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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-24MA02982

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-24MA02982

mardi 2 décembre 2025

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-24MA02982
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre-formation à 3
Avocat requérantDEFEND & ADVISE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D... B... épouse C... a demandé au tribunal administratif de Marseille, d’une part, de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de l’implantation d’un poste de transformation électrique, de poteaux et lignes électriques aériennes et souterraines sur sa propriété, et, d’autre part, d’enjoindre à la société Enedis, dans un délai de six mois et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard, de procéder à l’enlèvement du poste de transformation électrique et tous ses accessoires, du poteau électrique et du câble électrique aérien ainsi que des lignes électriques souterraines situées sur sa propriété et de remettre en état des lieux.

Par un jugement n° 2205388 du 3 octobre 2024, le tribunal administratif de Marseille a condamné la société Enedis à verser à Mme B... épouse C... la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice d’agrément, a mis à la charge de la société Enedis une somme de 1 700 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et a rejeté le surplus des conclusions des parties.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 décembre 2024 et 12 juin 2025, Mme B... épouse C..., représentée par Me Coljé, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement n° 2205388 du 3 octobre 2024 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d’enjoindre à la société Enedis de procéder à l'enlèvement du poste de transformation de courant électrique PAC Poste Pradas et de tous ses accessoires et appareils implantés sur sa propriété, à l’enlèvement du poteau électrique en bois et du câble électrique qu’il soutient au-dessus de la toiture de sa maison et à l’enlèvement des lignes électriques enterrées dans son jardin, avant remise en parfait état des lieux, dans les six mois de la notification de l’arrêt, sous astreinte de 1 000 euros par jour passé ce délai ;

3°) de condamner la société Enedis à lui verser les sommes de 5 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance, de 5 000 euros en réparation de son préjudice d’agrément, de vue et esthétique, dont à déduire les 2 000 euros de réparation alloués par le tribunal administratif, de 10 000 euros en réparation de son préjudice moral, et de 40 000 euros en réparation du préjudice de perte de valeur vénale de son bien ;

4°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- le tribunal s’est fondé sur des pièces qui n’ont pas été communiquées aux parties, raison pour laquelle son jugement devra être annulé ;
- le tribunal a commis des erreurs d’appréciation ;
- la présence des ouvrages implantés irrégulièrement à proximité immédiate de sa maison d'habitation est une source de graves désagréments, de sorte qu’elle ne peut jouir de l’intégralité de sa propriété tant au sol qu’en sous-sol ;
- s’agissant des conséquences de la démolition pour l'intérêt général, la faible ampleur des travaux n’est pas de nature à interrompre le service durablement ni, par conséquent, à empêcher l’enlèvement des ouvrages litigieux pour qu’ils soient installés ailleurs ; le tribunal ne pouvait retenir un prétendu écoulement du temps pour lui refuser le droit d’obtenir que les ouvrages litigieux soient enlevés ; en outre, la société Enedis n’ignorait pas l’existence de travaux d’enfouissement à proximité immédiate de sa propriété, travaux dont elle aurait pu se saisir pour procéder au déplacement des ouvrages litigieux à moindre coût ; le tribunal ne pouvait tenir compte des affirmations de la société Enedis selon lesquelles le coût des travaux serait de 232 487,71 euros toutes taxes comprises ;
- c’est à tort que le tribunal a refusé d’indemniser son préjudice de jouissance dès lors que la présence des ouvrages litigieux irréguliers lui interdit d’envisager des travaux d’extension de sa maison d’un côté, à cause des canalisations électriques enterrées et de l’autre côté, à cause du poteau électrique dans son jardin ; de plus, sa sécurité et celle de son bien et des autres occupants permanents ou de passage sont mises en danger ; de manière fréquente et régulière, des techniciens interviennent dans le transformateur ou sur le poteau électrique et, pour ce faire, pénètrent dans sa propriété sans solliciter son autorisation ; elle est fondée à réclamer la somme de 5 000 euros à ce titre ;
- c’est à tort que le tribunal a refusé d’indemniser un préjudice de perte de valeur vénale du fait de la présence des ouvrages litigieux en sol et en sous-sol ; elle est fondée à réclamer la somme de 40 000 euros à ce titre ;
- contrairement à ce qu’a jugé le tribunal administratif de Marseille, elle subit un préjudice moral résultant des efforts déployés pour faire valoir et respecter ses droits et sa personne ; de plus, il est usant de n’être jamais tranquille chez elle sans avoir un technicien dans sa propriété occupé dans le transformateur ou au-dessus de sa propriété ; elle est fondée à réclamer la somme de 10 000 euros à ce titre ;
- le préjudice d’agrément a été sous-évalué par le tribunal administratif ; elle est fondée à réclamer la somme de 5 000 euros à ce titre.


Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2025, la société Enedis, représentée par Me Piquemal, conclut à la confirmation du jugement attaqué, au rejet de la requête d’appel, et à la mise à la charge de la requérante de la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... épouse C... ne sont pas fondés.

Un courrier du 10 juillet 2025 adressé aux parties en application des dispositions de l’article R. 611‑11‑1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il était envisagé d’appeler l’affaire à l’audience et leur a indiqué la date à partir de laquelle l’instruction pourrait être close, dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l’article R. 613‑1 et le dernier alinéa de l’article R. 613‑2 du même code.

Par une ordonnance du 8 septembre 2025, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application du dernier alinéa de l’article R. 613‑1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- et les conclusions de Mme Balaresque, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :


1. Par acte du 22 février 1997, Mme B... épouse C... a acquis les parcelles nues cadastrées section A n° 1524, 1554, 1555 et 1556 situées sur le territoire de la commune des Mées, sur laquelle elle a fait édifier une maison d’habitation. Par courrier du 4 janvier 2021, elle a demandé à la société Enedis de cesser d’occuper sa propriété et d’enlever la totalité des ouvrages électriques qui ont été installés sans son autorisation, à savoir un poste de transformation et des lignes électriques souterraines. Cette demande ayant été rejetée, elle a saisi le tribunal administratif de Marseille d’une demande tendant, d’une part, à la condamnation de la société Enedis à l’indemniser des préjudices subis, et, d’autre part, à ce qu’il soit enjoint à la société Enedis de procéder à l’enlèvement du poste de transformation électrique et de tous ses accessoires, d’un poteau électrique et d’un câble électrique aérien, ainsi que des lignes électriques souterraines. Par un jugement du 3 octobre 2024, le tribunal administratif de Marseille a condamné la société Enedis à verser à Mme B... épouse C... la somme de 2 000 euros en réparation d’un préjudice d’agrément, et a rejeté le surplus des conclusions de l’intéressée. Mme D... B... épouse C... doit être regardée comme relevant appel de ce jugement en tant qu’il n’a pas fait droit à l’intégralité de ses demandes.




Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, il résulte de l’instruction que, pour affirmer qu’un poste de transformation électrique a été implanté sur la propriété de l’appelante après son acquisition en 1997, mais avant l’édification de sa maison d’habitation, le tribunal administratif de Marseille s’est fondé, pour conforter son appréciation des pièces du dossier, et ainsi qu’il lui était loisible de le faire sans les communiquer aux parties, sur les données publiques de référence produites par l’Institut géographique national (IGN) et librement accessibles au public sur le site internet geoportail.gouv.fr. ainsi que sur le site internet remonterletemps.ign.fr. Dès lors, le tribunal administratif de Marseille n’a pas commis d’irrégularité en ne les communiquant pas préalablement aux parties.

3. En second lieu, hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel, non d’apprécier le bien‑fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. La requérante ne peut donc utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d’erreurs d’appréciation.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à la société Enedis de déplacer des ouvrages implantés sur la propriété de Mme D... B... épouse C... :

4. Lorsqu’il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d’un ouvrage public, dont il est allégué qu’il est irrégulièrement implanté, par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l’implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l’administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l’ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l’irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l’écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part, les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

5. En premier lieu, il résulte de l’instruction, et n’est du reste pas contesté, que la propriété de Mme B... épouse C... comporte ou a comporté plusieurs ouvrages appartenant à la société Enedis, à savoir un poste de transformation électrique, des lignes souterraines, un poteau électrique en bois et une ligne aérienne passant au-dessus de sa maison. De plus, la société Enedis ne conteste pas qu’aucune convention de servitude ou accord amiable autorisant l’implantation de ces ouvrages n’a été conclu avec les propriétaires successifs des parcelles et ne justifie d’aucun titre qui, en l’absence d’accord avec ces derniers, lui aurait été délivré à cette fin par l’autorité administrative. Par suite, ces ouvrages doivent être regardés comme irrégulièrement implantés.






6. En deuxième lieu, la société Enedis ne justifie pas davantage de son intention de solliciter l’engagement d’une procédure d’établissement d’une servitude d’utilité publique destinée à régulariser la présence de ses installations, ni que cette procédure serait susceptible d’aboutir, alors qu’il est constant que Mme B... épouse C... refuse de donner son accord pour assurer le maintien des ouvrages qui demeurent présents sur sa propriété, à savoir le transformateur électrique et les lignes souterraines. Dans ces conditions, l’implantation des ouvrages doit être regardée comme n’étant pas régularisable.


