile doit lui être reconnue à compter du 10 octobre 2019.

10. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; () ". Aux termes de l'article D. 744-17 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : / 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 () ". Selon l'article D. 744-19 du même code : " Pour les personnes mentionnées au 1° de l'article D. 744-17, l'allocation pour demandeur d'asile est due à compter de l'acceptation des conditions matérielles d'accueil. Elle leur est attribuée pour la durée fixée au premier alinéa de l'article L. 744-9. ".

11. Il résulte de l'instruction que par ordonnance n° 2002551 du 9 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a enjoint à l'OFII d'accorder M. A au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance. L'attestation de versement produit par l'OFII en première instance établit que le requérant a perçu, pour le mois de juillet, la somme de 227,20 euros au titre de l'allocation pour demandeur d'asile. Pour un montant journalier s'élevant à 14,20 euros, le versement perçu par le requérant correspond à 16 jours d'allocation, soit du 16 juillet au 31 juillet 2020.

12. Il en résulte en outre qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 9 juillet 2020, l'OFII a, par décision du 15 juillet 2020, accordé les conditions matérielles d'accueil à M. A et que ce dernier a signé l'offre de prise en charge le 16 juillet 2020. En application des dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil étant subordonné à cette acceptation, M. A ne pouvait bénéficier du versement de l'allocation pour demandeur d'asile qu'à compter du 16 juillet 2020.

13. M. A n'est donc pas fondé à se plaindre de ce que le tribunal a, par le jugement attaqué, rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a rejeté sa demande tendant au versement de la somme totale de 3 963,20 euros au titre des mensualités de l'allocation pour demandeur d'asile du 10 octobre 2019 au 31 août 2020 et à ce qu'il soit enjoint à l'OFII de lui verser cette somme.

14. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A et celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet de ses conclusions principales.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, à Me Oloumi et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme C. Fedi, présidente de chambre,

- Mme L. Rigaud, présidente assesseure,

- M. N. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 janvier 2025.

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