7. En troisième lieu et d’une part, s’agissant des inconvénients que la présence du transformateur et des lignes souterraines entraîne pour la propriétaire du terrain d’assiette de ces ouvrages, il résulte de l’instruction, notamment des attestations des anciens propriétaires ayant vendu le tènement immobilier à Mme B... épouse C..., que le poste de transformation électrique a été édifié à une période où l’intéressée avait d’ores et déjà acquis ce bien, le titre de propriété ne mentionnant aucunement la présence de cet ouvrage lors de l’acquisition en 1997, et pas davantage celle des lignes souterraines traversant sa propriété. Toutefois, ainsi que le reconnaît Mme B... épouse C... elle-même, ce transformateur était déjà présent lorsqu’elle a fait construire sa maison, à proximité immédiate de celui-ci, alors qu’elle n’établit nullement, compte tenu de la superficie de sa propriété, qu’elle aurait été placée dans l’impossibilité de faire édifier sa maison plus en retrait de l’ouvrage dont il s’agit.

8. Si Mme B... épouse C... invoque néanmoins une impossibilité de jouir de l’intégralité de sa propriété, tant au sol qu’au sous-sol, au motif que le jardin à proximité de sa maison n’est pas très grand, que les ouvrages implantés par Enedis ont empiété sur sa superficie, et que tous travaux autour de la maison ou sur la toiture seraient empêchés ou compliqués en raison de la présence des ouvrages cités au point 5, il résulte de ses écritures qu’avant même l’intervention du jugement qu’elle conteste, des travaux d’enfouissement de lignes ont été opérés tout autour de sa propriété, ce qui implique la disparition tant du poteau électrique en bois situé à l’ouest de sa propriété que du câble passant au-dessus de sa maison. En outre, l’intéressée n’évoque aucun travaux ou projet de travaux qui aurait été contrarié par ces ouvrages, et pas davantage par le transformateur électrique et les lignes souterraines toujours présents sur sa propriété.


9. De même, si Mme B... épouse C... soutient que ces ouvrages enlaidissent sa propriété, seul le transformateur électrique peut être regardé comme étant à l’origine d’un préjudice d’ordre esthétique, l’intéressée n’établissant pas, à la date du présent arrêt, un défaut d’entretien des câbles prenant appui sur le pylône en béton situé au nord-ouest de sa maison et dont il est constant, en tout état de cause, qu’il n’est pas implanté sur sa propriété. Par ailleurs, si la présence du transformateur lui cause un préjudice visuel, il résulte de ce qui précède que Mme B... épouse C... ne pouvait ignorer cette gêne lorsqu’elle a fait construire sa maison dans les conditions précédemment exposées. En outre, en dépit de l’ancienneté de la présence de cet ouvrage, l’intéressée n’établit pas avoir sollicité son déplacement avant la fin de l’année 2019, date à laquelle elle a projeté de vendre sa propriété. Elle n’établit pas davantage avoir souffert, avant cette date, du bruit et du brouillage des ondes radio résultant de la présence du transformateur, la réalité et l’ampleur de ces gênes n’étant de surcroît pas établies.







10. D’autre part, s’agissant de l’intérêt général qui s’attache au maintien sur place du transformateur litigieux et des lignes souterraines, il résulte de l’instruction que ces ouvrages permettent d’alimenter 24 usagers desservis en soutirage et trois en injection, soit 27 propriétés selon les données chiffrées produites par la société Enedis sans que l’appelante ne produise d’éléments concrets permettant de remettre en cause ces données. Il est par ailleurs constant qu’il existe une solution technique permettant de supprimer le poste de transformation électrique et les lignes souterraines en litige, qui consiste, selon l’avant-projet sommaire produit par la société Enedis, à déposer l’ensemble du réseau aérien du quartier, soit 205 mètres de câbles BT, quatre supports et le poste de transformation, de réaliser des tranchées de 428,50 mètres sous chaussée urbaine et de 234 mètres sous trottoirs et sous accotements, d’enterrer 513 mètres linéaires de câbles BT et d’implanter un poste de transformation, pour un coût estimé à 193 739 euros hors taxe, soit 232 487,71 euros toutes taxes comprises. Si Mme B... épouse C... conteste l’évaluation du coût tel qu’il a été opéré par la société Enedis, elle n’apporte pas d’éléments suffisamment probants permettant d’établir qu’il aurait été nécessairement, dès l’origine, surévalué. Il est certes exact, en revanche, que la société Enedis n’a pas tiré profit des travaux d’enfouissement des lignes réalisés en 2024 dans le secteur pour satisfaire à la demande de déplacement des ouvrages situés sur la propriété de l’appelante, et ce alors même que cet enfouissement a été réalisé au droit de cette propriété jusqu’à son extrémité nord-est, point de départ du réseau, au demeurant aérien, alimentant les habitations situées à l’est du secteur, et que, du fait de l’achèvement de ces travaux avant même l’intervention du jugement attaqué, la somme de 193 739 euros hors taxe ne correspond plus à la réalité de ceux des travaux restant à réaliser dans le cadre de la solution technique présentée par l’avant-projet sommaire précédemment cité, dont l’analyse permet d’établir qu’elle inclut l’enfouissement d’ores et déjà réalisé de la ligne aérienne qui était située en partie au droit de la propriété. Néanmoins, il n’est pas établi qu’à l’exception de cet enfouissement, l’ensemble des autres travaux mentionnés dans l’avant-projet auraient été entrepris, parmi lesquels, outre la suppression des ouvrages situés sur la propriété de l’appelante, la réalisation de tranchées sous chaussées urbaines, la création d’un départ BTS240 sur 305 mètres linéaires, ainsi que la création d’un départ BTS240 sur 35 mètres linéaires, et la création d’un poste DP 100kVA, et ce afin de reprendre l’alimentation des réseaux alimentés par le transformateur situé sur la propriété de l’appelante, auxquels s’ajoutent les travaux d’extension HTA depuis le poste des Pénitents, pour un montant total qui ne saurait être inférieur, compte tenu des lignes de chiffrage fournies par Enedis, à un montant de 50 000 euros.


11. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, eu égard à l’absence d’inconvénients excessifs liés à la présence du poste de transformation électrique et des lignes souterraines en litige, et à l’ampleur et au coût des travaux nécessaires à la démolition et au déplacement de ces ouvrages, une injonction tendant à ce qu’ils soient déplacés serait de nature à entraîner une atteinte excessive à l’intérêt général à la date du présent arrêt.


12. Il résulte de ce qui précède que Mme B... épouse C... n’est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à ce qu’il soit enjoint à la société Enedis de procéder au déplacement des ouvrages en cause. Par suite, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent être rejetées.




En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :


13. Le droit à l’indemnisation des conséquences dommageables d’une emprise irrégulière d’un ouvrage public n’est pas subordonné au caractère définitif de la privation de propriété qui en résulte. En l’absence d’extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de la décision d’édifier un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité moindre d’immobilisation réparant le préjudice résultant de l’occupation irrégulière de cette parcelle.


14. En premier lieu, c’est par une juste appréciation du préjudice de vue et d’ordre esthétique causé à Mme B... épouse C... par les ouvrages irrégulièrement implantés sur sa propriété que les premiers juges l’ont évalué à la somme de 2 000 euros.


15. En deuxième lieu, Mme B... épouse C... n’établit pas plus en appel qu’en première instance la réalité des projets d’extension de sa maison qui n’auraient pu aboutir du fait de la présence des ouvrages irrégulièrement implantés. Le préjudice de jouissance allégué ne saurait davantage résulter de la seule circonstance que des techniciens interviennent régulièrement dans le transformateur électrique. Par ailleurs, le risque pour la sécurité des habitants n’est pas établi et ne saurait s’ensuivre, par principe, de la seule présence des ouvrages en cause.


16. En troisième lieu, Mme B... épouse C... ne produit aucune pièce permettant d’apprécier tant la réalité de la perte de valeur vénale qu’elle allègue, que son ampleur éventuelle. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée.


17. En quatrième et dernier lieu, en se bornant à soutenir que depuis 2019, elle doit « batailler » pour faire valoir ses droits et supporter des interventions des techniciens, sans apporter d’élément de nature à établir tant la récurrence de ces interventions que les conditions dans lesquelles elles se déroulent, Mme B... épouse C... n’établit pas la réalité du préjudice moral allégué.


18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B... épouse C... n’est pas fondée à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a limité à un montant de 2 000 euros la somme qu’il lui a allouée.


Sur les frais liés au litige :


19. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Leurs conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, dès lors, être rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... épouse C... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Enedis en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D... B... épouse C... et à la société Enedis.


Délibéré après l’audience du 18 novembre 2025, où siégeaient :

- Mme Karine Jorda-Lecroq, présidente,
- M. Michaël Revert, président assesseur,
- M. Stéphen Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.



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